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[Véganisme] Quel sens donner à la chasse ?

Dans le cadre de notre dossier consacré au véganisme, deux chasseurs ont accepté de répondre à nos questions et de partager avec nos lecteurs leur expérience et leurs réflexions autour de ce qui reste, bien qu’il soit décrié, l’un des sports les plus pratiqués en France.

Loin du bruit, de l’agitation, de la pollution, à seulement quelques kilomètres à l’ouest de Paris, la forêt. C’est là que se réfugient le plus souvent possible des hommes et des femmes de tous âges. Qu’est-ce que la chasse sinon le besoin de l’homme de retourner à son état primaire ? Pourquoi est-elle tant décriée aujourd’hui ? N’est-ce pas simplement par un manque d’information, à cause d’une incompréhension du sens de cette pratique élémentaire que l’homme exerce depuis la nuit des temps. Pour tenter de comprendre la beauté de ce rapport de force entre l’homme et l’animal, deux fervents défenseurs de la chasse et de ses traditions nous racontent, à travers leurs expériences, le sens d’une des dernières activités encore préservées de la course à la productivité de notre société technologisée.

R&N : Que pensez-vous des polémiques actuelles autour de la chasse à courre notamment celles qui jugent très « cruelle » la mise à mort de l’animal ?

HR : Le problème n’est pas qu’il y ait des débats, c’est que les personnes qui critiquent la chasse à courre ne savent bien souvent pas de quoi elles parlent. Elles ne connaissent pas nos traditions, elles méprisent nos actions et ne cherchent pas à comprendre ce qui nous motive, le sens que nous donnons à la chasse à courre. Les débats, si on peut les appeler ainsi, se résument à un dialogue de sourd entre personnes qui ne parlent pas la même langue. Les mots sont interprétés différemment par tout le monde. Par ailleurs, je ne pense pas que nous allons la même conception de la vie animale et de sa mort, ce qui fausse forcément le débat. Je comprends qu’il puisse y avoir des critiques autour de la chasse à courre mais je préfèrerais qu’elles viennent de personnes qui sachent de quoi elles parlent. Il faut savoir que plus de trois fois sur quatre, l’animal gagne. L’animal sauvage de la chasse va utiliser son instinct naturel pour échapper aux chiens, il sait que ses prédateurs le suivent mais sa grande résistance aux situations stressantes - qui sont son quotidien - et sa force physique lui permettent de déjouer bien souvent des chiens très entrainés. Laisser la loi naturelle reprendre le dessus, le prédateur et sa proie s’affrontent, c’est le sens de la chasse à courre. Certes l’animal est fatigué et s’arrête parfois, dans ce cas on le tue avec respect et le plus rapidement possible. Il arrive parfois qu’il soit gracié s’il a fait une belle chasse - cependant c’est très rare - sinon les chiens ne comprendraient plus -. Je pense que c’est le fonctionnement de la chaine alimentaire et que l’ordre naturel peut parfois être cruel mais c’est partout pareil. Les gazelles qui sont chassées par les lionnes subissent le même sort. Par ailleurs, l’attitude des chasseurs a énormément changé, notamment depuis que le permis de chasse est obligatoire, les règlementations sont strictes et nous les respectons. Il existe une Charte éthique des Veneurs dans laquelle il est expressément mentionné le respect que nous devons aux animaux.

CW : Il y a un rejet de principe de ce qui fait référence à des pratiques liées à l’ancien régime sans autres formes d’analyse, c’est davantage une lutte des classes.

R&N : Que pensez-vous du combat des végans pour arrêter l’holocauste animal ?

HR : Les végans ont un mode de vie et des valeurs qu’ils cherchent à imposer au reste de la société, ce n’est pas normal pour moi. Nous n’avons pas la même vision de l’animal. Ils trouvent inhumain de manger de la viande. Or, je pense que l’homme en a besoin pour vivre, c’est le cas depuis les débuts de l’humanité. Certes certains de leurs combats sont légitimes - je pense à leur opposition à l’élevage intensif – mais remettre en cause la chasse qui est bien plus qu’une tradition barbare, un pratique que l’homme a depuis toujours, n’est pas normal. Par leurs actions violentes, leur manque d’écoute ils sont au contraire de ce qu’ils défendent.

CW : Savent-ils seulement que la chasse participe à la régulation du gibier dans les forêts françaises et que la mort que les chasseurs donnent aux animaux, est bien loin du stress des convois vers les abattoirs et des exécutions programmées. La chasse n’est pas la bonne cible de leur combat pour le respect des animaux.

R&N : Quelle est votre vision de l’animal ? Quelle place occupe-t-il dans la chasse à vos yeux ? Est-ce un simple gibier, un être vivant à qui nous devons quand même le minimum de respect ?

HR : L’animal est un être vivant qui a sa place dans la forêt, c’est lui qui y habite, nous devons donc le respecter ainsi que son lieu de vie. Lorsqu’un animal est blessé, on ne le laisse pas souffrir, on va le tuer, pas par plaisir mais par respect. Ils ne vont pas à la chasse simplement pour tuer mais aussi pour voir de animaux.

CW : L’animal participe à un équilibre naturel qui nous ait donné de respecter et de contrôler. La chasse dans son esprit participe à recenser les gibiers pour assurer que les espèces soient en harmonie avec leur milieu et gérer ainsi la régulation. L’animal a toujours une chance et le chasseur doit respecter les règles (taille, sexe, période de reproduction…) qui veillent à assurer cette régulation. L’animal est une créature qui vit en liberté et dont la vie ne peut lui être ôtée que dans le respect de règles respectueuses de la chaîne naturelle.

R&N : Tuer un animal n’est pas un acte anodin, comment le vivez-vous ? Est-ce un devoir, un acte de nécessité ? Le simple fonctionnement de la chaîne alimentaire ? La suprématie absolue de l’Homme sur la création ?

HR : On ne ressent pas de joie perverse à tuer, il y a un besoin de régulation des espèces, comme les sangliers qui deviennent nuisibles si leur nombre n’est pas contrôlé. Dans la chasse aux canards par exemple, il est dur de réussir à en avoir un cependant quand j’y arrive je suis fier, j’ai gagné le combat alors que bien souvent les canards m’échappent. Parfois on attend des heures dans le froid et il n’y a rien mais c’est la nature. Je ne vais pas à la chasse simplement pour tuer mais pour être dans la nature voir de beaux animaux et si l’occasion se présente je tire.

CW : Tuer est un animal ne laisse jamais indifférent mais il ne se fait que parce qu’il est nécessaire et il se fait dans l’environnement de l’animal et le tuer est le résultat d’un combat entre le chasseur et le gibier qui tantôt sortira vainqueur tantôt perdant. Au moment où sonne trompe pour annoncer l’animal le stress monte va-t-il sortir de la battue ou vous a-t-il repéré ? et quand il passe à pleine vitesse il n’y a que quelques secondes pour s’assurer que l’animal est « chassable » puis épauler, viser et tirer. Alors là seulement vous savez après avoir pressé sur la détente si vous avez été vainqueur.

R&N : Quelle vision avez-vous du territoire ? que représente-t-il pour vous ? en tant que chasseur estimez-vous accomplir un rôle dans la régulation de la biodiversité française ?

HR : Je n’y vais pas spécialement en pensant à la régulation. Cependant les chasseurs aiment les animaux et savent que c’est aussi leur devoir de réguler pour éviter la consanguinité, les maladies mais aussi préserver les cultures. C’est aussi le travail des propriétaires des domaines de chasse, de prendre soin de leur forêt et des animaux qui y vivent.

CW : La chasse a un rôle évident dans la régulation des espèces et cela se fait dans un esprit où le respect de la nature est premier. Sans les fédérations de chasse il y aurait effectivement une augmentation dérégulée des espèces et l’apparition de maladies, ce qui entrainerait des battues administratives qui, elles, ressemblent en effet à des exécutions de masse. Et dont par ailleurs la viande est tout simplement détruite.

R&N : Quel sens donnez-vous à la chasse ? Y allez-vous par tradition ?

HR : Depuis mon jeune âge mes parents m’y emmènent, j’ai grandi dans cette ambiance de chasse, pratiquement tout le monde chasse dans ma famille, c’est une tradition familiale. J’aime entendre les chiens, voir des animaux, des cavaliers et surtout être dans la nature. Je suis très attaché à la culture et aux traditions autour de la chasse. Chez mes grands-parents on chasse parce qu’on en a besoin, il y a beaucoup trop de chevreuils. C’est aussi par nécessité que la chasse est importante parce que s’il y a trop d’animaux ils détruisent les champs et les cultures.

CW : Il y a effectivement une part de tradition qui consiste à se retrouver à plusieurs pour cette activité qui d’ailleurs montre par là le respect qu’elle porte aux animaux. Il y a le fait d’aller dans le milieu naturel et ce face à face devant l’animal. Tout chasseur vous dira qu’il éprouve une vraie joie à se retrouver dans ce milieu rude où vit l’animal et à le voir évoluer, courir parfois juste à vos côtés sans nécessairement avoir besoin de le tuer. Lorsque vous êtes dans une battue il est grisant de voir cette course des animaux qui tentent de repérer les tireurs et être plus malins pour éviter l’issue finale.

R&N : Que cherchez-vous dans la chasse ?

HR : Pour moi la chasse est vraiment un soulagement de pouvoir m’échapper du quotidien, je suis dehors à la campagne dans la forêt, je vois des chevaux, des chiens, des animaux. L’atmosphère qui y règne nous coupe du rythme étouffant de notre quotidien.

CW : Me retrouver avec des amis qui partagent ce bonheur simple d’être dans la nature et de voir beaucoup d’animaux. Avec ses moments de calme et d’attente puis d’excitation où les animaux se dispersent en courant et puis ses bruits mêlés de détonations et de trompes.

R&N : Quelle chasse préférez-vous ?

HR : Je préfère la chasse à courre, je trouve ça plus beau. On a le temps d’admirer la forêt, on se déplace on ne reste pas posté à attendre. Le fait que ce soit les chiens qui mènent la chasse est très beau, l’homme suit et tout se joue entre les animaux. Mais il y a un lien très fort entre le piqueux -maître des chiens- et sa meute, c’est la seule action de l’homme. Le maitre d’équipage a formé ses bêtes, elles lui obéissent au doigt et à l’œil, il en prend soin, les nourrit, les entraine même lorsque ce n’est pas la saison de la chasse. La meute et l’animal sont le centre de la chasse à courre.

CW : La chasse à l’approche a quelque chose de très mystérieux car il faut redoubler d’efforts pour trouver l’animal sans qu’il ne se doute de votre présence, elle nécessite de vous fondre dans son milieu.

R&N : Que pensez-vous quant à l’avenir de la chasse ?

HR : Je pense que la chasse est véritablement en danger aujourd’hui notamment à cause des lobbies anti-chasse, qui prennent de plus en plus de place dans l’opinion publique, en plus d’être fortement relayés par les médias. La vènerie est la plus en danger. En effet, la chasse à tir à l’avantage d’être bien plus rentable économiquement parlant. Son rôle important dans la régulation des espèces lui donne bien plus de légitimité.
Dans la chasse à courre ce sont les chiens qui travaillent, cela revient à l’état de nature où les animaux s’affrontent, et le plus fort ou le plus malin gagne.
Cependant pour faire vivre les traditions françaises, il me parait très important de tout faire pour que la chasse ne meurt pas. Dans notre société qui oublie d’où elle vient, qui ne sait pas où elle va, je pense que maintenir nos traditions permet de garder en nous une flamme d’espérance, et un cap pour ne jamais perdre de vue ce que l’on veut pour notre pays. Cette idée vaut pour toutes les traditions françaises qui se perdent de plus en plus et que nous avons le devoir de préserver.
Certes la chasse est une activité qui peut être dangereuse, et il y a malheureusement eu des accidents. La fédération de la chasse pose des règles pour éviter le plus possible les éventuels problèmes. La chasse demande de la vigilance, notamment celle aux gros gibiers qui est, je pense, la plus « dangereuse ». Mais en respectant les règles de sécurité, il ne devrait pas y avoir de problème. Les anti-chasses qui appuient souvent sur ces accidents pour dénoncer la chasse pourraient faire de même avec bien d’autres sports tout aussi à risque. J’espère que la chasse continuera toujours parce que c’est une école qui éveille à la nature, à l’amour du calme et au respect.
Je trouve d’ailleurs génial qu’Emmanuel Macron veuille réinstaurer les chasses présidentielles, c’est une belle tradition de notre pays, à mon sens ça redonnera une image plus vraie et traditionnelle à la chasse.

CW : La chasse ne pourra pas disparaître sans laisser place à une véritable barbarie dans les campagnes pour contrôler et réguler ce gibier que l’homme laisse vivre en liberté.
Toutefois l’enjeu est colossal car le fait que notre société condamne cette activité et la mette au pilori, fait diminuer de façon inquiétante le nombre de licenciés et ce qui engendre une dérégulation qui devient de plus en plus risquée. Cela se voit déjà avec l’invasion des sangliers qui est plus que préoccupante dans certaines régions, les fédérations de chasseurs qui doivent assurer les dégâts fait aux cultures par ce surnombre devient financièrement insupportable.
Et les mouvements écologistes qui dénoncent le caractère barbare de la chasse par une soi-disant bienveillance animale n’ont rien à proposer comme solution pour assurer cette mission. Il est temps que l’on arrête d’opposer les mouvements car les chasseurs sont par essence de fervents défenseurs de la cause animale et de leur place dans la nature.

Tiphaine Brunémont

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