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Laissez les orthodoxes tranquilles !

A l’occasion du synode des évêques concernant la question de la famille, et plus principalement, personne ne s’y sera trompé, des divorcés-remariés », la position de l’Église orthodoxe laisse souvent des illusions ridicules se former dans l’esprit d’une certaine frange des catholiques romains. Il est vrai que Rome et Byzance diffèrent sur le sujet, et que la théologie sacramentelle orthodoxe peut être, sous certains aspects, considérée comme plus souple que la position catholique. Et il ne fait aucun doute que dans le cas où le dialogue en vue de la réunification des Églises se renforcerait, la question soulèverait des débats fort complexes dans lesquels aucun des deux partis ne pourrait céder sans renier des siècles de de tradition exégétique, comme le prouve la récente publication Rester dans la Vérité du Christ, à laquelle ont œuvré plusieurs cardinaux, et qui comporte un examen féroce et sans concession de la vision orthodoxe de la question de l’indissolubilité.

Mais pour le dire rapidement, il n’y a en aucun cas dans la position des Églises orthodoxes le laxisme que voudraient y voir ce que nous ne pouvons finalement nous empêcher de nommer les progressistes. En lisant Matthieu 19,6, les orthodoxes n’y voient pas la description d’un lien absolument indestructible que lisent les catholiques, ils considèrent plutôt que, interdisant fermement aux hommes de dédaigner et de laisser périr ce lien, le Seigneur n’en implique pas moins l’existence de la possibilité de « séparer ce que Dieu a uni ». Les époux, qui ne forment « qu’une seule chair », sont atteints par une blessure grave s’ils commettent le péché de la séparation, ce qui se manifeste dans la période de pénitence qui est imposée par l’Église, notamment en vue d’une nouvelle union. Voilà, en somme, pour les règles et la doctrine qui régissent le sacrement du mariage dans l’Orthodoxie.

Il s’agit donc bien là de règles différentes, et non pas d’un paradigme de laxisme appliqué à cette question. Et c’est bien là le problème des envies progressistes qui se font jour en ce moment : loin d’apporter une exégèse solide qui puisse permettre de façonner une doctrine différente, les partisans de ce qu’on appelle complaisamment « l’assouplissement » se contentent d’en appeler à grand renfort de cris à laisser à chaque évêque le soin de décider ce qu’il en est dans les cas particuliers auxquels il est confronté (comprendre « concéder toutes les autorisations possibles et imaginables en mettant définitivement au placard des siècles de droit canon »). Tout laisser régenter par un ersatz de « miséricorde » qui n’a plus pour principe la Vérité, voilà en réalité l’ambition du camp qui est en train de se déchaîner à Rome.

Que les progressistes cessent d’en appeler vaguement à la « position orthodoxe », qu’ils ne connaissent même pas, et qu’ils insultent en la confondant avec leurs idées personnelles de Woodstock de la libéralité sacramentelle. La doctrine orthodoxe repose peut-être sur des règles moins sévères que la doctrine catholique ; pour autant, elle a, elle, des règles, et c’est précisément ce qui manque cruellement aux visions des partisans du grand chambardement.

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