L’infolettre du R&N revient bientôt dans vos électroboîtes.

La mollesse, vertu cardinale de l’homme d’aujourd’hui

28 mars 2012 Jean Herbottin


Plus guère besoin de veau d’or, la limace aux couleurs du MoDem nous convient mieux

Le Rouge & le Noir, très sensible aux élections présidentielles est, comme vous avez pu le noter, une gazette de l’image. Le noir du parti clérical se croise au rouge de la guerre, rouge qui a tendance à se répandre à mesure qu’avance la campagne. Le rouge… Couleur semblable au feu ou au sang, nous rappelle à nous chrétiens deux choses : le sang des martyrs et la flamme de l’Esprit. De ce fait, nous ne pouvons que nous émouvoir du sang qui a coulé la semaine dernière. Ces soldats, dont un qui était, comme nous, catholique, et ces enfants et leur professeur, assassinés par la folie aveugle d’un auteur mystère, à la fois algérien et français, musulman et fanatique, ont été sacrifiés par notre refus de la réalité. Ah ! qu’il aurait été plaisant pour tout le monde que ce tueur fût un fasciste. Or, force est de constater que l’extrême-droite, contrairement à ce que nombre de commentateurs peuvent affirmer, est bien loin des HLPSDNH [1].

Or, le principal danger n’est pas non plus directement lié à l’Islam. Le danger, c’est ce multiculturalisme béat, avatar d’une société en perdition ne croyant plus en rien, ni même en elle-même. L’idéologie du mélange, de la différence, qui fait de chaque élément de notre société un totem inamovible et même une idole indiscutable, a permis ce que nos amis socialistes appellent « l’atmosphère politique » étouffante de ces dernières semaines. Idéologie de perdition, le multiculturalisme a cristallisé la haine au lieu de faire vivre les gens ensemble, car on ne peut vivre ensemble lorsque l’on se borne à séparer les communautés. Séparer les hommes des femmes dans les piscines, ce n’est pas favoriser le vivre-ensemble, que je sache... Si la différence est nécessaire et que la défense d’une identité est une démarche saine, le repli sur soi est un crime contre l’intelligence. La proposition de François Hollande d’enlever le mot « race » de la constitution en est emblématique. Comme le disait l’amuseur Laurent Gerra, « Pourquoi ne pas supprimer le mot « sucre » pour lutter contre l’obésité » ? Mais si notre gauche, sans doute la plus bête du monde, ne peut guère promettre davantage que du vent, notre droite se pare des atours de la bien-pensance, afin de masquer sa défaite idéologique face à son adversaire.

Vous l’aurez compris, le véritable danger n’est pas à chercher dans une couleur politique. Il est à chercher derrière un concept. Le multiculturalisme ne naît pas ex nihilo. Il a une source, héritée de notre humanisme tolérant. J’ai nommé : la mollesse. Le centrisme mou est le grand victorieux de ces dernières décennies. La facilité est sa maîtresse. Il se pare de libéralisme pour les uns, de mixité sociale pour les autres… Mais c’est le même mal, le même défaut de volonté, la même absence de conviction, le même intégrisme de la médiocrité. Nous sommes entrés dans l’Âge Moyen. Et l’Église catholique en France ne fait pas exception. Combien sont-ils, dans l’Église qui est en France, qui osent parler avec fermeté de la Vérité qu’est le Christ ? Ose-t-on encore admettre qu’elle existe ? L’Eglise s’est alignée sur le siècle, en adoptant ses travers les plus manifestes.

Car c’est bien la ruse de la mollesse que de faire croire que la Vérité n’existe pas. Le relativisme, mal absolu, a tant pénétré le monde qu’il l’a façonné à son image. Dans tous les domaines, il s’étend. Eh bien moi, je le refuse. Je refuse cette mollesse d’esprit qui consiste à placer un crissement de camion poubelle au même niveau que le Requiem de Fauré. Je refuse de dire que les civilisations se valent. Je rejette l’idée stupide qu’il puisse y avoir une Vérité hors du Christ. Je préfère une controverse à un consensus mou, qui tairait les différences pour mieux couver le conflit. Car c’est ce que nous faisons dans toutes les matières depuis des années. La mollesse est le revers de la peur. La mollesse, c’est l’opium du peuple.

Nous avons acheté la paix sociale par le multiculturalisme, sans voir qu’il produisait des vices intolérables pour tout esprit soucieux de justice. Nous avons préféré l’hédonisme aux vertus. Nous avons préféré faire de la discrimination positive plutôt que de rendre notre école plus exigeante et plus stricte. Nous avons préféré la construction fédéraliste d’une Europe impersonnelle au développement de nos énergies. Nous avons abandonné l’autorité au profit d’un « laissez-faire ». Nous avons pensé la liberté comme le droit de tout faire, alors qu’elle est avant tout un choix. Nous avons jeté l’immigré dans le communautarisme et la radicalité en refusant, par un humanisme béat, d’appliquer l’assimilation véritable. Bref, nous avons préféré abdiquer, descendant irrémédiablement une pente qui chaque jour rend le relèvement plus difficile. Nous avons sacrifié la France et l’Église sur l’autel de notre mollesse. Et le rouge du sang se mêle aujourd’hui à celui de la honte.


[1Heures Les Plus Sombres De Notre Histoire

28 mars 2012 Jean Herbottin

Prolongez la discussion

Le R&N a besoin de vous !
ContribuerFaire un don

Le R&N

Le Rouge & le Noir est un site internet d’information, de réflexion et d’analyse. Son identité est fondamentalement catholique. Il n’est point la voix officielle de l’Église, ni même un représentant de l’Église ou de son clergé. Les auteurs n’engagent que leur propre conscience. En revanche, cette gazette-en-ligne se veut dans l’Église. Son universalité ne se dément point car elle admet en son sein les diverses « tendances » qui sont en communion avec l’évêque de Rome : depuis les modérés de La Croix jusqu’aux traditionalistes intransigeants.

© 2011-2022 Le Rouge & le Noir v. 3.0, tous droits réservés.
Plan du siteContactRSS 2.0