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Philippe Ariño interrogé par le R&N : « la souffrance est le sujet tabou de la communauté homosexuelle »

Philippe Ariño, né le 3 mai 1980, essayiste, professeur d’espagnol au lycée public de Longjumeau, comédien, chroniqueur radio sur RCN Nancy, est né à Cholet (Maine-et-Loire), et habite depuis 6 ans à Paris. Il est l’auteur de différents essais sociologique sur le désir homosexuel (Homosexualité intime, Homosexualité sociale, et Le Dictionnaire des Codes homosexuels, publiés aux Éditions l’Harmattan en décembre 2008) et d’articles publiés sur son site « L’Araignée du Désert » et qui suscitent beaucoup de réactions. Son passage-télé à l’émission Dieu Merci ! en mai 2011 sur la chaîne Direct 8 n’est pas passé inaperçu ! Il révolutionne les études LGBT à travers ses écrits, en apportant des éclairages inédits sur le désir homosexuel : il aborde par exemple les liens non-causaux entre viol et homosexualité, propose un véritable travail archéologique sur les « clichés » mal-aimés de la culture homosexuelle, traite également de front les problématiques spécifiques à la cohabitation entre homosexualité et foi catholique (à travers la proposition de la continence), et redéfinit de manière totalement nouvelle les concepts d’« homophobie » et d’« hétérosexualité ». Bref, Philippe Ariño est un « bicho raro », comme on dit en espagnol, une araignée qui n’a pas fini de réveiller les consciences ! Cette inquisitoriale constitue la moitié de l’entretien. L’autre moitié sera publiée dans la semaine et traitera des sujets politiques phares du moment.

Entretien

Paysan breton : Commençons par parler de la position de l’Église en matière de morale sexuelle et d’homosexualité. Au fond, tout le monde en parle, tout le monde a une idée, mais personne ne sait ce dont il retourne vraiment.

Philippe Ariño : C’est vrai. Et avant toute chose, au sujet de la sexualité, l’Église dit qu’elle est quelque chose de beau et de bon. Ce n’est pas rien, tout de même, surtout à notre époque où on nous rabâche qu’Elle est l’ennemie du sexe. La première chose que fait Dieu dans la Genèse après avoir créé la « sexuation », c’est-à-dire la différence entre la femme et l’homme, c’est qu’Il s’en émerveille. Car cette différence permet l’amour et le plaisir. L’Église bénit la sexualité en tant que réalité, que relation, et de fait comme relation qui donne la vie. On a les trois aspects : sexuation, relation et procréation. Dans la sexualité, l’Église n’est pas obnubilée par la rentabilité (= la procréation) ou par l’intensité (= la sensation). Elle va reconnaître la beauté de la sexualité, mais pas seulement en termes de génitalité. Elle l’ouvre aussi en tant que rapport au monde : avec les autres, dans nos engagements sociaux, nous agissons et réagissons comme homme ou femme, nous vivons aussi pleinement notre sexualité ! La sexualité, c’est donc bien plus large que ce à quoi la société médiatique la réduit : une affaire de « cul ». Maintenant, par « sexualité », on n’entend malheureusement que « génitalité » ou « machine à faire des enfants ». Or, même si l’Église reconnaît la beauté de la génitalité et de la procréation, en aucun cas Elle en fait les uniques voies de bonheur et de réalisation de l’être humain. C’est d’ailleurs une caractéristique, je trouve, de l’Église catholique. J’en parlais récemment avec un ami gay né dans une famille musulmane, et qui est en train de se convertir au catholicisme (il se prépare au baptême chrétien). Il me disait que ce qu’il a découvert comme une révélation, c’est que l’Église catholique était la seule religion qui n’avait pas pour seuls buts existentiels le couple, le mariage et la procréation. À la différence des autres religions monothéistes, les cathos laissent une vraie place aux célibataires et aux « énuques pour le Royaume de Dieu » après la mort. Sans la réflexion de cet ami, j’aurais oublié cette spécificité chrétienne là. Je savais que les célibataires consacrés, quand on lit saint Paul, ont une place de choix dans l’Église. Mais je n’avais pas réalisé à quel point le célibat était exceptionnellement valorisé par le catholicisme : pas le célibat pour lui-même, car en soi, il n’a pas de sens – tout Homme est appelé, dans son existence, à donner sa vie entièrement à quelqu’un –, mais le célibat POUR le Seigneur, le célibat consacré. Cet ami me rappelait que l’Islam ou le Judaïsme sont des religions où la collectivité et la communauté occupent quasiment toute la place, et où l’on est paradoxalement un peu livré à soi-même. On ne doit son salut qu’à ses actes personnels, à l’observance scrupuleuse du rite. Et ces religions sont très orientées vers le couple, le mariage. Il y a même dans le Coran des sourates expliquant comment satisfaire sa femme… Tout est orienté vers le mariage. La chance que nous avons, nous, catholiques, c’est qu’à la fois on valorise le mariage, mais que cela n’est pas une obsession, ou l’unique voie de don de soi plein. Benoît XVI expliquait déjà très bien, alors qu’il n’était encore que cardinal, que ne voir le couple ou le plaisir sexuel que sous l’horizon de la conception d’un enfant, était une idéologie dangereusement nataliste, qui transformait la femme en objet. Il entend tordre le cou à cette interprétation caricaturale qu’adopte la société du « croissez et multipliez » de la Bible. Avec Benoît XVI, on est bien loin de la réduction du bonheur humain au seul couple ou à la capacité à procréer. L’Église énonce clairement que la natalité sans amour, ça n’est pas le plus beau à vivre. De même pour le sexe sans amour… Et l’Église ne dira pas que le sexe pour le plaisir, c’est mal. Elle est aussi pour la beauté des plaisirs. Mais elle insiste sur le fait qu’il y a plus beau.

Sur la question de l’homosexualité, certains préfèrent réduire les réticences de l’Église à Sa soi-disant sacralisation de la différence des sexes, ou bien à l’incapacité des couples homosexuels à procréer. Mais ça n’est pas ça le problème. Il y a des couples n’intégrant pas la différence des sexes qui pour autant peuvent s’aimer plus que des couples qui l’intègrent. Et puis ce n’est pas parce qu’un couple a un enfant qu’il y a forcément de l’amour en son sein. L’opposition de l’Église catholique aux actes homosexuels n’est pas d’abord l’affaire de la procréation. C’est plus personnel et profond que ça. C’est l’enjeu du bonheur dans la réalité.

Paysan breton : Mais alors, que dit précisément l’Église sur l’homosexualité ?

Philippe Ariño : On est bien dans la panade pour répondre ! (rires) C’est très subtil et surtout, très nuancé. Or, dans notre société actuelle en quête de radicalité, qui entend tout mettre dans des cases, on pense que la nuance équivaut à l’hypocrisie. Mais pas du tout. La nuance, c’est le respect des personnes. C’est dire que tout n’est pas blanc ou noir. Qu’il y a la priorité (qu’on essaie d’ajuster le plus possible au concret) et puis la pratique (parfois défaillante).

En clair, concernant l’homosexualité, la Bible condamne les actes. Après, dans le prolongement, l’Église n’édulcore pas ce que dit la Bible. Simplement, Elle rajoute une invitation à l’accueil des personnes homosexuelles, et encourage à la distinction entre désir et sujet, entre acte et individu… ce qui ne veut pas dire qu’Elle nie pour autant la liberté, la responsabilité de chacun dans ses agissements, ni la réalité de ses désirs. Mais Elle insiste sur le fait qu’une personne humaine sera toujours plus importante que les actes qu’elle pose, aussi ignobles soient-ils, que les pulsions qu’elle ressent. Et cette dissociation acte/personne, désir/personne, c’est quelque chose qui dépasse l’entendement.

Alors certains individus homos y voient de l’hypocrisie, voire une folie. Ils disent que l’Église nous accueille à partir du moment où on ne serait plus homo, ce qui est objectivement faux. L’Église ne veut pas qu’on nie notre désir homosexuel : Elle veut juste qu’on ne lui laisse pas la première place, ou qu’on s’y soumette. On pourrait croire que c’est une contradiction, cette séparation entre actes homosexuels et personne homosexuelle. Mais l’Église explique qu’on peut être homosexuel tout en étant libre de ne pas s’adonner à tout ce à quoi nos désirs nous appellent, et tout en n’actualisant pas le désir homosexuel de la manière dont la société veut qu’on l’actualise : le « Couple ». Les personnes qui se réduisent à leurs actes, qui se disent « Je suis ce que je fais », se ferment des portes et ne sont pas libres. Et de fait, elles voient cette distinction actes/individu portée par l’Église comme un jugement d’elles-mêmes, alors qu’en réalité elle les renvoie à leur liberté profonde de ne pas poser des actes censés aller obligatoirement avec leur désir homosexuel.

Alors il y a autre chose, qui est encore plus subtil : si l’Église catho condamne les actes homos mais accueille les personnes homos, quid du couple homosexuel, qui condense actes et personne ? On est face à un vrai dilemme, là ! Ce qui est très beau avec le cas du couple homosexuel, c’est qu’on ne peut plus être dans le jugement manichéen. Il est nécessaire de conserver le jugement des actes, mais c’est un jugement, du coup, qui se situe entre le « bien » et le « meilleur », qui est obligé de prendre en considération une expérience conjugale concrète et singulière. C’est tout le travail de l’éthique, de la morale, que de viser le meilleur sans exclure la reconnaissance du « bien ». Le meilleur induit une hiérarchie, certes. Il se détache du bien. Mais il n’impose pas une hiérarchie excluante. Il n’est pas l’ennemi du « bien ». L’Église peut parfois reconnaître que certains couples homosexuels vivent un bel échange, une expérience de fidélité réelle, et à de rares exceptions une expérience de Foi… Laissons-nous interroger par le couple homosexuel, car il y a bien des couples femmes-hommes qui auraient à en prendre de la graine !

Après, l’Église est une passionnée d’amour vrai, comblant, plein, et du Meilleur (accessible, incarné, aimant). Et Elle dit quelque chose de très vrai : Le couple homosexuel, même s’il peut, à l’occasion, être porteur de certaines valeurs, est limité par rapport à un couple femme-homme aimant. Et Elle a raison de le rappeler, parce que c’est vrai. Elle ne dit pas qu’il est limité uniquement pour des questions de stérilité procréative, mais qu’il est déjà limité au niveau du manque de force du désir homosexuel, de la baisse de joie qui se vit à l’intérieur, de sa complexité structurelle, de l’absence de concordance naturelle et libre des corps… La différence des sexes, quand elle est reconnue et couronnée par le désir, est un canal qui favorise énormément la demeure durable et paisible de l’Amour, et qui dépasse même les personnes différemment sexuées qui l’accueillent. Le succès de la différence des sexes est un mystère, il faut le reconnaître. Déjà, c’est grâce à elle que nous sommes ici pour en parler. Et puis la facilité, l’évidence profonde et libre que la femme et l’homme aimants ont d’être ensemble, ça nous/les dépasse. C’est vrai : un homme qui découvre que la femme qu’il aime, qui n’est pas du tout faite de la même pâte humaine que lui, qui est parfois aux antipodes de ses goûts et de sa manière de réagir, et qui pourtant le révèle à lui-même et lui montre son identité de père et d’homme bien mieux que lui ou qu’un de ses semblables sexués ne pourrait le faire, ça ne peut que le scotcher sur place ! Pareil pour une femme qui va voir sa féminité et sa maternité révélées par un être du sexe inverse, apparemment totalement étranger et différent d’elle ! La révélation de soi par la différence radicale des sexes, c’est juste énorme, fou ! C’est un émerveillement de tous les jours, que découvrent les personnes en couple femme-homme aimants, et même les célibataires consacrés, qui intègrent, par leur choix de célibat continent pour Jésus, la différence des sexes, car les épousailles de l’homme et de la femme sont d’abord le signe du mariage entre Dieu et l’humanité. C’est de fait un mariage que connaissent les prêtres, moines et religieuses. Je l’ai remarqué en allant à Saint Gervais. Tu vas à la messe à Saint Gervais, à Paris, et tu goûtes à la grandeur de la différence des sexes. C’est merveilleux. Communauté d’hommes et communauté de femmes prient ensemble dans le chœur. En apparence, ils sont spatialement séparés. Et pourtant, ils sont vraiment en relation, dans une communion parfaite. Pour moi, c’est un avant-goût du Ciel que de voir comment leur distinction permet finalement leur union parfaite. Personne n’est au-dessus de l’autre. Chacun est à sa place, dans une complémentarité que n’apporterait pas un égalitarisme des sexes qui, en fait, ne met pas en relation.

Paysan breton : Effectivement, on voit, dans cet égalitarisme à l’œuvre, une vraie confrontation, avec notamment ces féministes radicales comme les chiennes de garde, chez qui on a du mal à trouver la moindre trace de féminité. La différence ne tendrait-elle pas à s’estomper ? Au niveau de la représentation sociale, tout s’égalise, et on perd cette identité, car la différence des sexes se bornerait à l’acte sexuel.

Philippe Ariño : Oui, tout à fait, à la génitalité. Ce qui est pervers dans cette démarche – et là j’utilise le terme « pervers » dans le sens psychanalytique, et pas moralisant, à savoir l’absence de contrôle des pulsions –, c’est qu’en même temps qu’on va gommer les différences fondamentales qui définissent le réel (la différence des sexes, des générations, des espaces), on va chanter des petites différences censées dépasser les grandes. C’est le « narcissisme des petites différences » dont parlait Freud. C’est ainsi que notre société met de plus en plus sur un pied d’égalité les différences fondatrices avec la différence de couleur de peau, de culture, de langue… Par exemple, elle va prétendre qu’être homosexuel, c’est comme avoir les yeux bleus. Elle mélange les différences fondatrices avec des différences annexes et non-universelles. On est dans une époque très narcissique, de personnes qui ne savent plus qui elles sont. On « s’éclate », mais on n’est paradoxalement pas très heureux…

Paysan breton : Ma deuxième question – vous voyez, vous êtes bavard ! – porte davantage sur votre démarche. Qu’est-ce qui vous pousse à parler d’homosexualité ? Et en miroir, j’aimerais aussi vous interroger sur le regard des autres, tant des chrétiens que des homosexuels. Je me suis promené sur internet, pour tomber sur des sites vous taxant d’homophobie. Alors quelle est votre réaction par rapport au regard que d’autres ont sur votre action ?

Philippe Ariño : En fait, je me rends compte que j’ai à porter le statut « hybride » du médiateur. Je suis un pont entre la communauté homo et la communauté catho. Chacune peut me voir comme un traître, car je fais partie de ces deux camps que l’on veut absolument opposer. Les cathos peuvent dire « Tiens, encore un catho light qui veut imposer un consensus mou entre son homosexualité et sa foi… », alors que chez moi, c’est quand même la foi qui prime. « Si ça se trouve, c’est un militant qui veut imposer sa vision de l’amour et de l’Église à la lumière de ses fantasmes ». Alors en général, ces gens se calment assez vite : ils voient que j’explique l’homosexualité, mais que je ne la justifie absolument pas. Mais ça peut prendre un peu de temps, parce qu’il y a des cathos qui sortent les griffes dès qu’ils entendent le mot « homosexuel ».

Mais de l’autre côté, il y a des personnes homos qui disent « ouh lala, il est catho ! l’Église nous a persécutés ! ». Ils ont cette image, tout simplement parce qu’ils ne vont pas sur le terrain. Mais je crois qu’ils seraient très étonnés s’ils se confrontaient au réel. Mais comme la plupart du temps, ils se rendent à l’église de manière revendicative et provocatrice, c’est logique qu’ils ne reçoivent pas que des fleurs.

Paysan breton  : Il est sûr que les provocations d’homosexuels s’embrassant à pleine bouche sur le passage du Pape ou devant les cathédrales ne sont pas des actions d’une grande finesse…

Philippe Ariño  : Oui, évidemment ! Après, ils réagissent comme ça parce qu’ils veulent à la fois intimider l’opinion publique pour qu’elle n’associe surtout pas l’homosexualité à une quelconque souffrance – la souffrance étant le sujet tabou de la communauté homosexuelle – et inconsciemment l’alerter aussi de celle-ci. C’est ça qui est très paradoxal. Pour le coup, vis à vis de moi, les individus homos qui entendent mon message, centré sur les liens non-causaux entre désir homosexuel et viol, se disent : « Il parle de souffrance, donc il veut nous limiter à ça. », alors que pas du tout ! J’ai justement envie de leur dire qu’ils sont différents de leur souffrance. Le désir homosexuel est en effet le signe d’une souffrance et d’une violence sociale qui est vécue déjà dans les couples femme-homme qui ne se rencontrent plus, qui ont de plus en plus de mal à se former dans notre société. Et ensuite, me concernant, ça les rassure de me caricaturer : « Il est catho. Il essaie de se justifier auprès de son Église. C’est donc un traître. ». Dans leur esprit, foi et homosexualité, ça ne va pas ensemble. Pour eux, c’est commode de dire que je suis un « homophobe caché », un « homosexuel refoulé ». Ils se rendent assez vite que leur raisonnement ne tient pas debout, car si je ne m’aimais pas moi-même, je n’aurais pas autant de vrais amis ; si j’étais réellement homophobe, je ne parlerais pas d’homosexualité aussi ouvertement. D’ailleurs, j’en parle plus qu’eux, qui se disent pourtant fiers d’être homos, et qui croient être en paix avec eux-mêmes.

Paysan breton : Mais n’est-ce pas là le problème, justement : vouloir constituer l’homosexualité comme une « identité » ?

Philippe Ariño  : Effectivement. L’Histoire humaine a prouvé qu’à chaque fois que les êtres humains voulaient diaboliser et/ou idéaliser le désir homosexuel, ils se mettaient à croire en l’existence d’une espèce homosexuelle clairement identifiable, soit pour la porter aux nues comme un symbole d’incroyable liberté d’aimer, soit comme une population d’irresponsables à éradiquer. Mais la majorité des personnes homosexuelles refusent de se remémorer les paradoxes de l’homosexualité actée et personnifiée, en se disant que les bonnes intentions (l’amour, la fierté, la sincérité, l’égalité…), soutenues par une pseudo science qui impose le désir homosexuel comme une « nature » indiscutable et subie, et par un arsenal artistique et sentimentaliste qui présente l’homosexualité comme un amour idyllique, auront raison de l’homophobie de l’essentialisation ; que cette « espèce homosexuelle », qui n’existe pas, va montrer au monde entier un amour plus fort que ce que l’Humanité imagine, et que ce que les couples femme-homme peuvent offrir… Les militants homosexuels oublient un peu vite que, même s’il y a mille et une manières de vivre l’amour dans le mariage femme-homme aimant, mille et une manières de vivre l’amour dans le célibat consacré, il n’y a pas mille et une manières de vivre l’amour tout court. L’amour ne s’invente pas et ne se décrète pas là où l’on veut. Il n’est pas qu’une affaire de sincérité. Il est une affaire de vérité et de réalité.

Après, ce qui explique, je crois, une grande agressivité sur ce sujet (et à mon sujet !), c’est que derrière la défense de cette différence homosexuelle soi-disant anthropologique, on n’accueille pas la différence fondatrice de l’humanité, à savoir la différence des sexes. Derrière la différence homosexuelle, qui est le rejet de LA différence, il y a une souffrance, il y a une exclusion, il y a un viol social. Et la société ne veut pas le voir. Donc on me musèle. Y compris les personnes hétéros « gay-friendly », qui ne me regardent pas d’un bon œil. Le discours relativiste et banalisant sur le désir homosexuel, ça arrange Monsieur Tout-le-monde, ça conforte les gens qui ne veulent surtout pas constater que l’homosexualité est l’indicateur social de réalités violentes dans lesquelles ils sont fortement impliqués, et qui ne concernaient pas directement les personnes homosexuelles à la base : les divorces, les ruptures des familles, les viols, les incestes, l’isolement, l’exclusion, l’assassinat de l’amitié, la société matérialiste, les crises économiques, les conflits mondiaux, etc. Et quand la communauté homosexuelle comprendra qu’elle est le dindon de la farce d’une société hétérosexuelle qui cultive toutes les hypocrisies pour bafouer l’amour véritable, elle montrera « ses pattes d’araignée ». J’attends ce réveil avec impatience. La femme araignée, c’est souvent le personnage homosexuel dans les œuvres de fiction, et c’est la conscience du viol. Quand les personnes homosexuelles comprendront qu’elles n’ont pas de honte à montrer qu’elles sont les signes vivants d’un viol social, d’une non-rencontre entre l’homme et la femme, elles vont exploser de joie, se sentir pleinement libres et lucides, capables de dire sans peur à la société ses quatre vérités. Ce n’est pas une position de rebelle inutile que je leur propose. C’est ce qui permettra au couple femme-homme de se reformer, de se retrouver. C’est aussi ce qui leur permettra de s’assumer pleinement elles-mêmes. Moi, je vis en ce moment cette libération, cette révolution identitaire. C’est là que je trouve ma joie : à travers mon traitement personnel et réflexif de l’homosexualité, je réalise avec surprise et émerveillement que j’aide le couple femme-homme de se retrouver, je permets à ma mesure à la famille de se restaurer, aux personnes homosexuelles de se réconcilier avec elles-mêmes et avec les autres. Et tant pis si, pour arriver à cela, je dois aussi parler de choses désagréables mais réelles comme le viol, et assumer par là même le masque du méchant traître homophobe. Tiens ! En parlant justement des réactions hystériques que mes constats peuvent susciter, je me suis fait menacer pas plus tard que ce matin ! Un de mes contact Facebook a vu sur mon site de l’Araignée du Désert le lien de coïncidence que je faisais entre homosexualité et refus de grandir – je viens en effet de mettre en ligne sur mon Dictionnaire des Codes homosexuels le code sur Peter Pan et le mythe de l’éternelle jeunesse – et il m’a dit qu’il me dénoncerait à Têtu et à SOS Homophobie pour les propos que je tenais. Je le voyais qu’il me lynchait publiquement sur son « mur », en me désignant comme un des pires « homophobes » que la Terre ait porté. Je pense que c’est quelqu’un qui est en couple, qui pense défendre la communauté homosexuelle becs et ongles, et qui est en réalité homophobe.

Paysan breton  : En résumé, ces personnes revendicatives, vous estimez qu’elles se mentent à elles-mêmes ?

Philippe Ariño : Oui, et que dans l’idéalisation de leur homosexualité, elles alimentent l’homophobie sociale sans même s’en rendre compte. La croyance en l’identité homosexuelle « véritable » et au couple d’amour homosexuel, c’est ce qui fait que beaucoup d’individus homosexuels se suicident, jeunes comme moins jeunes. Pour sauvegarder leurs idéaux d’amour irréalistes, ils sont prêts à s’imposer des histoires d’amour insatisfaisantes, à massacrer leurs idéaux profonds et leur soif de plénitude, à étouffer leur ressenti intime et leurs écrits, à s’auto-censurer de manière très violente. Et je me demande toujours comment on peut justifier une telle soumission à soi-même au nom de l’amour.

La suite est à suivre.

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