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Nouvelles Causeries japonaises – Neige de Printemps

Nouvelles Causeries japonaises

XXVIII – Neige de Printemps

À Hiyoshi

« À qui ne sait trop
qu’est ton âme, Yamato !
réponds : “Sa merveille
au cerisier est pareille,
quand ses fleurs l’aube ensoleille [1]”. »

Le hanami constitue un des cœurs battants du Japon. Ce véritable pèlerinage vers les fleurs de cerisier propose d’admirer la fugacité et la beauté d’un renouveau naturel qui ouvre un nouveau cycle saisonnier. Les jours, plus longs, profitent de la douce et généreuse chaleur de ces journées printanières. Les parcs et les rues du Japon sont peuplés de ces arbres qui portent fièrement leurs fleurs rosées, purs de toute feuille, sublimes dans leur fragilité qu’un coup de vent un peu trop fort peut déshabiller, et majestueux dans leur posture centenaire et noueuse.

Comme tout les Nippons, on prend le temps de goûter les fleurs de cerisier et le printemps lors de cette courte semaine où les cerisiers fleurissent. Peu importent les tourbillons inutiles de l’humaine vie : les fleurs ne seront là que peu de temps. Il est du devoir de chacun de parvenir à se obtenir et à goûter cette rare communion que nous offre la belle vie des journées printanières et de la floraison.

Les parcs, travaillés avec minutie pour montrer un spectacle bariolé de couleurs
florales au point d’en paraître presque irréel, ne désemplissent pas de ces pèlerins nippons. Malgré le monde, pas de foule : seuls des pèlerins sereins en communion avec l’environnement et les autres teneurs de bâton. Visages éclairés par le bonheur de profiter de cette douce fugacité, sublime, à la lumière d’un soleil printanier, tout juste assez généreux pour donner la vie, mais encore suffisamment réservé pour permettre de mieux admirer, avec douceur, la multiplicité des choses. Tout est léger, et les odeurs virevoltent et enivrent le pèlerin. Quelle belle symbiose dans ces jardins où l’art de l’homme a exercé son action avec minutie et avec constance pour hausser et sublimer la beauté naturelle ! L’homme est dans la nature, et la nature dans l’homme.

Après la dure beauté des froids tourbillons silencieux de neige – révélant notre insignifiance et nous appelant à la méditation afin de retrouver dans tout ce froid immobile un peu de chaleur – les pétales des fleurs de cerisier sont autant de flocons qui ne fondent pas. Les cerisiers chargés de neige sont maintenant parés, avec légèreté, d’un manteau fleuri. Qu’une légère brise souffle amoureusement sur ces branches, et virevoltent dans la lumière vivifiante du printemps d’innombrables flocons pétaliers scintillant tels que du givre qui flotterait dans l’air ! Sensation de paradis… Communion dans ce laps de temps si particulier, et sublimé par la présence des autres pèlerins, tout aussi émerveillés, même après des années et des années de recommencement…

Qu’une si petite fleur de cerisier puisse unir tant d’hommes, apaiser les âmes et permettre de se retrouver ensemble est vraiment extraordinaire. Il n’est pas insignifiant que la fleur royale japonaise soit le chrysanthème : la fleur du Japon n’est rien d’autre que le Tennô, son roi. La France aussi, à la différence des autres royaumes occidentaux, possède un beau végétal comme insigne : la fleur de lys. Et le roi « Très-Chrétien » incarne bien cette fleur, rendant pérenne cette douce fugacité dans un éternel présent.

Honorons nous aussi la fleur : Vive le Roy !

— Paul-Raymond du Lac
Pour Dieu, Pour le Roi, Pour la France

[1Shinshô HANAYAMA, La Voie de l’éternité, Paris, Guy Le Prat, 1973, p.10, Tanka de Motoori Norinaga.

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