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Militer oui, mais comment ? Trois modes d’action

Les jeunes catholiques français sont de retour, et nous n’avons pas fini de les entendre. Toute une jeunesse brûle d’un coeur ardent. Une génération est née : qu’on l’étiquette "génération Benoît XVI", "JMJ" ou "Manif pour tous", elle est bien là, afin de "gueuler la vérité", selon l’expression de Charles Péguy.

Ces jeunes ont soif d’action. Ils veulent communiquer la Vérité et lutter pour le réel. Leur désir est de militer. Oui, mais comment ?

L’on ne saurait que vous recommander la lecture du remarquable ouvrage de Philippe Darantière : Pour une action politique catholique. [1]

Philippe Darantière, consultant en gestion de crise et essayiste, s’appuie dans cet ouvrage sur la Note doctrinale rédigée par la Congrégation pour la Doctrine de la Foi  [2]
en novembre 2002. Après avoir analysé la place des catholiques dans la Cité et évoqué les défis à venir, Philippe Darantière en vient à la nécessaire question des modes d’action militants.

Trois options sont alors à la portée des catholiques :

1) La contestation légale

Il s’agit de la contestation la plus répandue, la plus évidente. C’est la manière la plus confortable de contester les politiques scélérates mises en oeuvre par l’Etat : sans contester l’ordre établi, les militants vont tenter d’inverser le cours juridique des choses, par la voie légale et démocratique.

Par exemple : les pétitions visant la saisine du CESE, ou les amendements de projet de loi.

Le problème est que trop de catholiques s’enferment dans cette contestation. Ainsi, Philippe Darantière prévient, dans son ouvrage :

« C’est l’illusion fréquente des militants catholiques, qui confondent le respect des règles imposées avec la charité évangélique. Nous l’avons vu, le Christ a su se jouer des règles ! Et de plus en plus, comme l’enseigne le Pape Jean-Paul II, la démocratie utilise ses armes pour rendre des arbitrages hostiles à la foi catholique, au point que des lois iniques ne peuvent plus être considérées comme devant "engager en conscience" les catholiques dans leur application. »

Ainsi, si la contestation légale doit nécessairement être mise en oeuvre, nous ne devons pas nous y enfermer, car le danger qui nous guette est le légalisme forcené, ennemi du Bien et de la Vérité lorsque l’Etat édicte des lois iniques (loi Veil, dénaturation du mariage etc.).

En outre, la contestation légale ne porte pas toujours ses fruits : l’affaire du "mariage" pour paires de même sexe nous en fournit une illustration criante. Il faut donc aller plus en profondeur dans la contestation.

2) La contestation sociétale

Il s’agit de la résistance des consciences à un ordre injuste. La contestation sociétale consiste, selon Philippe Darantière, à «  agir pour changer les valeurs admises, les codes sociaux, les normes en vigueur . »

On peut tenter de trouver une illustration récente de ce mode opératoire avec le mouvement des Veilleurs : il s’agit en effet d’une « transgression de l’autorité établie », établissant une « pression psychologique ». L’image de jeunes pacifiques lisant du Péguy et chantant l’Espérance provoque nécessairement une situation inconfortable pour les tenants de l’ordre établi. Toutefois, même pacifiques, les Veillées sont subversives tant quant au fond (valeurs à contre-courant) qu’à la forme (cadre extra-légal, rassemblements non autorisés). Le caractère extra-légal peut provoquer des malaises chez certaines personnes acquises à notre cause, pour autant cette voie subversive doit être exploitée.

3) La contestation radicale

Plus sulfureuse et plus délicate que la contestation sociétale, la contestation radicale est aujourd’hui au coeur des débats.
Profitons d’ailleurs de cet article pour rappeler le sens du terme "radical" : est radical celui qui revient à la racine. Cette contestation est donc la plus profonde, en ce qu’elle entend « changer le système, la société, l’homme tout entier ».

Tout comme la contestation sociétale, la contestation radicale s’oppose à la force de la loi ; toutefois elle va plus loin : « elle invoque un autre champ de légitimité que l’ordre établi ». C’est Antigone contre Créon. Cette contestation est la plus "dure" de toutes. Mais est-elle contraire aux Evangiles ? En période de crise, à l’occasion de situations exceptionnelles, non. En effet, il convient de se rappeler de la vigueur du Christ lorsqu’il chassa les Marchands du Temple, comme l’évoque Philippe Darantière dans son ouvrage. Une telle contestation s’avère parfois nécessaire ; son efficacité, aujourd’hui, demande à être prouvée.
Le Printemps Français semble se rapprocher de ce dernier modèle de contestation.

Les modes opératoires sont donc multiples : ce sont autant de fenêtres de tir, selon les opportunités. Tous n’ont pas la même efficacité. Ils répondent à des besoins différents. Sachons les saisir, et exercer la bonne méthode au bon moment, afin de faire triompher la Vérité.

Groupes de pression, adeptes du boycott et de la résistance pacifique, ou ardents Chouans du XXIe siècle, la France a besoin de vous !


[1Pour une action politique catholique, selon la doctrine sociale de Benoît XVI, Editions de Paris (2005)

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