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Philippe Pichot-Bravard : « Le Roi, chef d’orchestre de la survie nationale » (3/3)

Docteur en droit, Philippe Pichot-Bravard est spécialiste de l’Histoire du droit public et de l’Histoire des idées politiques. Il enseigne notamment à l’Université de Bretagne occidentale (Brest) et à l’Institut catholique d’études supérieures (ICES, La Roche-sur-Yon).
À l’approche de la campagne présidentielle, il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.
Voici le troisième et dernier volet de cet entretien capital.

R&N : La royauté tempérée dont vous vous faites d’avocat n’est-elle pas un régime qui appartient au passé ?

Philippe Pichot-Bravard : Il est un lieu commun que la pensée révolutionnaire, en particulier marxiste, a imposé dans les esprits : celui du sens de l’histoire. Le sens de l’histoire est la version progressiste de l’argument d’autorité ; c’est l’un de ses arguments péremptoires que l’on assène pour étouffer dans l’œuf toute velléité de discussions contradictoires. L’histoire n’a que le sens que lui imprime l’action de chaque génération.

La France doit beaucoup à l’ancienne royauté. Malgré la politique de table rase et les terribles destructions de la Révolution, la royauté lui a laissé un riche héritage territorial, culturel et institutionnel. Songez à l’œuvre patiente des quarante rois qui ont, règne après règne, arrondit le pré carré. Depuis la fin de la monarchie, la France ne s’est agrandie que de Nice et de la Savoie, mais elle a perdu Alger conquise sous Charles X.
Songez au rayonnement de la langue française, à ces collections d’œuvres d’art, de châteaux, d’églises et d’abbayes qui enrichissent notre patrimoine et y attirent chaque année, des quatre coins du monde, des dizaines de millions de visiteurs. De la royauté, la France a hérité également l’Académie française, l’Académie de Marine, l’Académie des sciences et l’Académie de médecine, ainsi que certaines de ses écoles militaires. Nos institutions et notre droit ont conservé beaucoup de l’ancienne monarchie : le conseil d’État rétabli par Napoléon Bonaparte n’est que la résurrection du conseil d’État de l’ancienne monarchie, notre cour des comptes est l’héritière de la chambre des comptes créée par Philippe V au XIVe siècle, le contrôle de constitutionnalité effectué par le Conseil constitutionnel participe de la même préoccupation que la vérification des lettres patentes du Roi qu’effectuaient les anciens Parlements lors de leur enregistrement, les préfets de nos départements et de nos régions sont les héritiers des intendants de justice, de police et de finances établis par Louis XIII et Louis XIV, le préfet de police de Paris est l’héritier du lieutenant général de police institué par Louis XIV ; lors de la rédaction des codes napoléoniens, nombreuses ont été les dispositions de l’ancien droit qui ont été conservées, dispositions puisées, notamment, dans les ordonnances de Louis XIV et de Louis XV. Songez, par exemple, au rôle essentiel joué dans notre procédure pénale par le juge d’instruction, héritage de l’ordonnance de Villers-Cotterêts et de l’ordonnance criminelle de 1670. Songez, également, à la législation régissant les eaux et forêts. La dette de la France contemporaine à l’égard de l’ancienne monarchie est immense et imprescriptible.

R&N : La royauté tempérée peut-elle être un régime bénéfique pour la France et pour les Français ?

Philippe Pichot-Bravard : La réponse est oui.
Elle permettrait à la France de se réconcilier avec son passé, de retrouver son âme chrétienne, cette identité forgée par mille cinq cents ans de civilisation chrétienne, dont témoignent nos monuments, notre littérature, notre mode de vie et notre droit, non seulement dans le domaine familial mais aussi dans le domaine pénal, dans le domaine administratif, dans le domaine constitutionnel. Elle permettrait à la France de panser ses vieilles blessures, de se réconcilier avec elle-même, de retrouver la fierté d’elle-même, en sortant de la spirale mortifère des repentances, de retrouver, sous l’égide de son Roi, son indépendance, et donc la maîtrise de son destin.
Ce sont les conditions de ce sursaut de la survie que nous espérons tous.
Un arbre a besoin de racines profondes pour croître et s’élever vers le ciel. Sans la conscience de son passé, un peuple est condamné à vivre dans l’instantané, il n’a pas d’avenir.

R&N : Quelle pourrait être la voie de la survie pour notre vieille nation ?

Philippe Pichot-Bravard : La France traverse aujourd’hui une crise d’une gravité exceptionnelle. Cette crise n’est pas seulement économique, financière et sociale, elle est aussi institutionnelle et morale ; osons le mot, elle est aussi spirituelle, civilisationnelle.
L’enjeu pour la France est de trouver les moyens de sa survie.
Notre peuple a le sentiment de ne plus être maître de son destin. Il a le sentiment de ne plus être gouverné. La France a été dépossédée, par étapes successives, de sa souveraineté. Elle a été dépouillée de ses pouvoirs régaliens. La politique monétaire est définie à Francfort, Londres ou New-York. La législation est, pour une large part, décidée à Bruxelles. Notre politique étrangère obéit aux consignes de Washington, de Riyad et de Doha. Croyez-vous que l’Arabie Saoudite et le Qatar investissent massivement en France par pure bonté d’âme, sans nourrir d’arrière-pensée politique, sans exiger du gouvernement français des contreparties ? Le jeu politique est faussé afin de permettre à une oligarchie de politiciens, de journalistes et de financiers de conserver le pouvoir coûte que coûte.
Nous sommes, par la volonté de la classe politique et médiatique, de plus en plus prisonniers des intérêts des multinationales et d’un pesant carcan idéologique qui interdit de parler, sereinement, des difficultés qui se présentent à nous et de la pertinence des choix effectués par ceux qui prétendent nous gouverner.

R&N : Quels sont ces « moyens de la survie » que vous évoquez ?

Philippe Pichot-Bravard : Aujourd’hui, nous devons, pour notre survie même, nous unir pour :
1- Retrouver la fierté de notre qualité de Français, de notre langue, de notre culture et de nos traditions, reconnaître les racines chrétiennes de notre civilisation, sortir de la spirale mortifère des repentances, sortir de cet état d’esprit d’autodestruction que certains intellectuels ont injecté dans le corps social depuis plus de cinquante ans. Cela implique de rompre avec la culture de mort qui menace gravement l’avenir de notre pays, pour renouer avec la culture de vie. Un pays qui qualifie de « droit fondamental » l’avortement qui est, en réalité, une souffrance fondamentale est gravement malade. Un pays qui considère comme un bien l’élimination de deux cent vingt-cinq mille de ses enfants, avant même leur naissance, se condamne lui-même à brève échéance, en même temps qu’il condamne ces enfants. Nous devons retrouver notre âme.
2- Retrouver la maîtrise de notre destin, ce qui implique que les prérogatives régaliennes de souveraineté soient exercées à Paris et non à Bruxelles, à Washington ou à New York ; ce qui implique que nous soyons maîtres de nos frontières, maîtres de choisir ceux que nous accueillons sur notre sol et les conditions auxquelles nous leur demandons de se soumettre pour y être accueillis.
3- Retrouver notre indépendance financière, ce qui implique une politique d’orthodoxie budgétaire : un État qui doit emprunter chaque année quelque cent quatre-vingt-dix milliards est nécessairement soumis aux exigences des puissances financières auxquelles il les emprunte. Par conséquent, échapper à la tutelle de la finance internationale passe par une politique d’équilibre budgétaire, et par la réforme des mécanismes de financement de l’État  ;
4- Simplifier les procédures bureaucratiques, traquer les pesanteurs administratives, supprimer les subventions considérables versées aux lobbies et à des programmes purement idéologiques de transformation sociale, diminuer drastiquement le nombre de comités d’études qui ne servent qu’à donner de confortables sinécures à des « copains », diminuer les budgets de communication, et réinjecter l’argent ainsi épargné dans l’économie en diminuant de manière importante les charges des petites entreprises, des artisans et des exploitations agricoles dont l’activité renforce le tissu social : n’oublions pas que ce sont eux qui créent les emplois ;
5- Libérer l’école afin de rendre aux parents la liberté, naturelle, de choisir l’éducation donnée à leurs enfants, contraindre ainsi l’éducation prétendument nationale à se réformer et à recentrer ses objectifs sur la transmission des savoirs essentiels et l’orientation des jeunes vers la formation professionnelle la plus adaptée à leurs capacités et à leurs talents.
6- Faire véritablement régner la justice dans ce pays, ce qui implique, notamment, de réécrire le préambule de la Constitution pour y réaffirmer solennellement l’autorité intangible du droit naturel, sans laquelle l’État de droit n’est qu’un leurre qui ne permet pas de faire régner la justice dans la société française ; ce qui implique de réformer le conseil constitutionnel, afin qu’il soit composé de personnalités indépendantes nommées par une autorité indépendante, et non de personnalités politiques nommées par des autorités politiques ; ce qui implique aussi de réformer l’École nationale de la magistrature pour que les magistrats soient des serviteurs objectifs de l’équité et non des militants au service d’une idéologie.
Cette union, le Roi, parce qu’il est indépendant des groupes de pression et des partis, peut la réaliser. Ce sursaut de la survie, parce qu’il a l’autorité et le temps, il peut en être le chef d’orchestre.

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