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Fiancées du djihad : Érec reviens !


Elle se mit à regarder longuement son époux, son corps bien taillé, son visage ouvert, et fondit en pleurs si violents que les larmes tombaient sur la poitrine d’Érec.

« Infortunée, dit-elle, quel malheur d’avoir quitté mon pays ! Que suis-je venue chercher ici ? La terre devrait m’engloutir, moi pour qui le chevalier le plus hardi et le plus redoutable, le plus beau, le plus courtois, le meilleur de tous, comtes ou rois, a délaissé toute chevalerie. C’est moi qui l’ai mené à ce point de déshonneur, ce que je n’aurais voulu pour rien au monde. » Elle ajouta alors : « Pauvre ami, quel malheur ! » Puis elle garda le silence et n’en dit pas plus. Mais Érec ne dormait pas profondément ; il l’entendit à travers son sommeil. Cette parole le réveilla, et il fut bien étonné de la voir verser autant de larmes. Il lui demanda : « Dites-moi, belle et chère amie, pourquoi pleurez-vous de la sorte ? Qu’est-ce qui vous afflige ? Je tiens absolument à le savoir. Dites-le-moi, ma douce amie, ne me le cachez surtout pas : pourquoi avez-vous dit « Pauvre ami, quel malheur ! » Je sais qu’il s’agit de moi et de personne d’autre : j’ai très bien entendu la parole. »

Énide fut alors toute éperdue ; une peur la saisit qui la mit dans le plus grand trouble : « Seigneur, dit-elle, je ne comprends rien à ce que vous dites.

Dame, pourquoi nier ? Il est inutile de le cacher : vous avez pleuré, je le vois bien. Vous ne pleurez pas sans cause, et dans mon sommeil, j’ai entendu la parole que vous avez dite.

Ah cher seigneur, vous n’avez rien entendu, je crois que vous avez rêvé.

Voilà que vous me débitez des mensonges ; je vous entends mentir ouvertement ; il sera trop tard pour vous en repentir si vous ne me confessez la vérité.

Seigneur, puisque vous m’en pressez si fort, je vais vous dire la vérité et ne pas vous la cacher plus longtemps. Mais j’ai terriblement peur que vous en soyez fâché. Dans ce pays, tout le monde dit, bruns, blonds ou roux, qu’il est très fâcheux que vous vous écartiez des combats. Votre gloire s’en trouve amoindrie. L’an passé tous étaient d’avis que dans le monde entier on ne connaissait chevalier meilleur ou plus vaillant : vous n’aviez d’égal nulle part. Mais, à présent, ils se gaussent de vous, jeunes et vieux, petits et grands, tous vous accusent de lâcheté. Croyez-vous donc que je ne sois pas affectée d’entendre qu’on vous méprise ? Je suis très affectée quand j’en suis témoin, et d’autant plus qu’on m’en rend responsable. C’est moi qu’on accuse – quelle douleur ! Tous disent que la raison est que je vous ai si bien pris dans mes lacs que vous en perdez toute votre vaillance et que vous ne pensez à rien d’autre. Il faut que vous preniez une décision afin de faire cesser ces reproches et de retrouver votre ancienne gloire. Que de fois j’ai entendu qu’on vous blâmait sans jamais oser vous le laisser voir. Bien souvent, quand je m’en souviens, l’angoisse me contraint à pleurer. J’en avais à l’instant une telle douleur que je ne me suis pas surveillée et que j’ai dit : quel malheur !

Dame, dit-il, vous aviez raison, et ceux qui m’adressent ces blâmes ont raison aussi. Préparez-vous immédiatement, soyez prête à chevaucher. Levez-vous, revêtez vos plus beaux habits et faites seller votre meilleur palefroi ! »

C. DE TROYES, Érec et Énide 2490-2583

Pourquoi tant de jeunes Énide abandonnent-elles chaque jour leur pays, leur culture, leurs amis, leurs parents, pourquoi transgressent-elles les lois, traversent-elles les frontières, souvent sans un sou, risquent-elles leur vie en somme, pour se rendre volontairement dans un pays en guerre et se jeter dans les bras de combattants qui les réduisent en esclavage ? Toutes ces jeunes fiancées ne sont pourtant pas naïves, elles savent précisément ce qui les attend là-bas : à l’heure d’internet, de l’information en direct et des réseaux sociaux il est d’une bêtise ou, pire, d’une malveillance inqualifiables de clamer qu’une petite cure de déradicalisation suffirait à les guérir. C’est peine perdue, ces jeunes filles ne sont pas malades : elles choisissent cette vie, la désirent au plus profond de leur coeur, parce qu’elles sont pétries du même ferment que la belle Énide : elles sont femmes et recherchent des hommes qui puissent les honorer, tant physiquement que spirituellement.

Et ces hommes, l’Europe des démocraties, la France des droits de l’homme, Marianne, elle-même se sont toutes trois chargées de ne plus les réveiller.

Et Érec s’est endormi dans les délices de la passion, il a plongé dans le vice, dans le fric et la débauche, incapable d’honneur.

Et Énide continue de pleurer le chevalier le plus hardi et le plus redoutable, le plus beau, le plus courtois, le meilleur de tous, comtes ou rois, qui a délaissé toute chevalerie.

Alors deux voies s’ouvrent à elle. La première, c’est celle qu’incarne Carry Bradschaw, l’héroïne de Sex in the City dont le compagnon de jeux est Mister Big : fric, sexe, alcool avec le Gros. Qu’est-elle venue chercher ici ? plus rien la pauvre, Carry Bradschaw n’est que l’ombre d’elle-même, noyant son chagrin dans les plaisirs du monde, oubliant à quel espoir de grandeur elle était vouée, renonçant à la chevauchée fougueuse et passionnée que, jadis, Érec lui aurait offerte. Elle se donne donc à un Gros, pantouflard friqué, Newyorkais arrogant, qui n’a de gloire que ce que nous laisse imaginer son nom…

La seconde voie, c’est celle que choisit cette petite Française, qui, elle, n’a pas renoncé à son honneur et, qui, malgré le monde qui la presse, refuse d’être un homme comme les autres. Telle Énide elle sait que pour toucher au bonheur, pour mériter le Ciel, elle doit s’unir à un homme dont les exploits honorent sa quête, son pays et tous les siens, un homme qui risque sa vie et celle des autres pour un idéal qui le dépasse, pour Dieu.

Puisqu’en Europe, Érec n’est plus, puisque son Dieu d’amour est oublié, interdit dans les lieux publics, abandonné dans ses propres églises, elle épouse le combattant du djihad et se donne à ce dieu de haine et de sang.

En lui, elle retrouve en fait les traits d’Achille, héros épique de l’Antiquité, le champion aux pieds légers, qui se sacrifie pour sa propre gloire et celle de sa cité. Auprès de lui, elle est aussi fière que peut l’être un chien de son maître. A l’instar de Briséïs, reine dont Achille tue le mari et les frères pour la réduire en esclavage, elle devient certes captive mais son bourreau est un guerrier, un héros, dont elle est le trophée.

Et Énide s’y trouve hélas plus belle, plus honorée, plus femme en somme, simplement parce qu’ enfin et à nouveau elle est convoitée, comme un objet certes, mais comme un objet qui a du prix et un rôle à jouer dans une quête qui transcende les limites du monde !

Et l’Europe a tué Érec, héros chrétien protecteur et courtois, qui ne dort jamais profondément car il veille et s’afflige de voir (Énide) verser autant de larmes...

Mais désormais DSK, Weinstein ravivent eux aussi l’héritage d’Achille : des hommes aux pouvoirs extraordinaires que le peuple admire pour leurs "hauts-faits" financiers, politiques ou culturels. Dès lors, les nouveaux "héros" aux pieds plus gras que légers, s’offrent des trophées, peu importent les états d’âmes des jeunes femmes abusées...

En Europe, la libération sexuelle ne concerne pas seulement les femmes après tout, les hommes aussi se libèrent du joug de la morale chrétienne et Érec est bien loin... et il nous manque en fait.

Il ne se trouvait plus d’homme vaillant en Israël, jusqu’à ce que Déborah se fut levée, jusqu’à ce que se fut levée une mère en Israël. Juges, 5, 7

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