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Faut-il manger bio ?

27 septembre 2017 Karl Peyrade , ,

Cette question qui peut sembler triviale suscite souvent des débats enflammés lors de repas conviviaux. L’homme de droite aime y répondre de façon méprisante en condamnant le bio suspecté d’être une arnaque permettant de vendre plus cher un produit contenant autant de produits toxiques que les autres. Pour lui, le bio est l’apanage du bouffeur de quinoa, spécimen en vogue dans le dixième arrondissement parisien et adepte du yoga. De son côté, l’homme de gauche aime à prendre un air exalté pour ne jurer que par le bio, seule nourriture susceptible de conserver selon lui une bonne santé. Naturellement, ces deux considérations caricaturales ne permettent pas de répondre correctement à la question. Le sujet de l’alimentation ne mérite pas d’être relégué aux stupides éditoriaux de la presse féminine ou aux dernières pages des magazines TV.

En effet, le choix de la nourriture peut générer des impacts à trois échelles. Tout d’abord, il est bien évident que se nourrir de produits industriels trop salés, sucrés et imbibés de pesticides peut avoir des conséquences sur la santé de l’homme. À l’inverse, essayer d’avoir une nourriture saine permet de prévenir certaines maladies comme le cancer ou les maladies cardio-vasculaires. Ensuite, consommer tel type d’aliment ou tel autre est susceptible d’avoir des conséquences sur l’environnement. Privilégier l’agriculture intensive et productiviste aboutit à l’appauvrissement des sols, des aliments et à la pollution de l’air et des nappes phréatiques. Au contraire, soutenir une agriculture plus soucieuse de l’environnement est une manière d’assurer à la société humaine une capacité de reproduire ses conditions d’existence. Enfin, le type d’alimentation choisi n’est pas indifférent d’un point de vue économique. Acheter les produits de la grande industrie, ceux de l’agriculture locale ou étrangère n’a bien entendu pas les mêmes effets. Donner de l’argent aux supermarchés qui étranglent bien souvent les agriculteurs et aux grands exploitants agricoles bénéficiaires de la PAC plutôt qu’aux petits producteurs enraciné ne constitue pas une décision anodine.

Cette grille de lecture à trois entrées offre la possibilité de répondre un peu plus précisément à la question posée plus haut. Du point de vue de la santé, le bio est indéniablement préférable aux produits bourrés de pesticides. Toutefois, pour ceux qui trouvent à juste titre les produits bio quelque peu onéreux, une solution intermédiaire réside dans l’achat au marché de produits issus de l’agriculture raisonnée. Cette dernière n’utilise les pesticides qu’en cas de force majeure (graves intempéries, plantes malades ou invasion d’insectes par exemple). Certains prétendent à tort que les produits bio ne diffèrent pas des autres. Les produits bio contiennent bien moins de produits toxiques que les autres. D’ailleurs, le producteur bio, à l’instar de ce qui existe en matière d’AOC, doit suivre rigoureusement un cahier des charges contrôlé régulièrement à l’improviste. Ainsi, il doit à titre d’illustration s’engager à ne pas utiliser d’intrants d’origine chimiques (pesticides, antibiotiques, additifs ou fertilisants), d’organismes génétiquement modifiés et à cultiver ses produits sur une terre qui n’a pas reçu de produits chimiques depuis trois ans. Les différences sont même visibles au niveau de l’aspect des légumes ou des fruits : les aliments conventionnels sont souvent très propres et de même taille tandis que les produits bio sont pleins de terre et dissymétriques.

Acheter bio ne permet pas de garantir un impact positif sur l’environnement. Certes, l’absence de recours aux produits polluants permet d’éviter de nuire aux sols et de permettre à la terre de conserver à l’avenir sa capacité de fournir des légumes et des fruits. Loin d’être négligeable, ce point n’est néanmoins pas suffisant. En effet, il s’agit aussi pour le consommateur de renouer avec les saisons. Vouloir en permanence se nourrir de bananes de Martinique, des kiwis néozélandais ou d’avocats péruviens, si bio soient-ils, a un impact désastreux sur l’environnement. Songeons par exemple aux milliers de litres de kérosène consommés à cause du transport aérien qui sont extrêmement néfastes pour la nature. Le bio n’est donc pas la garantie d’une absence de pollution de l’environnement. C’est pourquoi, avant de savoir si l’on va acheter des produits bio, il convient au préalable de s’assurer que ceux-ci sont produits localement. Acheter local c’est la garantie d’un temps de transport réduit et donc d’un impact moindre sur la nature.

Mais acheter local est aussi utile d’un point de vue économique. Cela permet souvent de couper court aux intermédiaires comme les grossistes ou les supermarchés qui participent à la destruction de l’agriculture traditionnelle pour y substituer l’agriculture productiviste. L’approche localiste s’envisage souvent dans le rapport vertueux et direct entre le producteur et le consommateur. La petite exploitation locale est souvent en agriculture raisonnée ou en bio, garantie pour le client d’avoir des produits frais, sains et bon marché (faible coût de transport et absence d’intermédiaire). De plus, elle offre la possibilité de soutenir l’emploi local au détriment du bio provenant de l’étranger. Les produits bio de supermarché sont souvent très chers et moins frais. En outre, les grosses sociétés vendeuses d’aliments pollués issus de l’agriculture productrice se sont mises à faire du bio non pas pour l’environnement mais pour augmenter leurs marges. Consommer leurs produits bio, c’est aussi soutenir indirectement la production de produits toxiques et déconnectés des cycles naturels.

Pour conclure, il semble primordial de consommer des aliments produits localement par des petites structures. Si ces exploitations ont opté pour la culture bio, c’est encore mieux pour le consommateur. En définitive, faut-il consommer bio ? Oui, mais du bio local. Il vaut mieux se nourrir d’aliments produits localement que de produits bio venant de l’autre bout du monde. Afin de convaincre les éventuels catholiques encore sceptiques, il ne reste plus qu’à citer le Pape François qui dans son Encyclique Laudato Si, dont il n’est pas question ici de s’interroger sur son opportunité ni d’en soulever les points litigieux, rappelle à juste titre :

« La destruction de l’environnement humain est très grave, parce que non seulement Dieu a confié le monde à l’être humain, mais encore la vie de celui-ci est un don qui doit être protégé de diverses formes de dégradation. Toute volonté de protéger et d’améliorer le monde suppose de profonds changements dans les styles de vie, les modèles de production et de consommation, les structures de pouvoir établies qui régissent aujourd’hui les sociétés. »

Karl Peyrade

27 septembre 2017 Karl Peyrade , ,

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