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Yannick Moreau : « Le laïcisme forcené n’est pas une solution à la radicalisation islamiste »

Yannick Moreau est député de la Vendée littorale et Secrétaire national « Les Républicains ».
Il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & Le Noir.

R&N : La France dispose du deuxième domaine maritime du monde. Comment remettre en valeur le secteur maritime vendéen et français ?

Yannick Moreau : « Les larmes de nos souverains ont le goût salé de la mer qu’ils ont ignorée ».

Ces mots du Cardinal de Richelieu, qui fut Evêque de Luçon, résonnent à nos oreilles avec une triste actualité trois siècles plus tard.

Le Gouvernement pourrait bien convoquer tous les « sommets des Océans », les « Conseils interministériels » et autres grandes « COP », tant que nos ministres ne verront la Mer que comme l’extension de leur piscine estivale, la France ne saura pas saisir cette formidable opportunité.

Notre pays a toujours été paralysé entre deux rêves : la conquête de l’Europe continentale ou l’exploration des vastes horizons. Eric Zemmour l’explique très bien dans ses « Mélancolies françaises ». Nous sommes toujours dans cette impasse.

Le premier point, fondamental, à changer c’est bien le regard que nous portons sur la Mer. Si les Français redécouvrent leur Histoire maritime et qu’ils aperçoivent dans ce secteur des possibilités pour demain, alors notre Nation reprendra le bon cap.

La Vendée, est à ce titre un véritable laboratoire à ciel ouvert de la « croissance bleue » avec un potentiel de développement considérable qui allie pêche et construction navale. La Mer est en effet une partie de notre avenir, qui ne s’oppose pas à la terre bien au contraire.

Lors d’une intervention dans l’hémicycle de l’Assemblée nationale en février 2016 j’avais ainsi rappelé au gouvernement que « c’est en affirmant aux yeux du monde la souveraineté de la France sur ses espaces maritimes avec nos moyens militaires, scientifiques et diplomatique que nous ne perdrons pas cet avantage qui fait de nous une grande puissance mondiale ».

Il est aussi urgent de nous préoccuper de la préservation de nos océans. C’est une condition sine qua non pour toute ambition maritime. Nos priorités doivent se tourner vers une protection raisonnée de la biodiversité afin de conserver durablement l’identité et le potentiel stratégique que représentent nos territoires marins (qualité de l’eau, gestion des déchets, énergies propres, respect des cycles de reproduction des espèces marines, défense des zones côtières…).

Concilier identité, grande aventure, exigence technologique et défi sportif, c’est une des marques de fabrique de la Vendée. Il est tout naturel que le Vendée Globe y soit né grâce à l’impulsion de Philippe de Villiers. Tous les quatre ans, cette course fantastique devient aussi le moteur de projets ambitieux, une aventure humaine exceptionnelle qui fait vivre. Le départ de cette 8e édition sera donné le 6 novembre 2016 aux Sables d’Olonne.

R&N : Le TAFTA ne risque-t-il pas de porter le coup de grâce à notre économie agricole déjà mise à mal par les charges, les normes et la PAC ? Quelle est votre position plus générale vis à vis de ce traité dont les négociations ont lieu sans que le grand public n’en soit informé ?

Yannick Moreau : L’opacité qui entoure ces discussions est très inquiétante. Mon collègue Jean-Frédéric Poisson l’a très bien rappelé dans une Question au Gouvernement. Cette négociation en catimini est révélatrice d’une construction européenne déconnectée des Peuples.

Le mercredi 23 mars 2016 j’ai pris la parole en commission des affaires économiques afin de dénoncer ce manque d’information des Parlements nationaux.

Ce traité transatlantique soulève de graves problèmes pour l’Europe, en particulier pour notre secteur agricole. Je pense qu’il y a un avenir pour nos producteurs français. Comme maire d’Olonne sur Mer, j’avais notamment mis en place l’achat, par des circuits courts, de produits d’origine locale dans les cantines scolaires.

Vouloir à tout prix conclure un accord avec les Etats-Unis n’est pas raisonnable.

Comment ne pas voir que, dans le même registre, le blocus actuel contre la Russie pénalise lourdement nos agriculteurs ?

R&N : La position actuelle du gouvernement sur la Russie et sur le régime de Bachar Al-Assad en Syrie défend-elle vraiment les intérêts des français ? Que pensez-vous de la visite en Syrie qu’ont d’effectué récemment cinq députés LR ?

La situation de la Syrie est préoccupante. Nous devons accorder une grande attention à ce qui se passe là-bas. La démocratie des grandes intentions ne fonctionne pas. Il faut agir avec pragmatisme.

La France et toute l’Europe ont un intérêt commun à la stabilité de ce pays. La situation chaotique provoquée et maintenue par Daesh ou des groupes comme Jabhat Al-Nostra ne peut pas durer. Il ne faut pas tomber dans l’angélisme, ni se résoudre à ce que d’autres développent leur influence dans cette région du monde. La diplomatie de la France se doit de rester lucide et indépendante.

Je me suis moi-même rendu en Syrie en novembre 2015 afin de soutenir les chrétiens d’Orient et de m’informer, de rencontrer et d’échanger pour être capable d’orienter le débat politique français et l’opinion publique. Nous ne devons pas couper nos relations avec la Syrie et la visite que cinq de mes collègues ont effectuée au mois de mars participe de ce dialogue nécessaire.

Il appartient aux Syriens de se prononcer sur l’avenir de leur pays. Les pays occidentaux doivent bien sûr les aider, notamment en levant le blocus humanitaire en vigueur.

R&N : Pouvez-vous nous donner des nouvelles du groupe de travail sur les chrétiens d’Orient à l’Assemblée nationale, groupe dont vous êtes membre ? Quelles en sont les actions et les propositions politiques ?

Aux côtés de Véronique Besse, ma collègue député de Vendée, c’est maintenant Claude Goasguen (député de Paris), lui aussi fervent défenseur des chrétiens d’Orient qui copréside le groupe d’études, succédant à Valérie Pécresse élue présidente de la région Ile-de-France.

Le groupe de travail continue d’auditionner et de récolter le maximum d’informations afin de pouvoir faire avancer la situation des chrétiens d’Orient. Nous avons soutenu notre collègue Jean-Frédéric Poisson quand il a déposé une demande de commission d’enquête sur l’origine et le financement de Daech, dont on sait qu’il transite par la Turquie.

Plusieurs députés membres de ce groupe contribuent par ailleurs concrètement à une aide matérielle, que ce soit par la recherche de logements ou l’attribution de subvention aux associations comme l’Oeuvre d’Orient, Fraternité en Irak ou SOS Chrétiens d’Orient.

A titre plus personnel, je suis très choqué de constater que les autorités françaises négligent les demandes légales d’asile en rallongeant les délais de délivrance des visas pour les minorités religieuses, notamment chrétiennes. L’Etat a plus de prévenance pour les migrants économiques illégaux de Calais que pour les familles dont le Parlement européen a reconnu qu’elles sont victimes d’un génocide !

Le double jeu que mènent les autorités bloque les procédures d’asiles qui sont en chute libre depuis des mois. Le délai d’attente pour obtenir un visa est aujourd’hui de 11 mois ! Entre janvier 2015 et janvier 2016, le nombre de visas accordés par la France est passé de 300 à 84 soit une baisse de 72% alors que la demande ne cesse d’augmenter.

R&N : Le phénomène des travailleurs détachés augmente tandis que dans le même temps il semble impossible de mener à terme une réforme du code du travail français. Comment se sortir d’une telle impasse ?

Yannick Moreau : L’augmentation du nombre des travailleurs détachés devient un vrai fléau pour de nombreuses entreprises. La transposition de la directive des travailleurs détachés a abouti à de nombreux abus. La dérégulation s’est accompagnée du déracinement.

C’est dans ce sens que j’ai déposé un amendement à ce propos il y a quelques jours, dans le cadre de l’examen préparatoire de la loi El Khomri. Cet amendement, insérant une clause de francophonie, avait pour objectif de garantir que les entreprises employant des travailleurs détachés s’assurent de la compréhension des règles de sécurité, au besoin en finançant le recours à un interprète.

De plus, le soutien à l’économie locale et à la création d’emploi doit être une priorité pour des projets bénéficiant d’un soutien financier même partiel de la part d’une collectivité ou de l’Etat.

On ne luttera efficacement contre ces abus qu’en reposant tout le dispositif à plat. Certains secteurs doivent être strictement limités et encadrés. Les TPE et PME sont asphyxiées. Or les entreprises ont besoin de visibilité et de confiance afin de pouvoir évoluer et de participer au dynamisme économique de la France. J’en profite pour souligner que certains décrets d’application des lois Rebsamen et Macron, publiées en août dernier, n’ont toujours pas été publiés ce qui rend la tâche encore plus lourde pour les entreprises.

R&N : La France devrait-elle soutenir le premier ministre britannique dans sa volonté de redéfinir la relation de son pays avec l’Union européenne et d’éviter un Brexit ?

Je suis un partisan de la souveraineté nationale. A ce titre-là, je ne m’autorise pas de droit d’ingérence dans les décisions des autres nations.

Cependant, l’Angleterre a toujours été plus réaliste que la France sur la question de l’Europe. En effet, le désir de certains pays de quitter une Union européenne devenue folle prouve bien qu’il est nécessaire de repenser le modèle et de réfléchir à un autre modèle, celui d’une confédération d’Etats-Nations.

La France doit prendre exemple de l’action du gouvernement britannique et avoir enfin une action politique et donc diplomatique en Europe. D’autres pays y arrivent, pourquoi pas nous ?

R&N : La politique d’allocations familiales est régulièrement critiquée à droite ; à la fois parce qu’elle serait une pompe aspirante pour l’immigration, mais aussi parce qu’elle encouragerait les populations les plus pauvres à avoir des enfants plutôt que les plus riches. Faut-il la réformer ? Si oui, comment ?

La politique familiale de la France était un modèle envié à l’étranger. Depuis 2013 le gouvernement n’a eu de cesse de mettre à mal la famille, dans sa conception comme dans organisation. C’est évidemment le cas en matière fiscale. Le tourbillon socialiste a tout cassé : les allocations familiales conditionnées aux revenus, le quotient familial, la prime de naissance, mais également en diminuant par deux le congé parental si l’un des deux parents ne veut pas le prendre.

Le Gouvernement sait que la famille et le principal pilier de la société, et il ambitionne de remplacer les parents.

La politique de François Hollande crée un climat anxiogène. Le résultat est sans appel : une chute de la courbe de natalité. Chaque année, les familles françaises transmettent moins la vie.

Plutôt que les allocations familiales, je pense que la solution se trouve dans la modulation du quotient familial. Cela serait par ailleurs compatible avec l’instauration d’une flat tax, un impôt unique qui reprendrait l’ensemble des taxations actuelles. Les Français ont besoin de lisibilité. Mais attention, pas n’importe comment ! Le Prélèvement à la Source est à ce titre là une fausse bonne idée : il ferait peser sur les entreprises une responsabilité qui n’est pas la leur et affaiblirait la perception que les ménages ont de leur imposition.

R&N : Alors qu’elle semble impuissante à stopper la montée de l’islam en France, la laïcité n’est-elle pas en train de faire disparaître notre identité et nos racines chrétiennes ?

Le laïcisme forcené de certains n’est évidemment pas une solution à la radicalisation islamiste. Les seules conséquences de cette idéologie sont des attaques encore plus vives contre notre patrimoine et notre culture. Ici une église qu’on détruit, là un calvaire qu’on retire, ou encore une crèche « ostentatoire »… Après avoir fait disparaître des manuels d’histoire les apports de la chrétienté pendant des siècles en France, il s’agit maintenant de faire disparaître le patrimoine chrétien, trop visible aux yeux de certains.

La révision constitutionnelle de février dernier fut l’occasion de soutenir un amendement proposant d’inscrire dans la Constitution les racines chrétiennes de la France. Dans le respect d’une saine laïcité qui distingue les sphères temporelles et spirituelles. Pourquoi vouloir opposer la société et toutes les religions, alors que 90 % des problèmes vient de l’incapacité de l’islam à se réformer et à s’intégrer.

Mais ce n’est pas à la politique de décider ce que doivent croire ou non les gens. C’est à chacun de voir s’il lui semble vital de maintenir et de faire vivre cette tradition. N’attendons pas toujours des autres ce que nous devrions commencer à mettre en place nous-mêmes.

R&N : Crise migratoire, droit d’asile, revendications islamiques,… Est-il possible d’avoir une politique de droite sur ces sujets quand les alliances politiques des Républicains se font au centre ?

Je suis un homme politique de droite. Je connais mon Histoire politique et mes valeurs. Notre parti, dans sa folle course aux égos, recherche son identité. Trop souvent on entend des voix dissonantes qui lorgnent vers le centre. C’est une erreur. Nos compatriotes qui nous font confiance attendent de nous la clairvoyance et le courage. C’est ce que veulent nos militants et la très grande majorité de nos élus. Il suffit de donner la parole aux adhérents pour le constater. En 2012, la motion Droite Forte était arrivée largement en tête, bousculant tout l’establishment.

Les dernières élections régionales ont confirmé les attentes des électeurs de droite. Ce sont bien les candidats clairement de droite qui l’ont emporté, à l’image de Bruno Retailleau et Laurent Wauquiez.

Je ne suis pas un ardent partisan des primaires, mais je reconnais qu’elles peuvent donner la parole aux électeurs pour rappeler aux candidats qui nous sommes et ce que nous voulons. Dans cette perspective, je soutiens la démarche du collectif Horizon, lancé par l’UNI, La Droite Forte et Sens Commun.

R&N : Dans le cas où ni les Républicains ni la gauche n’avaient la majorité à l’Assemblée nationale en 2017, quelle serait selon vous la meilleure façon d’envisager la formation d’un gouvernement ? Votre préconisation serait-elle la même que les Républicains gagnent l’élection présidentielle ou qu’un socialiste se retrouve à l’Élysée ?

Je suis un responsable politique, pas un romancier. On peut passer des heures à étudier tous les scénarios. Le régime de la Ve République a acté le principe du « fait majoritaire » avec la réforme du quinquennat et l’alignement des mandats législatifs et présidentiels. Il est donc peu probable, dans les règles actuelles, d’avoir un gouvernement qui ne serait pas soutenu par une majorité à l’Assemblée nationale, elle-même élue au scrutin majoritaire à deux tours.

S’il fallait changer ce système, je plaiderai pour un septennat unique (non renouvelable dans le temps) et pour une petite dose de proportionnelle. Ainsi qu’une conjugaison d’un mandat local et d’un mandat national pour permettre aux députés, qui seraient 400 et non 577, de garder un pied avec les réalités locales.

Et rendre la parole au Peuple, régulièrement, par referendum.

R&N : Nuit debout, les nouveaux Podemos ?

Le mouvement « Nuit Debout » n’a rien de spontané. Ses organisateurs sont des professionnels de l’agit-prop révolutionnaire. Ce rassemblement a la structure typique des mouvements altermondialistes. La violence contre les forces de l’ordre et les biens privés est la même.

Les seules différences résident peut être dans l’arrivée de jeunes désillusionnés par la gauche au pouvoir et qui cherchent un avenir meilleur. Malheureusement, ils sont tombés dans les mains de redoutables idéologues.

Je m’étonne par ailleurs de l’extrême bienveillance, en plein état d’urgence, qui semble être un fil rouge les rattachant aux casseurs ZADistes de Nantes. Le pouvoir était bien plus sévère avec les pacifiques familles de La Manif Pour Tous dont le modèle de société me parait être une réponse intéressante à la crise de sens que nous vivons.

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