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Le combat des tièdes et des ardents.

22 octobre 2011 Jean Herbottin

En écumant la gazettosphère catholique, je suis tombé hier sur ce message de civitas. Je dois dire qu’il a au moins un intérêt : celui d’être clair. Claironné immédiatement par le salon beige, citation de Christophe Barbier à l’appui, nos frères qualifient, en somme, les gens ayant eu un positionnement ne correspondant pas aux canons de l’indignation, de « tièdes ». L’accusation est grave, et appelle une réponse drapée des atours de la consternation. Mais lisons d’abord une « phrase choc »
de ce communiqué vengeur pour nous convaincre du sérieux de la charge.
« Mais les tièdes, toujours en quête de prétextes pour justifier leur adhésion au consensus mou, prétendront aussi que, devant les offenses, le chrétien doit rester impassible ».
De « consensus mou » à « christianisme mou », il n’y a qu’un pas que l’adjectif « tiède » franchit sans hésiter. L’on croirait lire du Martine Aubry. Franchement… Est-ce bien sérieux ? Sous prétexte de récuser le terme de « Christianophobie », c’est la qualité de notre Foi qui est soupesée dans la balance d’un jugement biaisé. Si je ne pense pas que les rédacteurs de civitas aient lu mon article, mais étant donné que je suis en total accord avec le gazetteur Koz sur ces « œuvres » scandaleuses, je pense qu’il est de mon droit que de répondre.

En parcourant l’article de Koz visé par nos amis, je n’ai pas trouvé d’allusions à un quelconque refus de prendre parti, ou à l’idée selon laquelle le chrétien devrait être impassible. Je le cite : « Et l’on hésite une fois encore entre l’apitoiement et la colère ». Veuillez excuser ma naïveté, mais s’apitoyer ne signifie pas rester impassible. Quelle autre posture proposez-vous ? La vocifération ? Je ne pense pas qu’il s’agisse-là de la plus intelligente des façons de se faire entendre. Si vous voulez le faire, très bien, mais laissez-moi vous dire ce qui se passera : Si ce mouvement est médiatisé, chose improbable, il sera disqualifié, car taxé de « réactionnaire », « d’extrême droite », de « marginal », et l’on s’empressera de soutenir les blasphémateurs, qui auront alors le beau rôle de se faire passer pour des victimes. En somme, vous leur faites de la publicité, et vous participez au succès de leur ignominie... En qualifiant ceux préférant s’apitoyer que s’indigner de « tièdes », vous vous présentez directement en chrétiens « ardents », contrairement à ces mous impénitents dont, au regard de ce que j’ai écrit très récemment, je fais partie. En plus d’être insultants à l’égard de chrétiens qui, je pense, sont tout à fait honnêtes et ardents dans leur foi, vous ne réfléchissez même pas à la portée de vos actions. Il serait à mon avis plus sage d’estimer ses actes à l’aune de leurs probables conséquences. S’il y a un jour de la christianophobie en France, ce sera à cause de cette violence que vous démontrez dans vos propos.

Si je suis totalement d’accord sur le caractère insupportable, dégoûtant, lamentable et révoltant de ces messes noires publiques, de ce lynchage médiatique permanent que subit l’Eglise, mais c’est sur la manière d’y répondre que mon avis diffère. « Modéré » n’est en aucun cas le synonyme de « tiède » ou de « mou ». Lire ces lignes me fait penser aux communistes qualifiant les socialistes de « sociaux-traîtres ». L’adjectif « modéré » ne se rapporte qu’aux formes d’action. L’on peut parfaitement être un chrétien ardent et « digne de ce nom », bien que nous en soyons objectivement tous indignes, et ne pas aller se mêler à une foule qui crie. Les mots ont un sens. « Christianophobie » renvoie à une posture victimaire, rien de plus, rien de moins. C’est se caricaturer. Il n’y a pas en France de pogroms de chrétiens ou de manifestations pour réclamer nos têtes ! Ces « œuvres » nous heurtent, et m’ont profondément blessé. Il s’agit effectivement de haine, et lorsqu’elle rencontre la sottise d’artistes en mal de talent, elle donne des produits qui donnent davantage envie de pleurer que de vociférer. Nous ne sommes des victimes que de nous-mêmes. C’est notre comportement qui suscite ces tristes spectacles. Attiser les charbons du mépris n’entraînera qu’un foisonnement de ce genre d’horreurs. Le travail à mener est sur le long terme, et pas à l’occasion d’un « Golgotha picnic ». Notre véritable ligne de front doit être l’évangélisation. Comme le disait Saint François de Sales, c’est par la douceur que nous gagnerons les coeurs. Certainement pas par le scandale.

Condamner, c’est déjà agir et prier, c’est résister. J’estime que nous l’avons fait.

22 octobre 2011 Jean Herbottin

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