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L’ignorance n’excuse pas tout

12 mars 2012 Jean Herbottin

L’Église va mal. C’est l’avis que partagent de nombreux chrétiens au vu de son état en France et en Europe. De moins en moins de prêtres, peu de séminaristes, une pratique religieuse s’effritant à chaque nouveau décès, sans voir de nouvelle tête, tandis que l’on fait de nos églises des supermarchés ou, au mieux, des musées. Le tableau en Europe occidentale est bien sombre, et les perspectives s’enfoncent dans les ténèbres. Avec une participation religieuse de 2%, les catholiques français ont sombré dans l’ignorance de la Foi, et en ont oublié le Christ lui-même, l’affublant d’un unique discours philosophique. Or, le carême n’a pas pour achèvement un épisode philosophique. Le carême s’achève dans le scandale de la Croix. Le Jésus bafoué et souffrant n’est pas un homme de discours. Il n’y a là aucune philosophie, seulement le sacrifice d’un Dieu qui nous a aimé jusqu’à la mort. La crise que l’Église traverse n’est pas un problème d’inadaptation. C’est un problème d’ignorance.

Certes, sainte Bernadette était ignorante... C’est elle-même qui le disait. Mais elle avait la Foi. Elle savait, dans son ignorance, ce que le Christ avait fait pour elle. En cela elle avait acquis la plus grande grâce : la Foi. Elle n’avait pas la prétention de se mêler de ce qu’elle ne maîtrisait pas, comme le font nos nouveaux réformocrates, nous abreuvant à longueur de temps de leurs inénarrables « faire Église ensemble dans un monde divers », et saccageant la liturgie à grand coup d’Akepsimas.

Que les chrétiens soient progressistes, passe encore, mais qu’ils ignorent leur religion jusqu’à la réinventer, la limitant à un tissu de valeurs socio-morales, m’exaspère au plus haut point. L’Église n’est pas une association multinationale centrée sur la lutte contre les inégalités ou le sida, ou sur la promotion de l’égalité sociale. L’Église catholique est porteuse d’une Foi dans un Dieu qui nous a créés et qui veut nous sauver. Tout le reste n’est qu’une incidence. Le Christ nous parle d’Amour de Dieu comme étant le premier commandement. Le Christ n’est pas Socrate. Le Christ est d’abord et avant tout Dieu venu nous libérer de la servitude du péché. Le Christ se pose en exemple. Or, le Christ n’est pas un gentil bonhomme dispensant des leçons de sagesse. Il est le modèle du bien, et se définit d’ailleurs comme tel. Il est celui que nous devons imiter pour atteindre la sainteté. Il est le chemin, la Vérité et la Vie.

C’est cette ignorance qui jette nos amis relativistes dans les errements les plus fâcheux. Ils butent sur le mot de « Vérité », qui ne fait sans doute pas partie de leur conception de la religion. Évidemment, quand on retient le message du Christ comme étant une jolie philosophie enrobée d’amour du prochain, il est facile de concevoir la même vision pour n’importe quelle religion, reléguée au rang de philosophie ne demandant qu’à être mélangée dans le grand marché mondial. Ces cathos de gauche, qui se définissent bien souvent comme opposés au libéralisme, y sont pourtant associés : s’il n’y a plus de Vérité, que tout se vaut, y compris les fausses religions, et j’emploie ce terme à propos, alors il ne faut plus s’étonner que plus rien ne soit pris au sérieux… et que l’Église aille mal.

Ces rénovateurs le martèlent, comme en Allemagne, « Wir sind Kirche ». Eh bien justement. Nous sommes l’Église... L’Église ressemble avant tout aux chrétiens qui la composent. Tous, ils nous crient « Rénovation ». Ils n’ont que ce mot-là à la bouche. Certes, il y a peut-être une réforme à mener... Mais avant, c’est aux chrétiens de se réformer eux-mêmes… À quoi bon changer quoi que ce soit si l’Homme ne change pas ? Ces gens-là s’estiment-ils plus aptes à juger des affaires de l’Église, du haut de leur humanisme désincarné, oubliant l’essentiel, le fondamental, l’essence même de l’Église : le Christ ?

Car, comme le disait feu le père Félicien Bernard, « Dieu n’a pas changé, Lui ». À cette citation, que j’approuve, j’ajouterais que l’Homme n’a pas changé non plus. L’Homme est toujours faible et prompt à l’oubli, comme jadis l’était le peuple élu, ne se souvenant de Dieu, son seul Roi, que lors des temps de malheur. Le Saint-Père l’a très bien exprimé à plusieurs reprises. Le problème de l’Église vient avant tout des chrétiens, de leurs habitudes, de leur propension à l’oubli et de leur méfiance. Nous nous souvenons de ses mots terribles en Allemagne, où il reprochait aux chrétiens « attiédis » d’être le plus grand danger pour l’Église. Benoît XVI a ajouté la semaine dernière, avec l’excellence qui le caractérise, que « Le grand problème de l’Église actuelle est le manque de connaissance de la foi, l’analphabétisme religieux ». Analphabétisme religieux… L’expression est osée, mais criante de vérité. Le peuple chrétien, tout comme ces prêtres révoltés contre un célibat qu’ils ont accepté librement, vivent dans cet oubli total du mystère de l’Église. C’est justement pendant le Carême que doit se reposer cette question de la conversion. Plutôt que de souhaiter changer les structures, les règles qui ne nous plaisent pas, et d’aller jusqu’à réinventer le Christ Lui-même, remettons le Christ au centre de tout. Il est grand temps pour les chrétiens de quitter cet humanisme béat pour entrer dans le Christianisme. Cela passe par un effort à la fois de prière, mais aussi de redécouverte de la réalité de la Foi et du message du Christ. Réapproprions-nous la Croix, signe éternel du Salut que Dieu nous offre, et peut-être pourrons-nous envisager ensuite de parler de réforme.

12 mars 2012 Jean Herbottin

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