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[J. OUSSET] Pourquoi l’Évangile est-il « LA bonne nouvelle » pour toute l’humanité ?

Chaque mercredi, le Rouge & le Noir publie un extrait de Jean Ousset (1914-1994). Ces extraits ont pour objectif de répondre à une question, en se fondant sur les Écritures.

Pourquoi l’Évangile est-il « LA bonne nouvelle pour toute l’humanité » ?

Il est de bon ton d’être « relativiste » et pour faire bonne figure de ne pas vouloir défendre la vérité de l’Évangile pour tous les hommes. A chacun sa civilisation. La civilisation chrétienne vaudrait pour nous mais pas pour les autres. Mais si l’on regarde les faits ? Pourquoi ne pas voir ce que la civilisation chrétienne apporte à tous les hommes. Le ressentiment antichrétien de la modernité nous fait douter. N’ayons pas peur des comparaisons ? Voici un extrait tiré de l’ouvrage Pour qu’Il règne de Jean Ousset, pages 461 à 467 « Ecce Homo - Jésus-Christ assume la totalité de l’ordre humain » :

Jean 12, 31-32 « Quand j’aurai été élevé de terre, j’attirerai tout à Moi ».
Et le fait est que, dans le sillage de cet Homme, tout l’humain fut et n’a cessé d’être assumé, comme l’expérience du passé et celle du présent le prouvent surabondamment. Ordre humain, assumé dans le temps. Ordre humain, assumé jusqu’aux extrémités de la terre. Ordre humain, assumé dans l’universalité de ses aspects.

(…) Ordre humain, assumé dans le temps. Car le Christ « règne aux siècles des siècles  », dit la Sainte Ecriture. Et le fait est que nul, sinon Lui, ne s’est jamais présenté comme étant le centre, la raison même de l’histoire (…) cet Homme ne remplit pas seulement l’histoire de Son Nom ; mais, - ce que le plus fou des fous n’a jamais osé faire, - Il s’est montré comme Celui en fonction duquel l’histoire a été créée et continue à s’ordonner. Son signe apparaît dès la Genèse, et Il a eu l’audace inouïe de prétendre que c’est encore Lui qui reviendrait présider visiblement à la fin des temps.

Cet homme si sage, serait-il donc, en même temps, le plus insensé des insensés ? Car, il n’est pas un homme, pas un fondateur de religion, pas un héros mythologique, pas un faux dieu, ni le Bouddha, ni Mahomet, ni Zeus, ni Prométhée... qui ait parlé ou qu’on ait fait parler ainsi. (…)
Saint Paul (…) va jusqu’à répéter dix-huit fois le mot fide au début des versets du onzième chapitre de sa « Lettre aux Hébreux ». « Fide... fide... fide... » - C’est par la foi..., c’est dans la foi et dans l’espérance en la venue de cet Homme qu’ont vécu et agi tous les Saints de l’Ancien Testament. Autrement dit : Il est Celui vers qui a tendu l’espoir des Abel, des Noé, des Abraham, des Isaac, des Jacob, des Moïse, des Isaïe, des Daniel..., comme Il fut l’espérance des Agnès, des Félicité, des Hilaire, des Augustin, des Bernard, des Thomas d’Aquin, des Jeanne d’Arc, des Thérèse Martin, des Pie X...

Même si cet Homme avait menti en se disant « Celui qui devait venir », le fait est qu’aucun autre ne s’est présenté et qu’effectivement il n’y a que Lui qui soit venu... (…) légitime ou non, le fait est que cet Homme n’en règne pas moins «  aux siècles des siècles ». (…)

Et ce que l’on vient d’observer dans l’ordre du temps est tout aussi facile à désigner « inter mundanas varietas », aux quatre coins du monde. Ni mers, ni montagnes, ni jungles épaisses, ni déserts n’ont pu arrêter les témoins de cet Homme. (…) Son Message a été porté, - « sicut dixit » - comme Il l’a dit - jusqu’aux extrémités de la terre, dans l’intention bien arrêtée de ne laisser aucun homme dans l’ignorance de sa « bonne nouvelle ». Jamais enseignement ne s’est présenté comme ayant un caractère d’universalité aussi salutaire et, tel qu’il est, nécessaire à l’universalité du genre humain. Remède irremplaçable. Non pas la solution recommandée entre plusieurs autres possibles... Non pas solution plus adaptée au tempérament ou à la formation de certains..., mais LA solution humaine, L’UNIQUE, l’exclusive..., la seule valable pour tous et toujours.

Spectacle de la plus gigantesque entreprise de régénération humaine. Déjà, aux jours d’Hérode, les envoyés de Jean avaient conté ce qu’ils avaient vu, depuis les boiteux qui marchent, jusqu’aux pauvres qui sont évangélisés. Aujourd’hui, la terre est pleine des œuvres de miséricorde qui se sont fondées sous le signe de cet Homme. Quelle religion a jamais assumé comme la Sienne la charge de l’humanité et subvenu à tous ses besoins, la nourrissant, la soignant, la réconfortant, l’instruisant, l’éduquant ? (…)

Après avoir dit qu’Il assume tout l’humain dans le temps, tout l’humain « inter mundanas varietas », il n’est pas inutile de montrer dans le sillage de cet Homme tout l’humain assumé dans l’harmonieuse multiplicité de ses aspects : ce qui est, à proprement parler, la Civilisation. Civilisation chrétienne qui, si l’on prend soin de dissiper quelques malentendus habituels en cet endroit (Ce qu’on appelle parfois la civilisation chrétienne n’est (…) pas autre chose que l’harmonieux ensemble de ces conditions fondamentales indispensables au plus grand épanouissement de la foi chez le plus grand nombre. Cet ensemble constitue l’essence de la vraie et seule Civilisation (avec un grand C). Les composantes accidentelles qui constituent en propre les civilisations particulières, dans la mesure où elles ne contredisent pas l’ « essence », mais l’actualisent de telle ou telle façon, peuvent être bénies par l’Eglise, mais sans qu’on puisse croire que l’Eglise entend se lier par là à ces formes contingentes et temporaires de civilisations (au pluriel et avec un petit c). ),apparaît comme la Civilisation, tout court.

Sans doute, d’autres peuples non chrétiens surent parvenir à tels degrés, plus ou moins hauts, de perfection artistique, intellectuelle, spirituelle, morale, politique ou technique. Ainsi les Athéniens, les Romains, les Arabes, les Chinois, les Aztèques, les Incas... ainsi, de nos jours, ce que l’on appelle, - sans se faire illusion, semble-t-il, - la civilisation industrielle... Or, dès que l’on observe chacune de ces formes d’épanouissement humain, on ne peut pas ne pas être choqué par des carences graves, odieuses ou grotesques... Et carences dues à la faiblesse accidentelle des individus.

Rien de tel dès qu’on regarde du côté de ces peuples qui ont vraiment voulu faire leur la loi de cet Homme qu’on appelle le Christ. Les tares et les crimes n’y manquèrent pas, sans doute ; au moins y furent-ils désignés comme désordres et péchés. (…)
Les réalisations, en maints endroits, pouvaient décevoir ; les individus apparaître indignes, il reste que l’essentiel était vu, proclamé, ainsi que la hiérarchie des vrais biens. Lentement peut-être, mais réellement, la société était orientée vers la plénitude de l’ordre, le mal dénoncé, sinon guéri.

Autrement dit, les fautes étaient au plan des réalisations humaines ; elles n’étaient pas dans l’idéal et la doctrine proposés... On ne prétendait pas y honorer Dieu par des sacrifices humains ; on n’y trouvait pas légitime la polygamie ou le concubinage ; il n’y fut jamais admis que le père de famille pouvait avoir droit de vie ou de mort sur ses enfants, ou que la justice dans les relations sociales exigeait seulement d’évaluer leur prix en argent. On n’y vit jamais cette stagnation sociale, cet avilissement de la femme, ce croupissement des masses soumises à l’Islam, cette condition lamentable des parias de l’Inde, ni cet esclavage qui sévit encore en Orient au XXe siècle…

En quelques mots, si, faisant abstraction de ce qui, dans chacune fut uniquement la part de faiblesse humaine, on juge toutes les civilisations du seul point de vue de leur idéal, on ne peut pas ne pas dire que la civilisation chrétienne est la seule civilisation parfaite. Et même si, quittant le plan des idéaux proposés pour celui des réalisations concrètes, on se penche encore sur la civilisation des nations chrétiennes avant leur apostasie, sa supériorité apparaît écrasante.

De telle sorte que, - soit théoriquement, soit pratiquement - la vérité de ce paragraphe de saint Pie X s’impose (Il fermo proposito) : «  La civilisation de l’humanité est une civilisation chrétienne . Elle est d’autant plus vraie, plus durable, plus féconde en fruits précieux qu’elle est plus nettement chrétienne ; d’autant plus décadente, pour le plus grand malheur de la société, qu’elle se soustrait davantage à l’idée chrétienne... »

À suivre : Quel est le pouvoir sur la mort du maître de la vie ?

Pour se former et agir à l’école de Jean Ousset, lire Pour qu’il Règne, ouvrage historique de ceux qui veulent agir « à contre courant » comme nous y invite le Pape François.
Ces publications sont diffusées en collaboration avec Ichtus, organisation héritière de la pensée et de l’œuvre de Jean Ousset.

Ci-dessus : le Livre de Kells (en irlandais : Leabhar Cheanannais), aussi connu sous le nom de Grand Évangéliaire de saint Colomban, IXe siècle.

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