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Salomon Le Clercq, premier saint de la révolution tué en haine de la foi et au nom des Droits de l’homme et du citoyen

30 novembre 2016 Henri de Begard ,

Christophe Carichon est historien et chercheur associé au Centre de recherche bretonne et celtique (Université de Brest). Il est l’auteur d’une biographie inédite sur la jeune résistante Agnès de Nanteuil (Artège, 2010). Il vient de publier une biographie de Saint Salomon Le Clercq (Artège, octobre 2016), premier martyr de la Révolution française canonisé par le pape François le 16 octobre 2016. Il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.

R&N : Pouvez-vous nous présenter les grandes étapes de la vie de Salomon Le Clercq qui vient d’être canonisé par l’Église catholique ?

Christophe Carichon : Nicolas Le Clercq, en religion Frère Salomon des Écoles chrétiennes, est né à Boulogne (qui n’est pas encore sur-Mer) dans l’ancienne province de Picardie, le dimanche 14 novembre 1745. Il est le cinquième enfant de François Le Clercq, négociant, et de Marie-Barbe Dupont son épouse. Fidèle à Dieu, à l’Église, à la France et au roi, la famille Le Clercq est des plus honorables en la ville de Boulogne. Homme intègre, honnête et droit, François Le Clercq est armé contre le « poison philosophique » et le gallicanisme et forme ses enfants en ce sens. Très pieuse, la famille a une dévotion particulière pour la Vierge Marie, honorée à Boulogne sous le nom de Notre-Dame du Bon Retour qui protège les marins et les voyageurs. Sur les neuf enfants vivants du couple, quatre garçons entrent en vie religieuse.

Lui même élève des Frères des Écoles chrétiennes à Boulogne, Nicolas est un garçon timide, posé et intelligent qui se prépare à travailler dans les affaires familiales. Mais, se sentant appelé à un plus haut service, il décide de rentrer chez les Frères à 21 ans en 1767. Après avoir reçu l’habit noir des frères enseignants de l’institut, Nicolas Le Clercq prononce ses vœux et reçoit le nom de Salomon, en référence, sans doute au roi de Bretagne Salomon mort martyr en 874. Il est alors nommé professeur à Rennes puis, en septembre 1769, ses supérieurs lui permettent de prononcer ses vœux triennaux au noviciat de Saint-Yon (près de Rouen) : engagé par les vœux de pauvreté, de chasteté et d’obéissance, frère Salomon promet également le vœu de stabilité, et « à tenir les écoles gratuitement ». Après ses vœux, il est nommé à Rouen puis à Maréville en Lorraine. En 1772, il prononce ses vœux perpétuels et est nommé sous-directeur des novices. Au bout de cinq années, il devient procureur (intendant et gestionnaire) de Maréville puis de nouveau professeur et enfin secrétaire général auprès du supérieur général. Il participe alors au gouvernement de dizaines de maisons et de fondations, de centaines de frères et de novices, de dizaines de milliers d’élèves. Il est à la veille de la Révolution le numéro deux de l’institut.

R&N : Quelle était la spécificité de l’ordre des Frères des écoles chrétiennes dans lequel rentra Salomon Le Clercq ?

Christophe Carichon : L’Institut des frères des Écoles chrétiennes est fondé en 1680 par saint Jean-Baptiste de La Salle d’où leur nom de Lasalliens. Dès l’origine, ils ont pour vocation l’éducation des enfants pauvres mais ils reçoivent aussi les fils d’une certaine bourgeoisie de province comme les Le Clercq. Ce qui est aussi intéressant dans leur enseignement c’est l’introduction de nouvelles matières d’étude comme la gestion comptable par exemple et l’abandon du latin dans plusieurs établissements. Ils s’occupent aussi, dans les « pensions de force » des jeunes garçons difficiles que des parents leur confient. Pour les philosophes comme Voltaire, c’est une hérésie de que vouloir ainsi créer des écoles pour les pauvres : en effet, pour nombre de ces hommes des Lumières, le peuple n’a pas besoin d’être instruit. Voici ce qu’écrit justement Voltaire en 1766 à son ami Damilaville, athée notoire et militant :
« Je crois que nous ne nous entendons pas sur l’article du peuple, que vous croyez digne d’être instruit. J’entends, par peuple, la populace qui n’a que ses bras pour vivre. Je doute que cet ordre de citoyens ait jamais le temps ni la capacité de s’instruire ; ils mourraient de faim avant de devenir philosophes. Il me paraît essentiel qu’il y ait des gueux ignorants. Si vous faisiez valoir, comme moi, une terre, et si vous aviez des charrues, vous seriez bien de mon avis. Ce n’est pas le manœuvre qu’il faut instruire, c’est le bon bourgeois, c’est l’habitant des villes : cette entreprise est assez forte et assez grande. »

R&N : Pendant près de 20 ans, il est frère de cet ordre. C’est, j’imagine, la période la mieux connue de sa vie ?

Christophe Carichon : En effet, car les archives lasalliennes à Lyon ont la chance de conserver près de 140 lettres de Fr. Salomon à sa famille. On peut ainsi suivre son évolution spirituelle et sa « carrière » dans l’institut que j’ai évoqué précédemment.

R&N : Que savons-nous de la période de clandestinité qu’il vécut entre 1791 et août 1792 ?

Christophe Carichon : Fr. Salomon vit le début de la Révolution française sans changer quoi que ce soit à ses habitudes et à la règle qu’il a choisi librement de respecter depuis plus de vingt ans au sein de l’institut. Bien sûr, il se tient au courant de ce qui se passe, de la rédaction des cahiers de doléances aux élections des députés, sans oublier les États généraux dont l’objectif originel est de trouver une solution à la grave crise financière et économique que traverse le royaume. Son seul souhait comme celui de la plupart des Frères des Écoles chrétiennes, est « que tout se fasse à la tranquillité de l’État, au bonheur des peuples, surtout à l’avantage des bonnes mœurs et de la religion. » Mais bien vite, la Révolution montre son véritable visage : celui de la persécution antichrétienne avant d’être antimonarchiste. De l’interdiction des vœux à l’imposition du serment constitutionnel puis du serment civique, c’est tout un arsenal juridique qui s’abat sur les consacrés. La suite sera l’interdiction de l’habit, des sacrements et le schisme. Fr Salomon passe ces années à Paris, en civil, et rend compte de l’évolution des évènements à son supérieur.

R&N : Arrêté, il est enfermé à la prison des Carmes avec d’autres religieux. Quels sont les événements qui conduisent alors au massacre de septembre ?

Christophe Carichon : Il est arrêté le 15 août 1792 avec des dizaines d’autres religieux, prêtres et évêques et massacré le 2 septembre par plusieurs sections de sans-culottes et de fédérés dans des conditions abominables à la balle, au sabre et à la pique. L’argent donné par certains jacobins, le vin et la peur des complots et les défaites aux frontières expliquent ces journées funestes des massacres des prisons.

R&N : Ce massacre du 2 septembre sera bientôt suivi d’autres massacres, à Paris comme en Province. Combien de religieux sont alors tués en quelques semaines ?

Christophe Carichon : Plusieurs centaines sans doute mais les massacres se poursuivent pendant plusieurs années dans toute la France. De nombreux martyrs de septembre, dont Fr. Salomon, sont béatifiés en 1926 par Pie XI.

R&N : Quelles sont les étapes qui ont conduit à sa canonisation dimanche 16 octobre ?

Christophe Carichon : C’est la guérison miraculeuse, par son intercession, d’une petite vénézuélienne mordue par un serpent venimeux en 2007 qui a lancé la question de la canonisation. Le miracle fut ensuite reconnu par le diocèse de Caracas en 2011 et un postulateur fut nommé pour constituer un dossier. C’est ce dossier qui a permis il y a quelques semaines la canonisation de Salomon Le Clercq, premier saint de la révolution tué en haine de la foi et au nom des Droits de l’homme et du citoyen.

Christophe Carichon, Saint Salomon Le Clercq, Artège, octobre 2016, 128 p, 8,90€.

30 novembre 2016 Henri de Begard ,

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