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[SYRIE] « Ils détruisent, nous reconstruisons » - Entretien avec Benjamin Blanchard

Benjamin Blanchard, trésorier de l’association SOS Chrétiens d’Orient, a bien voulu répondre aux questions de Corsaire, rédacteur en chef du R&N.
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Corsaire : Benjamin Blanchard, bonjour. En quoi consiste l’opération de SOS Chrétiens d’Orient à Maaloula ?

Benjamin Blanchard : L’opération « Une Eglise pour Maaloula » est née de notre rencontre, au printemps dernier, avec Sa Béatitude Grégoire III Laham, patriarche grec-melkite catholique d’Antioche et de tout l’Orient, d’Alexandrie et de Jérusalem.
Le patriarche, pourtant très sollicité, nous a accordé un entretien passionnant, qui est d’ailleurs visible sur notre site internet. Au cours de cet entretien, il nous a lancé un appel vibrant : plus de 90 églises sont aujourd’hui détruites ou abimées en Syrie et attendent d’être reconstruites, la plupart faute de moyens. Nous avons immédiatement répondu à cet appel. Alors que les islamistes cherchent à effacer toute présence chrétienne en Syrie, quel plus beau symbole que de reconstruire une église ?

Corsaire : Quelle importance la ville de Maaloula revêt-elle à vos yeux ?

Benjamin Blanchard : La ville de Maaloula est un symbôle. C’est un des sanctuaires chrétiens de Syrie les plus anciens et les plus visités par les pélerins. Par ailleurs, alors que la presse française est presque muette sur la guerre qui sévit en Syrie depuis maintenant trois ans et demi, la prise de Maaloula par des groupes islamistes en septembre 2013, l’enlèvement des religieuses orthodoxes en décembre puis la libération de la ville par l’armée arabe syrienne et le Hezbollah en avril 2014 ont eu quelques échos en France. Et les Français avaient été nombreux à être émus par le drame qui frappait cette ville à majorité chrétienne, dont les habitants parlent l’araméen dialectal. C’est d’ailleurs suite à ces évènements qu’avec Charles de Meyer nous avions décidé de lancer SOS Chrétiens d’Orient avec notre première mission, Noël en Syrie, au cours de laquelle nous avons livré des jouets et des vêtements aux réfugiés et notamment à ceux venant de Maaloula.
Enfin, alors que la France est le plus gros pourvoyeur de djihadistes qui détruisent la Syrie, les Syriens apprécient beaucoup que ce soient des Français qui viennent à leur tour, non plus pour détruire, mais pour reconstruire.
Comme le répète avec force Grégoire III, « ils détruisent, nous reconstruisons ».

Corsaire : Quels parallèles et différences dressez-vous entre les situations irakienne et syrienne ?

Benjamin Blanchard : Il y a des similitudes entre les deux pays. Dans les deux cas, il s’agissait de sociétés dans lesquelles cohabitaient plusieurs religions : chiites, sunnites, chrétiens, yazidis, sabéens en Irak, sunnites, alaouites, chrétiens, druzes etc en Syrie. Dans les deux pays, cette cohabitation a volé en éclats sous les coups de boutoirs du terrorisme islamiste fondamentaliste combiné à des interventions étrangères (embargo puis invasion américaine de 2003 dans un cas, soutien au terrorisme de la part de la Turquie, du Qatar et de l’Arabie séoudite avec la bienveillance des Etats-Unis dans l’autre).
Cependant, les populations réagissent différemment. En Irak, les chrétiens sont épuisés par dix années de guerre civile entre chiites et sunnites, au milieu de laquelle ils se sont retrouvés pris au piège et qui avait succédé à dix années d’embargo ayant mis le pays à genoux. Ils n’ont plus confiance, ni dans l’armée, corrompue et incapable de les défendre, ni dans le gouvernement de Bagdad, en proie aux luttes communautaires, ni même dans les Kurdes qui n’ont pas réussi à sauver Qaraqosh et qui, dans le passé, n’ont pas été exempts de reproches dans leur attitude envers les chrétiens.
En Syrie, la guerre ne dure que depuis trois ans si j’ose dire. Les chrétiens sont majoritairement solidaires de l’armée arabe syrienne qui est une armée de conscription. Ils ont donc choisi, à tort ou à raison, de se placer sous sa protection et de participer à leur propre défense en formant des milices de Défense nationale dans leurs villages.

Corsaire : Quels regards portent les chrétiens syriens et irakiens sur la France ?

Benjamin Blanchard : Les Syriens sont dans l’incompréhension face aux prises de position françaises. Ils ne comprennent pas que Laurent Fabius puisse déclarer que le Front Al-Nostra (la branche syrienne d’Al-Qaïda) fait du « bon boulot ». Ils ne comprennent pas que la France soutienne la coalition d’opposants armés, alors même que la plupart de ces combattants leur font subir des persécutions dès qu’ils investissent une ville. Ils ne comprennent pas que la France n’ait pas réagi plus tôt face au prétendu Etat islamique, tout en proclamant que c’est une création de Bashar al-Assad (alors que ce groupe a été fondé en Irak en 2006).
En Irak, ils attendent que la France s’engage vraiment à les aider. Pour l’instant, l’aide humanitaire du gouvernement français a été seulement symbolique et les associations présentes sur place, notamment SOS Chrétiens d’Orient présente à Erbil dès les premiers jours de la catastrophe, se trouvent bien seules.
En attendant que le gouvernement français prenne la mesure de la catastrophe humanitaire qui se déroule sous nos yeux en Irak et en Syrie, SOS Chrétiens d’Orient a besoin de vous pour palier cette défaillance . Sans votre aide, nous ne pourrons plus continuer à être présents tous les jours dans les camps de réfugiés irakiens, ni reconstruire des écoles et des églises en Syrie comme nous le demande le patriarche Grégoire III. Nous comptons sur vous !

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