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[EX-LIBRIS] Mgr d’Ornellas : Pour une économie humaine

Recension de l’ouvrage de Mgr Pierre d’Ornellas, Pour une économie humaine, publié aux éditions Salvator en avril 2017. 192 pages.

L’Église n’entend pas apporter de solutions techniques aux problèmes économiques mais peut, de par son profond ancrage au sein de la société et de la doctrine sociale qu’elle a développée, apporter des conseils et des orientations pour rendre à l’homme sa place centrale dans une économie bien souvent trop éloignée du réel. C’est ce qui explique la structure originale de ce livre : si la première partir de l’ouvrage est l’œuvre de Mgr d’Ornellas, la seconde a été confiée à Yves Morvan, professeur émérite de sciences économiques à l’Université de Rennes-1, tandis que la troisième récapitule les réflexions menées sur ce sujet par 71 acteurs de la vie civile.

Mgr d’Ornellas appelle donc dans la première partie (45 pages) à privilégier la personne humaine (dans toutes ses dimensions) plutôt que l’individu en soulignant que c’est le travail qui est fait pour l’homme et non l’inverse. Retraçant à grands traits l’enseignement social de l’Église de Rerum Novarum (Léon XIII) à Laudato Si (François) et rappelant la fécondité du principe de subsidiarité, il base (tout comme le feront les autres parties de l’ouvrage) sa réflexion sur la situation concrète de l’Ille-et-Vilaine. Les mutations rapides de la société nécessitent le développement urgent d’une éthique des nouvelles technologies et d’une réinvention du capital pour que l’économie soit réellement au service de l’homme, un moyen du développement humain, au lieu de devenir une fin en soi. À ce titre le souci des plus pauvres et la solidarité sont « un devoir au cœur de l’économie » qui ne doit pas être laissé à la responsabilité de l’État mais être au contraire une préoccupation de l’ensemble et de chacun des acteurs économiques. Deux autres sujets semblent particulièrement importants :

  • redonner une place à l’indispensable agriculture, trop souvent négligée ou méprisée alors même qu’elle nous nourrit ;
  • faire de l’éducation (des plus jeunes comme des plus âgés d’ailleurs) une priorité.

Plutôt que de “crise”, Yves Morvan préfère parler dans la seconde partie de l’ouvrage (40 pages) de “mutations” qu’il analyse sous l’angle économique et social. Il en distingue cinq :

  • les mutations géographiques (mondialisation, concentration des entreprises par recherche de compétitivité...) ;
  • les mutations technologiques (révolution industrielle, informatique, numérique) qui changent les modes de production mais aussi les relations entre les personnes en balayant les modèles classiques de communication. Ces mutations nécessitent le renforcement des processus de formation continue des salariés et une attention particulière dans l’accompagnement de l’usage des nouveaux outils. Ces mutations entraînent aussi un bouleversement de l’organisation du travail qui l’amène à s’interroger sur la fin du salariat ;
  • les mutations institutionnelles (décentralisation, transfert de compétences aux départements et régions, importance des métropoles...)
  • les mutations démographiques. Il ne s’agit pas ici des questions migratoires internationales mais des mouvements de population au sein du pays (certains espaces perdent leurs populations ou font face à un vieillissement important de leur population). Il s’attarde ici sur la croissance démographique de l’Ille-et-Vilaine et les défis d’organisation des territoires à son échelle. Cette analyse spécifique ne peut cependant pas être généralisée aux autres régions ou départements ;
  • les mutations environnementales. La préoccupation écologique est de plus en plus présente, et si elle influe sur nos modes de consommation, elle doit aussi faire évoluer nos modes de production.

Intitulée « Des habitants d’Ille-et-Vilaine s’interrogent et proposent », la troisième partie de l’ouvrage évoque dans une centaine de pages les différentes difficultés que traverse actuellement la France. Cette dernière partie est assez inégale et plutôt décevante. Outre une impression régulière de redites vis-à-vis de ce qui a été évoqué dans les deux premières parties, elle énonce beaucoup de grands principes mais trop peu de propositions concrètes. Étudiant par exemple le principe du Revenu universel, la sous-partie se termine sans se prononcer sur le fond. Des propositions concrètes auraient permis de se positionner pour ou contre, de faire avancer le débat et de réfléchir à l’accord des positions avec la doctrine sociale de l’Église ; son caractère trop consensuel lui fait perdre l’intérêt qu’elle aurait pu avoir. Parfois trop optimiste (sur la question de la mixité sociale par exemple, p.168-171), elle n’aborde quasiment pas la question de l’immigration et de l’islam (qui a pourtant des impacts économiques ainsi que dans la vie de l’entreprise via les revendications religieuses). Si le diagnostic est bien souvent juste (rejet croisant des institutions, « risque de rupture avec la base », risque de rupture sociale et économique si la transition numérique n’est pas accompagnée, État vu plus comme une source de nuisances avec ses normes et contraintes en toute genre, importance du tissu associatif...) certaines réflexions sont surprenantes : comment peut-on écrire (troisième partie, p.97) à propos du risque de l’eugénisme de la médecine prédictive et du diagnostique prénatal que celui-ci est un « risque majeur auquel l’opinion demeure assez sensibilisée » alors même que plus de 90% des enfants trisomiques détectés sont éliminés ?

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