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Philippe Gosselin : « Rien n’est fait pour protéger et aider les femmes qui souhaiteraient poursuivre leur grossesse »

Philippe Gosselin est député Les Républicains de la Manche. Il a déposé plusieurs amendements à la proposition de loi du groupe socialiste visant à étendre le délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse. Il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.

R&N : Comment expliquer cette volonté du gouvernement d’engager en urgence, à quelques mois de l’élection présidentielle, une procédure accélérée pour étendre le délit d’entrave à l’avortement ?

Philippe Gosselin : Le Gouvernement a dû se sentir en quelque sorte « humilié » après son échec sur le même sujet au Sénat. De façon plus politique, il semble qu’il lui faille de tels sujets pour se réunir alors que, par ailleurs, la majorité est divisée comme elle l’a rarement été. J’y vois donc la volonté du Gouvernement de se refaire une « petite santé » ! Je constate, hélas, que c’est sans relâche et avec une constance affligeante que cette majorité et ce gouvernement font de l’IVG la figure de proue de leur engagement avec des dommages immenses. Il n’a pas suffi que le délai de 7 jours fixé dans la loi Veil soit supprimé. Il n’a pas suffi de supprimer la notion de détresse. Il n’a pas suffi de faire voter une résolution reconnaissant l’IVG comme un droit fondamental. Il s’agit maintenant de museler, car il n’y a pas d’autre terme, ceux qui exprimeraient des doutes, par voie numérique, mais aussi par « tout moyen », ce qui est extrêmement large, sur les conséquences de l’IVG.

R&N : Pensez-vous que le cadre législatif protège et aide suffisamment les femmes qui décideraient de poursuivre leur grossesse ?

Philippe Gosselin : La loi Veil de 1974 rappelait la priorité de la vie. Elle précisait que l’IVG n’était en réalité qu’une exception. Je ne porte pas de jugement, — qui serais-je pour le faire ? —, sur les femmes qui ont recours à l’avortement. Mais il faut bien constater que rien n’est fait aujourd’hui en effet, pour protéger et aider celles des femmes qui souhaiteraient poursuivre leur grossesse. D’autres pays, et en Europe, ont fait des choix différents. Je pense à l’Italie ou à l’Allemagne. Ces choix ont été évidemment suivis d’effets. Le nombre des avortements a fortement diminué, et les femmes qui poursuivaient leur grossesse ont été mieux prises en charge, mieux accompagnées.

R&N : Vous dénoncez (amendement N° 54) une proposition qui tend « vers l’affirmation d’une pensée unique occultant les conséquences potentiellement négatives de l’interruption volontaire de grossesse, conséquences qui sont pourtant réelles ». Ces conséquences sont-elles suffisamment évoquées par les services publics et les associations conventionnées ?

Philippe Gosselin : Il me semble aujourd’hui que cette pensée unique s’affirme déjà. Il est difficile, voire suspect, d’ores et déjà, d’évoquer des conséquences potentiellement négatives. Avant même le vote éventuel de ce délit d’entrave, tout ce qui peut montrer les difficultés, les traumatismes, les interrogations liés à l’IVG est suspect. Sur de tels sujets, il y a une quasi-présomption d’intégrisme, d’extrême-droite, bref, vous êtes forcément un obscurantiste, un rétrograde.

R&N : Au-delà d’une certaine partialité de l’information mise à disposition des femmes, cet article crée-t-il selon-vous un nouveau délit d’opinion ?

Philippe Gosselin : Oui, je pense réellement que ce texte crée un nouveau délit d’opinion. S’il n’est plus possible de présenter objectivement l’avortement, ce qui veut dire aussi avec les risques de traumatismes qui peuvent l’accompagner, alors nous sommes bien dans une pensée unique. Dans une espèce de vérité d’État. Tout cela, dans un pays démocratique comme le nôtre, est une atteinte à la liberté d’expression, voire de conscience, garantie par la Constitution, la Déclaration des droits de l’Homme et du Citoyen sans oublier la Convention européenne des Droits de l’Homme. Du reste, si ce texte, par malheur, devait être adopté et aller jusqu’au bout de son processus, cela n’est pas impossible vu l’urgence décrétée pour l’examen du texte, il nous appartiendrait de saisir le Conseil constitutionnel sur ces fondements.

R&N : Si les associations ouvertement favorables à l’avortement sont largement subventionnées par l’état et les collectivités publiques, les associations mettant en avant les alternatives à l’avortement ne bénéficient pas de telles aides. Comment expliquer cette différence de traitement ?

Philippe Gosselin : Je crois que beaucoup de collectivités ont peur d’être pointées du doigt si elles affichent ce que certains ne manquent pas de considérer comme un soutien au mouvement pro-vie. L’approche sur l’avortement en France est très binaire. Vous êtes pour. Vous êtes contre. Il n’y a place pour aucune subtilité. Tout le temps que nous n’aurons pas fait comprendre que la prévention est possible, alors le débat continuera, aussi caricatural. J’en appelle donc à une révolution des idées. Je crois que, très majoritairement, nul ne souhaite revenir en France sur la loi de 1974. Mais, au moins, respectons son esprit initial qui en faisait, d’une certaine façon, une exception. Simone Veil l’a dit elle-même à la tribune de l’Assemblée nationale. Soyons donc davantage aux côtés des femmes, des couples aussi parfois, qui ont besoin d’une écoute attentive avant de faire un choix intime et qui leur appartient. Mais rappelons avec force que l’IVG ne saurait être banalisée et ne sera jamais, vraiment jamais, une intervention comme une autre, comme veulent le laisser penser certains.

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