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Le massacre des innocents

21 janvier 2012 Jean Herbottin

« Alors Hérode, voyant qu’il avait été joué par les mages, se mit dans une grande colère, et il envoya tuer tous les enfants de deux ans et au-dessous qui étaient à Bethléhem et dans tout son territoire, selon la date dont il s’était soigneusement enquis auprès des mages [1] ».

A tous ceux qui douteraient de l’authenticité de ces faits relatés par l’Evangile de Matthieu, et qui en seraient peinés, je tiens à les rassurer. Si nul n’est sûr, au vu des données archéologiques dont nous disposons, qu’un tel massacre ait eu lieu à cette époque, les statistiques les plus indiscutables et les plus officielles nous prouvent qu’il en existe un, à l’heure où j’écris. Rien qu’en France, en 2007, 227.000 enfants furent assassinés, soit la population d’une ville comme Rennes, ou encore approximativement le même nombre de vies qu’une année de la guerre de 1914. Chaque jour, ce sont environ 620 enfants qui sont tués, soit vingt-cinq par heure, c’est-à-dire un toutes les deux-minutes et demie. Le temps d’écrire cet article correspond à une quarantaine de vies. Le temps de le lire à une demi-douzaine. Pendant que vous prenez votre douche, ce sont deux ou trois qui sont tués. Pendant que vous soupez, une vingtaine est supprimée. Pendant vos huit heures de travail quotidien, ce sont 200 enfants qui rejoignent leur Créateur. La seule différence d’avec l’évangile, c’est que ce sont les mères elles-mêmes qui sacrifient leur fils ou leur fille, cet autre qui demeure en elles.

La vérité, sur le débat de l’avortement, c’est qu’il n’existe aucun débat. L’unanimité supposée qui entoure ce sujet, comme dans bien des cas, empêche ne serait-ce que d’y réfléchir. Que madame Boutin affirme être contre l’avortement, sans pour autant remettre en cause la loi en est la preuve éclatante. La première pierre a été lancée, et à présent elles affluent, sans plus personne pour arrêter ce massacre. En effet, lorsque pointe le renoncement, il n’est aucune vérité qui puisse se faire entendre. Il ne s’agit pas là d’une opinion anodine, mais de donner une orientation philosophique à une civilisation. Voulons-nous faire partie de la société qui établit une hiérarchie entre les vies humaines ? Voulons-nous faire partie de la société qui, au nom du progrès, sacrifie à l’eugénisme ? Voulons-nous faire partie de la société qui exclut, sous prétexte de différence ? Quel message d’espérance peut-on faire passer à nos frères handicapés lorsque l’on tue un enfant ne répondant pas à tous les critères de « normalité » ? Faut-il en finir pour autant avec eux, parce qu’ils seraient un poids pour la société ? Alors, au nom de l’amour de soi, un coup de seringue, et en avant la musique… Et pendant ce temps-là, l’on enterre son chat ou son chien avec plus d’égards que son propre enfant, traité comme un déchet médical, énième contradiction d’un monde qui s’échoue lamentablement. Le darwinisme social est en marche, Nietzsche a gagné. Citons-le un instant :

« L’individu a été si bien pris au sérieux, si bien posé comme un absolu par le christianisme, qu’on ne pourrait plus le sacrifier : mais l’espèce ne survit que grâce aux sacrifices humains… La véritable philanthropie exige le sacrifice pour le bien de l’espèce… Et cette pseudo-humanité qui s’intitule christianisme, veut précisément imposer que personne ne soit sacrifié ».

Là où l’on commence par mésestimer l’enfant des hommes, alors l’on ne prend plus la vie au sérieux, et l’on verse dans cette forme paganisme affreux que Nietzsche appelait de ses vœux...

Et le droit des femmes, me direz-vous ? Je sens déjà les féministes hystériques me préparer la médaille de meilleur espoir dans la catégorie « macho de l’année ». La femme, et c’est entendu, même par un vieux réac comme moi, a le droit de disposer de son corps. Oui, absolument. La femme est libre, et c’est heureux. Elle peut décider elle-même comment elle entend mener sa vie, avec qui, et où il lui plaît. C’est tout simplement ce que l’on appelle « liberté », don que Dieu n’a pas fait qu’à ses créatures de sexe masculin. « Homme et femme Il les créa », et Il les créa libres et avides de liberté. Mais la liberté ne saurait exister sans responsabilité, qui est le ferment de toute vie sociale. Alors, oui, la femme dispose de son corps. Mais être femme ne donne pas pour autant de droit de disposer du corps d’autrui. Or, le fœtus n’est pas un appendice que l’on enlève sitôt qu’il se manifeste douloureusement. Le fœtus est un être. Il est un être en formation, en croissance, mais un être tout de même, créé à l’image de Dieu, et aimé de Lui. L’enfant à naître est le plus faible des Hommes, mais il en est un, et mérite la même dignité que celle que l’on accorde à ses parents. Et nos amis progressistes qui réclament l’abolition des tests scientifiques sur les animaux devraient, s’ils étaient cohérents, militer avec autant de force pour la vie humaine à naître. S’il n’en est rien, c’est que nous estimons que le premier principe de cette société est une liberté sans responsabilité. Et pour arriver à nos fins sans trop de mauvaise conscience, nous nous convainquons que ce n’est pas un humain. Le monde des victimes, qui voit en chaque être une victime potentielle, dans l’immigré, dans la minorité, dans l’homosexuel, ou encore l’ours pyrénéen, détourne la tête sitôt qu’il s’agit du fœtus, minorité par excellence, car incapable même d’ouvrir la bouche. Pas de responsabilité, vous dis-je ! Alors, pour s’affranchir de ses crimes les plus évidents, notre modernité sombre dans l’incohérence coupable et l’intégrisme de la médiocrité… sans responsabilité… L’excellent René Girard l’a très bien dit :

« En réalité, ce que la radicalisation de la victimologie contemporaine apporte, c’est un retour très effectif à toutes sortes d’habitudes païennes, l’avortement, l’euthanasie, l’indifférenciation sexuelle, les jeux du cirque à gogo, mais sans victimes réelles… ».

Puisque le fœtus n’est pas humain, alors éliminons-le. Ainsi, il faut bannir de la langue française l’expression « attendre un enfant », puisque nous considérons qu’il n’en n’est pas un. Mais poursuivons ! Tuons les vieux, et les handicapés, qui n’en sont plus ! Au diable les cas de conscience, après tout !

Je sais que je scandalise bien des gens. Je sais à quel point le discours médiatique a enfoncé dans chaque crâne cette idée de nécessité de la liberté de choix. Mais existe-t-il une liberté de choix pour la mère, lorsqu’on lui rabâche que le fœtus n’est pas un être humain, et existe-t-il une liberté de choix pour l’enfant ? Je ne crois pas. A la vérité, chaque vie mérite d’être vécue, car elle est un don de Dieu. Banalité, me direz-vous ! Je ne crois pas, au vu de nos humanistes de comptoir défendant avortement et euthanasie au nom de philosophie de supermarché. Le Christ nous l’a rappelé : « Ce que tu as fait au plus petit des miens, c’est à Moi que tu l’as fait (Mt 26, 31-46) ».

Notre but n’est pas de juger les femmes qui ont recours à ces pratiques. Certaines ont peut-être de bonnes raisons. Peut-être existe-t-il des cas particuliers où l’avortement peut être toléré. Mais la découverte de la Vérité ne peut faire l’économie d’un vrai débat, établi dans un climat non pas de passion mais de raison. Quant à nous, chrétiens, ne jugeons pas les femmes. Pensons plutôt à leur souffrance. Elles ont besoin de nos prières, et de notre appui. Ne nous mettons pas à la place de Dieu. Condamnons la pratique, pas ses promoteurs, ou ceux qui y ont recours. La seule chose qui est dans notre pouvoir, c’est de rappeler sa parole, afin que plus aucune vie jamais ne soit détruite.

Prions également pour les mères qui ont eu le courage de dire « oui » à l’enfant qui leur était offert par le Seigneur. Car si la maternité est un chemin difficile, bien des mères vous diront qu’il fut heureux. C’est ce message qu’il faut véhiculer. Valorisons la famille, valorisons la vie, valorisons l’espérance, tout en nous posant, avec René Girard, cette question :

« Qui mérite le plus nos lamentations, les mères qui se sacrifient pour leurs enfants ou les enfants sacrifiés à l’hédonisme contemporain ? Voilà la question ».

[1(Mt, 2, 16-18)J’aime jouer au pasteur méthodiste

21 janvier 2012 Jean Herbottin

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