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Les murs de Sainte-Rita

La paroisse "gallicane" Sainte-Rita, à Paris, est menacée depuis plusieurs années. Le péril des pelleteuses est imminent, ainsi que l’annonce le collectif Sauvons l’église Sainte-Rita, tout récemment créé afin de défendre les murs de l’église.
Ce collectif énergique a pour but d’alerter les amoureux du patrimoine, « refusant de le voir petit à petit détruit pour des raisons de rentabilité économique ou de spéculation immobilière ».
Une semaine après un point sur la situation de la paroisse, Tugdual Lamotte, contributeur du R&N, livre de nouveaux éléments.

Si certains media évoquent cette affaire, le ton demeure timoré. Les faits mériteraient pourtant la une de la presse locale : les murs d’une église seront bientôt broyés. La scène ne se passe pas en Orient, mais sur la rive gauche de Paris. Le nom de l’église est familier à beaucoup : Sainte-Rita, dans le XVè arrondissement. Comme toutes les paroisses, il s’agit d’une communauté de fidèles, menée par un prêtre. Toutefois, le cas de Sainte-Rita fut longtemps singulier dans la capitale.
En effet, depuis 1988, cette communauté était en rupture avec Rome. Schismatiques, ses pasteurs animaient la paroisse d’une étrange façon : bénédictions d’animaux, messes en compagnie de nos amis les chats, et autres réjouissances. Bref, la paroisse Sainte Rita n’avait pas la vie d’une paroisse pleinement catholique, et c’est pourquoi de nombreux catholiques romains se sont longtemps désintéressés de son sort.
Pourquoi parler ici au passé ? Soyez certains, chers lecteurs, qu’il ne s’agit pas d’une fantaisie stylistique !
L’église Sainte-Rita a connu bien des vicissitudes : rachetée par un promoteur immobilier il y a quelques années, elle est promise à un avenir bétonné : parcs de stationnement et logement doivent la remplacer rapidement. Un fait nouveau s’est ajouté, changeant quelque peu la donne : la communauté gallicane a quitté les lieux il y a quelques jours.
Dans ces conditions, les préventions de nombreux catholiques parisiens devraient fondre comme neige au soleil : on ne risque point, en défendant l’église Sainte-Rita contre les bulldozers, de s’acoquiner avec une communauté schismatique, ni de frayer avec des maîtres chameliers. [1] L’église Sainte-Rita, de facto, n’est plus gallicane.
Faut-il s’en réjouir ou s’en alarmer ? Quoi qu’il en soit, il ne reste à Sainte-Rita que des murs. La bâtiment de l’église paroissiale est toujours là, bien que l’intérieur de l’édifice ait été singulièrement dépouillé depuis quelques semaines. Des murs promis à l’enfer des bulldozers et à la tabula rasa des bétonnières : voilà le visage de Sainte Rita, à l’instant précis où vous lisez ces lignes.
Or, ces murs ont une âme. Ils furent bâtis par des catholiques et pour le vrai culte catholique, il y a cent-quinze ans. Ils sont marqués de la croix. Ces pierres sont aussi le témoin d’une identité de quartier, d’une présence spirituelle au cœur d’un arrondissement parisien, loin des attractions touristiques et au plus près du Paris intime. Oui, ces murs, humbles, sont les témoins d’une Histoire. La nôtre.
C’est pour eux qu’il va falloir se retrousser les manches. Le jour de Pâques, un rassemblement de soutien était organisé par des Parisiens d’horizons divers, soucieux de préserver l’existence d’un havre de spiritualité – mais aussi d’identité – dans ce quartier de la capitale.
Cela suffira-t-il à freiner les bulldozers ? Quel espoir pour Sainte-Rita ? La réponse dépend de chacun d’entre nous. Si les défenseurs de l’édifice remportent la bataille médiatique, un grand pas aura été franchi. Sommes-nous prêts à faire de l’église Sainte-Rita une noble cause, à en parler largement autour de nous, à nos amis, proches et collègues ? Nous pouvons tout aussi bien nous murer dans un confortable silence de bourgeois, impassibles devant le sombre labeur des pelleteuses. « La seule manière pour le mal de triompher est l’inaction des hommes de bien. » (E. Burke)

Tugdual Lamotte


[1Parmi les plus importantes bénédictions d’animaux à Sainte-Rita, ces dernières années, les observateurs ont pu voir un véritable chameau se faire ondoyer devant l’autel, comme l’illustre cette vidéo : https://www.youtube.com/watch?v=yNctJXfk4Rs

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