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Nos beaux prélats dans l’arène !

Cette campagne présidentielle est désespérante. Il faut avouer que les temps présents ne sont guère riants. Pourtant, c’est dans les grandes crises que nous devrions rencontrer les grands enthousiasmes. Rien de cela cependant. Nicolas Sarkozy reprend son programme de 2007, auquel bon nombre d’électeurs de droite, et surtout d’extrême-droite ne se laisseront plus prendre. Le Président le ressasse comme un enfant remontant une boîte à musique. Face à lui, François Hollande ne dit rien, ne fait rien, joue au centriste. Les Français semblent le plébisciter, et pourtant des voix modérées pointent l’irréalisme de son programme [1]. Pour le reste, ceux qui furent séduits à droite par Marine Le Pen se ravisent devant son gauchisme dément ; et Bayrou le bon chrétien ne sait plus quoi promettre aux homosexuels pour tenter d’exister.

Pour un catholique, il y a lieu de se sentir méprisé. Aucun candidat crédible n’a, sinon des positions orthodoxes, du moins des propositions qui vont dans le bon sens. Marine Le Pen se contrefiche de l’avortement ; ce ne doit pas être, pour elle, un obstacle pour obtenir enfin le pouvoir. Il est clair que les autres, qu’ils l’aient déclaré ou non, se rallieront volontiers au « mariage » homosexuel et à la diabolique adoption. Il n’y a donc pas de voie catholique dans cette campagne. Il n’y a personne pour faire valoir une vision catholique de l’économie. Celle-ci demeure à définir, il est vrai. Le marxisme des évêques français est certes indiscutablement disqualifié ; certains se croient cependant obligés de sacrifier à un gauchisme bon teint, pendant que d’autres se réclament d’un libéralisme dont certains postulats mériteraient d’être discutés au regard de la doctrine de l’Église.

Personne ne défend non plus ce qui pourrait s’apparenter à une vision, sinon catholique, du moins conservatrice, de la société. Il ne paraît pourtant pas fallacieux d’exiger de celle-ci qu’elle respecte le droit naturel. Il n’y a que celui-là qui vaille aux yeux de l’Église [2]. Quand il n’y a qu’un Droit à faire respecter, certains ne manquent pas d’imagination pour en inventer une pléthore, les déclinant à loisir de « l’égalité des droits pour les homosexuels » au droit à l’avortement. Rien de tout cela ne résiste à un raisonnement intelligent. La création de droits collectifs est une chose en soi discutable ; mais considérer le mariage comme un droit l’est plus encore. Sous la Rome antique, déjà, c’était un devoir. Ne pas s’y plier, ne point faire d’enfants, voilà qui était lourd de conséquences pour un citoyen. Quant à l’avortement, il ne s’agit « que » d’une dépénalisation ; certainement pas d’un droit ! Sans quoi il faudra bientôt inventer le droit à manger du chou-fleur.

Il y a donc à présent beaucoup à faire, sinon tout. La Conférence des évêques de France a pris soin de publier ses « points de discernement ». C’est là incontestablement une bonne chose qui indique que l’Église s’estime légitime dans le débat public. Mais Riposte catholique en a fort bien examiné les dessous [3]. Dans cette confusion, il est bien difficile de déterminer ce que veut ou pense le cardinal Vingt-Trois. Les principes non-négociables ne sont pas distingués des autres, alors qu’il est des priorités qui passent des points moins essentiels. Qui pis est, aucun évêque n’a pris publiquement la parole pour indiquer clairement que pas un des candidats n’avait un programme acceptable, au regard de la foi des catholiques ; comment nos bons prélats entendent-ils faire pression sur les décideurs publics ? Certains évêques, il est vrai, parmi les plus dynamiques [4], engagent les laïcs à être des décideurs publics en accord avec leur foi. C’est une part du travail, mais on ne voit pas pourquoi il faudrait investir certains champs de bataille, et refuser de combattre sur d’autres.


[1Ne citons par exemple que le très modéré Jean-Louis Bourlanges, comme il a pu l’exprimer notamment sur l’émission de Philippe Meyer, diffusée sur France Culture, L’Esprit public.

[2Leo Strauss, dans la préface de Droit naturel et Histoire, ne manque pas de noter que l’Église catholique ne s’est jamais départi de celui-ci.

[4LL.EE. Messeigneurs Barbarin, Centène, Rey, pour ne citer qu’eux

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