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Nouvelles Causeries japonaises – Qu’est-ce qu’un Français ?

Nouvelles Causeries japonaises

XXIV – Qu’est-ce qu’un Français ?

À Hiyoshi

Voilà une autre question qui éclaire davantage, si cela était encore nécessaire, la situation de crise profonde, pour ne pas dire l’état de faiblesse extrême, de la civilisation française.

Le fait de ne plus savoir naturellement ce que veut dire être Français est quelque chose de véritablement effrayant. Imaginez une seconde la situation : nous ne pouvons même pas exprimer avec certitude, ou en tout cas avec suffisamment de force convaincante, ce que nous sommes. Rien d’important ne semble plus rassembler tous les Français. Même sur les choses les plus anodines : on peut se demander si même le pain pourrait encore mettre tout le monde d’accord... Voire la langue... Cette situation est terriblement préoccupante, et il n’est pas très intéressant de savoir à qui la faute... mieux vaut trouver comment s’en sortir ! Lorsque les enfants sans père font n’importe quoi et en viennent à se disputer sur tout, on voit mal comment éviter l’affrontement.

Le Japon, toujours lui, peut une nouvelle fois aider à comprendre ce qui constitue une identité. Vous me direz que cela est facile pour eux. Après tout, les Japonais sont tout d’abord une ethnie, très homogène, et liée presque exclusivement par le sang. La langue et la terre sont facilement consensuelles. Même la religion, dans la voie des dieux, réunit à peu près tous les Japonais.

Je rétorquerais que tous ces points communs pourraient tout aussi bien se retourner en facteurs de divisions. Les religions du Japon ne sont absolument pas unies, même au sein d’une en particulier, et il paraît rétrospectivement incroyable qu’il n’y ait pas plus d’oppositions entre toutes ces différences. La langue, derrière son homogénéité, cache une multitude de dialectes locaux. Et le sang cache aussi une infinité de différences régionales et de coutumes différentes. L’uniformité de sang demeure en réalité limitée car il y a eu dans l’histoire des Japonais non ethniques, sans même parler des ethnies minoritaires d’origines coréenne ou septentrionale. Certes, face à l’extérieur, les Japonais sont forts de leur histoire commune et de certains points communs, mais, après tout, rien ne pouvait assurer a priori une telle unité. L’abord extérieur peut être différent mais, lorsqu’on est entre soi, ce sont souvent les différences et les différends qui surgissent pour mettre à mal l’unité.

Le pilier central des nombreux écrivains japonais qui parlent de leur identité est le tennô. Malgré le sang, l’histoire, la langue, les religions, ces hommes affirment clairement que le Japon n’est Japon que tant que le tennô est là. Sans lui, tout partirait à vau-l’eau et décrépirait peu à peu. Et ce encore plus rapidement que chez nous après la perte de notre roi, du fait même qu’il n’y aurait pas le frein spirituel de l’Église catholique. Être japonais est ainsi, avant tout, être sujet du tennô. Langue, culture, religion, esprit japonais s’ensuivent naturellement, soutenus par l’existence dudit tennô.

Si l’on y réfléchit bien, c’est la même chose pour la France. Être Français, c’est être sujet du roi de France. On a voulu faire croire que la France pouvait survivre sans roi ; la réalité actuelle démontre le contraire ! La France n’existe plus aujourd’hui qu’à l’état de parcelles tellement réduites qu’il est difficile d’y apercevoir encore quelque chose... Où est la réelle diversité ancienne de nos régions détruites par l’uniformisation de la raie publique ? Où est notre culture, morte depuis trop longtemps déjà ; où est notre langue qui, d’année en année, ne fait que s’appauvrir et se dégrader ? Où est notre foi jamais mise si à mal ?

Il est absurde de croire que, sans le roi, la France peut continuer d’exister. La décadence, en cours depuis deux cents ans, montre bien ce qu’il en est : sans notre clef de voûte, sans notre centre, tout s’effrite progressivement et, si les éclats du passé peuvent maintenir une certaine illusion, le temps fait son œuvre et dévoile la carcasse que la « France » est devenue... Une carcasse vide et dirigée tantôt par une jubilation de destruction de tout ce qui est l’ancien, tantôt par une fascination morbide du passé. Cela fait longtemps que l’on ne sait plus où se situe l’avenir et que tout élan vital a quitté notre pays. Si certains ont maintenu la flamme, cela semble vain. C’est comme vouloir dire où est le bas dans l’espace : sans une force d’attraction, cela est impossible. Sans le roi, notre centre, la France explose et se disperse inexorablement, indéfiniment.

Être français, c’est reconnaître le roi Très-Chrétien. Ainsi, tout le monde pourrait enfin se retrouver en lui. À commencer par les musulmans qui pourraient aussi avoir ce point commun avec nous. Il suffirait de se pénétrer de la majesté et du sacré du roi de France, et tous se réuniraient dans sa reconnaissance. Ensuite, il serait enfin possible de discuter hors de l’hubris et de l’affrontement constant.

Le plus amusant est peut-être justement cette idéalisation étrange de la France, comme celle de l’État d’ailleurs. Le besoin de compenser la perte du seul repère commun à tous les Français, au-delà de la religion, et le besoin du soutien constant de ce qui est Français, de la culture française, uniquement française dans sa particularité, et pas européenne ou chrétienne ; ce besoin de compenser a conduit le totalitarisme révulsionnaire à tout uniformiser. Au moins inconsciemment, tout le monde savait que les Français sans le roi allaient se perdre : il fallait donc tenter de fabriquer artificiellement des points communs, par la destruction de toutes les différences. Cela est évidemment vain. La logique froide et l’abstraction cruelle ne peuvent créer ce qui est commun en niant l’humain et sa nature. Elle n’apporte, depuis, que dissensions, souffrances et destructions.

Seul un roi sacré peut rassembler les Français en étant l’ancre et le centre spirituel de la « communauté France », par-delà toutes les différences et les dissensions, et sans aucune uniformisation. Se retrouver autour du roi, c’est pouvoir rendre harmonieuses les différences, et aller vers le bien. Sans le roi, les différences deviennent un mal, alors qu’elles ne sont originellement que des choses naturelles et neutres. Avec le roi, les différences peuvent œuvrer harmonieusement pour le bien.

Être Français, c’est reconnaître et aimer le roi sacré de France.

Paul-Raymond du Lac
Pour Dieu, Pour le Roi, Pour la France

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