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7 points pour enchanter sa vision du monde : mieux vaut une vie de combat qu’une vie dans un sofa

Nous, les Français, avons de plus en plus une vision désabusée du monde. Entre deux épisodes de série, deux soirées, deux aventures amoureuses, qu’est-ce qui nous anime ? Qu’est ce qui nous transcende ?

Dans notre société relativiste [1], rien ne mérite de se réjouir. Aucune valeur, aucune croyance, aucun comportement humain ne peut se prévaloir d’être supérieur à un autre. On ne sait plus ce qu’est le Bon, le Beau, le Bien, le Vrai, le Juste, le Sacré. On a « désacralisé » la famille traditionnelle, la religion, la nation, la morale, l’autorité, l’honneur, etc. Les deux guerres mondiales et les horreurs associées y sont pour beaucoup : comment croire au sacré après avoir connu de tels événements ? Puis, les libéralismes culturel et économique ont achevé le travail en détruisant toute structure qui s’opposait à notre pseudo liberté (c’est-à-dire à l’assouvissement immédiat de nos pulsions) : les rites, les traditions, la morale.

Chaque être humain a ainsi gagné un sentiment de liberté : nous sommes libres d’adopter nos valeurs. Plus aucun repère ne peut nous être proposé car ils se valent tous. Malheureusement, si tout se vaut, aucun choix ne mérite d’être effectué au dépend d’un autre, et rien ne peut nous animer. En effet, on ne vit que de ce pour quoi on est prêt à mourir (ou au moins, ce pour quoi on aimerait avoir le courage de mourir). Or, on ne meurt pas pour ce qui n’est pas sacré, pour ce qui n’est pas transcendant. Personne n’est prêt à mourir pour le droit de consommer sans entrave.

La solution existe et est entre nos mains. Bien sûr, elle nécessite un peu d’effort et un changement de regard sur le monde. Voici quelques pistes pour faire de sa vie une aventure belle et exaltante :

1) Croire que le Bien et le Mal existent dans notre vie quotidienne, rechercher la Vérité

De plus en plus de gens croient que le Bien et le Mal n’existent pas et qu’ils ne sont que relatifs à une culture et à une époque données. Et si la plupart des gens y croient, nombreux sont ceux qui n’y croient que dans leur expression absolue (le meurtre, le vol, l’amour, le don de sa vie aux pauvres, etc.) et non dans des gestes du quotidien (dans nos relations avec les autres, nos paroles, le choix de nos divertissements, etc.).
La vie semble plus facile : tous les choix se valent et nous nous affranchissons ainsi du jugement et de la culpabilité. Mais nous nous privons aussi des vraies joies… et des vraies peines. En effet, si tous les événements se valent, aucun ne mérite de nous réjouir. Si tous nos choix se valent, aucun ne mérite d’être posé. Si la Vérité, le Bien, le Mal n’existent pas, alors nos joies, nos peines, nos bonheurs et nos malheurs sont dérisoires. Ils ne seraient que le produit d’un passé, d’une éducation, d’une imagination. Ils le sont en grande partie, mais ils puisent avant tout leur source dans une universalité qui nous dépasse.

Croire que le Bien et le Mal existent, c’est donner un sens à chacun de nos actes : nous pouvons choisir ce qui est bon ou mauvais pour nous ou pour les autres [2]. Être vraiment libre, ce n’est pas choisir ce que nous voulons mais c’est choisir le Bien. Nous pouvons choisir ce qui est mauvais pour nous, mais est-ce être libre ? Choisir « librement » de se droguer, n’est-ce pas perdre sa liberté ? Les actes mauvais, petits ou grands, asservissent. Le Bien libère. Connaissant notre faiblesse (« Le bien que je veux, je ne le fais pas ; mais le mal que je hais, je le fais. » (Rom. 7.19)), nous devons sans cesse nous battre pour rechercher la Vérité : la vie est un combat, c’est ce qui la rend belle.

2) Aimer son prochain

Il est dur de voir en chaque être humain un frère. Nous laissons l’individualisme et l’indifférence s’installer. Trop souvent, nous mettons nos écouteurs pour nous isoler, nous ne connaissons pas nos voisins, nous ne sourions pas aux caissières, nous n’allons pas voir notre grand-mère, etc. Il est facile d’aimer l’Autre qui se situe dans un pays lointain, mais il est difficile d’aimer celui avec qui on vit tous les jours. Or, il suffit de petits gestes simples du quotidien pour nous permettre de vivre avec ceux qui nous entourent. Et aimer son prochain, c’est aussi s’en sentir responsable en lui indiquant lorsque l’on estime qu’il fait fausse route [3].

Croire que « tout homme est un être unique, et que dans les plus disgraciés comme dans les plus obscurs, luit une étincelle divine qui mérite [notre] amour » [4], c’est un grand pas vers le ré-enchantement du monde.

3) Rechercher le Beau : choisir ce que l’on regarde, lit, écoute

Ce que nous lisons, regardons et écoutons a un impact sur notre vie. Nous voulons nous croire plus forts que nous le sommes en pensant ne pas être atteints par nos lectures, musiques, émissions et films. Mais, de la même façon que nous sommes influencés par les gens que nous côtoyons, nous sommes influencés par ce que nous regardons. Ce n’est pas un mal en soi de regarder ou lire des histoires tragiques, violentes. Le péché de l’homme est aussi à la source des intrigues les plus belles (Dostoïevski, Balzac, etc). Mais c’est la manière dont il est exposé crûment plutôt que suggéré ou dont il est banalisé dans de nombreuses œuvres qui peut, par accumulation, altérer notre conscience et alimenter une vision désabusée du monde.

À l’inverse, lire de grands auteurs, regarder de grands films, se passionner pour certaines œuvres, nous pousse à explorer la complexité de l’homme, à percevoir ce qu’il y a de sublime dans la maîtrise de la langue, de la peinture, des instruments, etc. Nous devons choisir ce que nous consommons, conscients de notre influençabilité.

4) Être enraciné pour donner du fruit : accepter notre héritage, nos traditions

Que serait une année sans le Nouvel An, la galette des Rois, Pâques, le 8 mai, le 14 juillet, l’Assomption, Noël ? Que serait une semaine sans un lundi, un vendredi et un week-end ? Ce serait une vie sans rythme, sans cadence où nous évoluerions sans repères. Cette organisation des jours, nous l’avons reçue de nos ancêtres et nous ne serions pas plus libres si nous pouvions la remettre en cause.

Ce que nous acceptons pour l’organisation du temps, nous avons plus de mal à le percevoir pour notre vie quotidienne. Par exemple, attendre le mariage pour habiter ensemble et avoir des enfants est souvent vu comme une tradition dépassée. Or, c’est le fruit d’une sagesse, d’une histoire, d’une connaissance de l’homme, de ses passions intérieures et de ce qui est bon pour lui. De même, de plus en plus de personnes ne veulent pas se marier, arguant que l’amour suffit. C’est oublier la nature de l’Homme : l’Homme n’est pas un pur esprit, et a besoin de poser des actes concrets, inscrits à un instant donné, qui le poussent à se poser les bonnes questions en amont, qui l’engagent après et qui l’ancrent dans une histoire qui le dépasse. Il a besoin de donner vie par des actes concrets à des réalités impalpables et de prendre part à la vie en société par un acte qui le relie au reste de la communauté. Les traditions permettent aussi de fédérer, de vivre en société, de créer du lien.

Ces traditions, ces rites, qu’ils soient religieux, familiaux, régionaux ou nationaux sont parfois amenés à évoluer mais, avant d’être perçus comme une restriction de liberté, doivent être évalués à l’aune de ce qu’ils ont porté. Comme le disait Saint-Exupéry à propos des touaregs qui vivent dans le désert : « Un Coran, qui n’est qu’une règle de jeu, en change le sable en Empire » [5].

5) Aimer la France

Nous sommes aussi rattachés à une autre famille avec son passé, ses grandeurs, ses blessures : la France. En choisissant d’aimer la France, je me donne la possibilité d’accéder à l’universel tout en restant ancré dans le particulier. Nous ne pouvons pas embrasser l’héritage de tous les peuples. Nous ne sommes pas les héritiers de toutes les nations. Nous sommes les gardiens d’une histoire, d’un art de vivre, d’une géographie. Aimer la France, c’est se sentir appartenir à une communauté de destin. C’est vouloir vivre avec 66 millions de personnes le même avenir en s’appuyant sur un passé commun. C’est se sentir dépositaire d’un patrimoine à transmettre. C’est se sentir appartenir à une histoire qui nous dépasse, qui nous transcende.

6) Transmettre : après avoir récolté, il faut semer

Notre vie peut prendre un sens nouveau si nous avons conscience que nous sommes appelés à transmettre. Nous sommes le fruit d’un héritage : nos parents, nos professeurs, nos amis, nos lectures, etc. Nous devons nous aussi transmettre par l’oral et par l’exemple. Tout acte influence notre vie, mais aussi celle des autres. Ce que nous faisons peut montrer le bon exemple ou le mauvais exemple. Personne n’est inutile. Avoir un rôle à jouer, c’est reprendre prise sur le présent qui nous entoure, c’est délaisser notre rôle de spectateur pour devenir acteur.

7) Voir la sexualité comme un acte d’amour

Tout pousse, dans notre société de consommation, à banaliser la sexualité pour y avoir plus facilement accès. Mais c’est enlever à la sexualité ce qu’elle est : un don d’amour à un autre. En multipliant les partenaires, en ayant des relations sexuelles sans être engagé pour la vie, le don des corps est décorrélé du don des âmes. La sexualité doit être l’accomplissement charnel d’une réalité immatérielle : deux êtres qui s’aiment en vérité. Vouloir juste profiter de la jouissance physique, c’est en faire un acte de consommation comme un autre : un moment agréable. Mais c’est surtout se priver de ce que la sexualité a de plus beau.

Il faut lutter pour le don, combattre pour la communion, prendre le glaive pour étendre le Royaume de l’amour

Croire à tout ceci ne suffit pas si on ne s’impose pas une discipline de vie. Nous avons besoin de traduire nos croyances par des actes, par des rites. À force de ne pas vivre comme on pense, le risque est de penser comme on vit. On possède de belles valeurs mais à la première difficulté on transige. On abandonne ses exigences passées pour ne pas avoir à vivre avec des remords. Et, on risque d’adapter ce que nous pensons à la manière dont nous vivons. On relativise, on supprime la notion de péché pour supprimer les remords associés : tout se vaut, plus rien n’est sacré et, prophétie auto-réalisatrice, le monde devient sans saveur.

Un monde sans rite, sans sacré est un monde sans saveur. Et un monde nihiliste, qui n’a comme seule transcendance que l’assouvissement immédiat de ses désirs, court à sa perte. La nature ayant horreur du vide, la société s’offrira aux premiers venus habités par quelque chose qui les anime : les extrémismes de tout bord, les totalitarismes, etc. C’est en cherchant la Vérité, en se reconnaissant humblement pécheur, en acceptant de chuter sans relativiser nos valeurs que nous rendrons la vie belle. « La vie est communion avant d’être combat, don avant d’être lutte. Mais parce que cette vie est blessée dès l’origine, sans cesse attaquée par le Malin, il faut lutter pour le don, combattre pour la communion, prendre le glaive pour étendre le Royaume de l’amour. » Mieux vaut une vie de combat qu’une vie dans un sofa [6].

Edouard de Praron

[1« Le relativisme, prenant prétexte du respect des différences, homogénéise tout par la transgression et la démagogie ; il permet tout pour ne pas assumer la contrariété qu’exige le courage réfléchi de défendre valeurs et principes. Curieusement, le relativisme est absolutiste et totalitaire. Il n’autorise aucun discours différent de lui-même. Il ne diffère en rien de paroles comme : « Fermez-la » ou « Ce ne sont pas vos affaires ». Le pouvoir comme unique idéologie est un mensonge de plus. » Jorge Maria Bergoglio (Le Pape François), archevêque de Buenos Aires, 25 mai 2012

[2« Si tu le veux, tu peux observer les commandements, il dépend de ton choix de rester fidèle. Le Seigneur a mis devant toi l’eau et le feu : étends la main vers ce que tu préfères. La vie et la mort sont proposées aux hommes, l’une ou l’autre leur est donnée selon leur choix. » (Livre de l’Ecclésiastique 15,15-17)

[3« Soyez saints, car moi, le Seigneur votre Dieu, je suis saint. […] Tu ne haïras pas ton frère dans ton cœur. Mais tu devras réprimander ton compatriote, et tu ne toléreras pas la faute qui est en lui. Tu ne te vengeras pas. Tu ne garderas pas de rancune contre les fils de ton peuple. Tu aimeras ton prochain comme toi-même. Je suis le Seigneur. » (Livre du Lévitique 19,2.17-18)

[4Extrait du Cérémonial du Départ Routier SUF

[5Terre des Hommes, Antoine de Saint-Exupéry

[6« Dans la vie, il y a une autre paralysie : […] croire que pour être heureux, nous avons besoin d’un bon divan. […] quand nous choisissons le confort, en confondant bonheur et consumérisme, alors le prix que nous payons est très élevé : nous perdons la liberté. Justement ici, il y a une grande paralysie, lorsque nous commençons à penser que le bonheur est synonyme de confort, qu’être heureux, c’est marcher dans la vie, endormi ou drogué […] il y a beaucoup d’autres drogues socialement acceptées qui finissent par nous rendre beaucoup ou de toute manière plus esclaves. […] Le monde d’aujourd’hui vous demande d’être des protagonistes de l’histoire, parce que la vie est belle à condition que nous voulions la vivre, à condition que nous voulions y laisser une empreinte. L’histoire aujourd’hui nous demande de défendre notre dignité et de ne pas permettre que ce soient d’autres qui décident notre avenir. » Pape François, Veillée de prière JMJ de Cracovie

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