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[CINÉMA] Déluge de films chrétiens

12 mars 2014 Bougainville

Plusieurs films bibliques ou avec un message chrétien sont attendus dans les salles obscures. Habitués à être marginalisés, hors du champ culturel contemporain, nous devrions nous en réjouir. Mais valent-ils tous le coup ? Petite revue des troupes.

La machine hollywoodienne : Noé

Attendu le 9 avril prochain en France, le film Noé a été réalisé par Darren Aronofsky (Black Swan, Requiem for a Dream). Ce dernier a déjà prévenu qu’il avait adapté à sa façon le récit de la Genèse, pour privilégier un message écologiste. La bande-annonce suggère un film à grands renforts d’effets spéciaux, et finalement peu crédible. Les acteurs sont d’ailleurs des White Anglo-Saxons, alors que l’événement se serait passé en Mésopotamie [1].

Le public croyant semble l’avoir ressenti. En octobre 2013, après des projections-tests organisées aux Etats-Unis auprès de publics chrétiens, juifs et mixtes, près de 80 % des spectateurs avouent ne pas apprécier le film. Le 6 mars dernier, c’est Al-Ahzar, la plus haute autorité islamique sunnite d’Egypte, qui a interdit aux musulmans de le regarder, car il s’agit d’une représentation du prophète Noé.

Face au risque de voir le bateau couler, l’interprète de Noé, Russell Crowe, s’est adressé au Pape François sur Twitter, l’invitant à regarder le film. Basse tentative publicitaire, ou appel sincère ? Russell Crowe, élevé dans un milieu protestant peu religieux, n’est pas baptisé. Il s’est cependant marié en 2003, et a fait baptiser ses enfants, dans une chapelle de type byzantin, construite sur son ranch australien.

La vie du Christ à petit budget : Son of God

Sorti aux Etats-Unis en février dernier, où il rencontre un franc succès, Son of God est, selon les critiques religieux, tout à fait fidèle à la théologie chrétienne. En revanche, il pèche sur le plan technique, et donne presque l’impression d’être un téléfilm sans grands moyens.

Sortie prévue en France prochainement, peut-être dès le 26 mars.

Le mythe tant attendu : Cristeros

Réalisé par l’Américain Dean Wright, sorti aux Etats-Unis en juin 2012 (en pleine polémique opposant l’Eglise catholique au gouvernement fédéral, sur la liberté des hôpitaux confessionnels à ne pas donner accès à la contraception et à l’avortement), ce film relate un épisode peu connu de l’histoire du Mexique, qui vit s’affronter de 1926 à 1929 les paysans catholiques « Cristeros » et l’armée du régime mexicain. Lequel était férocement anticlérical, et sous forte influence maçonnique. Nous en reparlerons.

Le film ne trouva pas de distributeur en France. C’est donc avec la double excitation du téléchargement (ou du DVD américain, encore plus classe), et de l’impression de vivre « en vrai » ce que le film racontait, que de nombreux jeunes catholiques français le visionnèrent l’an dernier, entre deux manifestations, contre le mariage gay, et la « dictature socialiste ».

D’où la joie d’apprendre que Cristeros sera finalement distribué en France, et l’impatience du public catholique de se presser en salles, le 14 mai prochain, pour faire bon accueil à ce film, dont beaucoup vont s’y identifier.

Mais au-delà du mythe, qu’en est-il du film ? Il est un peu comparable à Braveheart ou The Patriot : romanesque, édifiant, plein d’action mais décevant sur le fond, et surtout très kitsch. Ce film distrait, enthousiasme et émeut, mais il n’apporte pas grand-chose sur le récit historique des Cristeros, que l’intrigue simplifie à dessein, pour permettre au catholique américain (et a fortiori français) de se reconnaître dans cette guerre pour la liberté.

On se contentera donc, en attendant plus d’explications, du schéma du Bien contre le Mal qu’il met en scène. D’aucuns diraient que, pour une fois, on ne va pas bouder son plaisir.

L’authenticité de la conversion : l’Apôtre

Cheyenne Carron est une jeune réalisatrice, productrice et scénariste française. Elle a déjà réalisée plusieurs films : Écorchés, Extase, Ne nous soumets pas à la tentation, La fille publique, le plus souvent sans aides financières. Son nouveau long-métrage, l’Apôtre, évoque la conversion d’un jeune musulman français, Akim, au christianisme.

Interrogée par le diocèse de Bayonne, Cheyenne Carron s’explique :

L’origine du projet est marqué par un événement bouleversant que j’ai vécu lorsque j’avais 19 ans et dont j’ai voulu, par ce film, conserver la trace. La sœur du prêtre de mon village a été tuée. Étranglée par le fils de ses voisins. Je connaissais cette femme, elle était d’une bonté rare. Après le meurtre, le prêtre a dit qu’il souhaitait rester vivre auprès des parents du meurtrier de sa sœur, car sa présence les aiderait à vivre. C’était une famille musulmane d’origine marocaine. Ces paroles et ces actes m’ont profondément marquée.

Cet acte de Charité si beau est, dans le film, le point de départ du désir de conversion de mon héros, Akim. Touché par ce message, il décide d’aller sur le chemin de la conversion.

Le film l’Apôtre c’est avant tout pour moi une volonté de laisser le souvenir d’un saint homme anonyme que j’ai connu dans ma jeunesse. Il s’agit de ce prêtre. Des saints anonymes catholiques, il en existe beaucoup en France !

(...) Il y a deux ans, j’ai commencé mon chemin vers le baptême. Je suis Catéchumène, et serai baptisée à la Veillée pascale 2014. Et pourtant je me sens encore bien loin d’atteindre un bon niveau de piété !

La date de sortie de l’Apôtre n’est pas encore connue.


[1Sans être fondamentalistes et lire l’Ecriture à la lettre, posons la question : pourquoi Noé et son arche ne se seraient-ils pas retrouvés en Arménie, sur le mont Ararat ? http://www.lefigaro.fr/lefigaromagazine/2011/07/16/01006-20110716ARTFIG00456-ararat-montagne-biblique.php

12 mars 2014 Bougainville

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