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Pas de vague : « Dans le secondaire, les élèves ne ferment pas la bouche, les enseignants n’ouvrent pas la leur… »

À l’occasion de la polémique #PasDeVague, sur les conditions actuelles de l’enseignement dans le secondaire, le témoignage d’un ancien professeur de lettres — que vous pouvez retrouver plus bas — nous a interpelés. Nous sommes allés à la rencontre de son auteur.

Le R&N : Comment rétablir l’ordre dans les établissements difficiles ?

Luc LE GARSMEUR : Mais il y a un ordre dans les établissements difficiles ! La violence n’est pas le contraire de l’ordre, mais la source et le support d’un ordre alternatif qui procède de la révolution permanente et dont l’État a fait délibérément le choix. Seul le chaos du collège ou du lycée peut accoucher enfin de cet homo semper novus, ni humain ni animal (un « sauvageon »), ni mâle ni femelle (un « élève »), ni français ni étranger (un « enfant de la République »), ni adulte ni enfant (« un jeune »), dont la réactivation barbare dans une civilisation lasse porte encore l’espoir de l’énergie vitale. La fascination du pontifiant sceptique pour la brute primitive explique les Benalla (d’ailleurs fils de profs), les Kiddy Smile et les « bêtises » du braqueur de Saint-Martin. Il règne dans les banlieues un ordre mafieux dont la violence, cette accoucheuse de l’homme nouveau, ravive sans cesse la flamme par le laxisme et le relativisme de ses narines.
C’est l’État qui ‒ symboliquement ‒ a porté le premier coup, bien avant la violence du djihadisme et celle des restrictions de toutes sortes opposées à nos libertés fondamentales. Transplantation culturelle, cosmopolitisme, architecture contemporaine, promotion de l’islam, égalitarisme des conditions et des sexes, dégradation des mœurs : la violence de l’élève répond à une violence préexistante et continue. Elle est même sollicitée par un delta qui n’est pas « pédagogique » mais dramatique. On connaît le triangle de Karpman : en l’espèce, le ministère de l’Éducation nationale missionne contre les « persécuteurs » (le racisme des Français ataviques, la droite, l’entreprise, l’ancien monde) des « sauveurs » (les enseignants et autres éducateurs) à l’appui de « victimes » (les élèves « attachants », el famoso « contexte social »). Les humiliés parlent aux humiliés, les ados enseignent aux gosses, le chef d’établissement compose avec les familles et dissimule auprès du rectorat, et les positions tournent régulièrement. Tel élève devient persécuteur, tel enseignant victime, un autre élève « fait de la médiation ». Les élèves ne ferment pas la bouche, les enseignants n’ouvrent pas la leur ; songez qu’en sept ans d’enseignement je n’ai jamais entendu prononcer le mot « immigration » en salle des professeurs ! Nous avions pourtant en tout et pour tout deux « Portugais » (dont une Bretonne apeurée) par classe...
Pour redresser l’enseignement public en France (ce dont le bien commun nous fait l’obligation), il faut d’abord changer de doctrine et substituer l’excellence à l’égalité, la science à l’idéologie. Il faut également dépolitiser en rajeunissant les cadres : chasser les idéologues de la direction générale de l’Enseignement scolaire (DGESCO), des rectorats, des corps d’inspection et des Écoles supérieures du professorat et de l’éducation (ESPE, autrefois IUFM). Se recentrer sur les apprentissages en expulsant les associations. Informer davantage les parents, mais les impliquer moins. Punir le moindre manquement et empêcher ainsi la montée en gamme des garçons qui cherchent un père et éprouvent les limites. Rétablir redoublements et expulsions des élèves. Si c’est trop coûteux pour les contribuables, mieux vaut réduire à trois ans la durée du collège, abaisser à quinze ans la majorité scolaire et avancer encore l’âge minimal d’entrée en apprentissage. Il faut encore mettre en valeur et former sainement les délégués de classe, et conférer au professeur principal une autorité sur ses collègues pour la classe qu’ils ont en commun. Voilà pour la prévention.
Il n’est pas souhaitable d’américaniser les établissements avec des portiques et des policiers à demeure : « Der Krieg ernährt den Krieg ! » (la guerre engendre la guerre), dit Isolani dans le Wallenstein de Schiller. En revanche, la répression doit être repensée. Les professionnels seront encouragés à émettre des signalements et déposer des mains courantes et des plaintes. Tout délit commis dans les locaux aboutira à une exclusion scolaire effective par voie de conseil de discipline ‒ sans préjuger d’éventuelles suites judiciaires. L’inspection académique, les commissariats et le parquet du même ressort échangeront des informations dans un cadre formel. Mieux vaut un référent Justice qu’un référent Laïcité dans les établissements publics locaux d’enseignement (EPLE), surtout quand on lit la mésaventure en septembre dernier des élèves du lycée Pierre Mendès France de Péronne, en butte à l’hostilité de leur professeur et de l’auteur Akli Tadjer ! Nous verrons ensuite grâce à un audit externe s’il faut aussi créer un enseignement à proprement parler disciplinaire, ou renforcer par voie de quota ou par incitation financière la présence masculine dans le secondaire. Mais l’immigration doit être arrêtée, le prosélytisme islamique combattu et les pressions des narcotrafiquants dévoilées.

Le R&N : Que faire pour redorer le blason des professeurs ?

Luc LE GARSMEUR : Votre question suggère que le crédit des professeurs est entamé. C’est bien sûr le cas, mais il est difficile de le dire crûment tant le « métier-passion » est devenu un « métier-Passion » ! L’enseignant doit d’abord redevenir un notable. S’il craint de retourner à la bourgeoisie qu’il n’a jamais réussi, au fond, à quitter, qu’il se rassure. Les choufs (guetteurs) dans ses classes seront toujours mieux payés que lui ! Mais il peut passer des chaussures de ville et une veste, et voussoyer les élèves.
On sait aujourd’hui que les syndicats enseignants ont consenti à la baisse des traitements en échange du maintien d’un magistère moral de la profession dans la Société. À l’heure des « start-up d’État » et de la fabrique des millionnaires (259 000 millionnaires en dollars de plus en France depuis l’élection d’Emmanuel Macron, selon le Crédit suisse), il faut abandonner ces chimères et réclamer à cor et à cri la revalorisation salariale, en ré-étoffant en contrepartie les classes. Pour un perturbateur, une tiers-classe est un pousse-au-crime !

D’autres formes d’association professionnelle peuvent être investies et prendre publiquement la parole : la Paroisse universitaire (aumônerie des enseignants de la laïque) a dû voir disparaître ses éléments les plus marqués à gauche ; il est difficile par ailleurs de taxer d’idéalisme des enseignants d’une même matière ou d’une même zone regroupés en association ; l’opinion publique sait aujourd’hui qu’un témoignage de grande banlieue est radical ou faux, etc., etc. L’heure de l’émancipation a sonné ‒ comme le montre le phénomène #PasDeVague sur les réseaux sociaux (et plus généralement le nombre de professionnels sur Twitter et Facebook), et pour reprendre une notion parlante dans ce milieu. Le temps presse, en revanche. Car avec la désaffection des étudiants et le développement des recrutements dégradés (chute des CAPES, recrutement sur leboncoin.fr, etc.), le niveau de qualification et la motivation des professeurs seront eux-mêmes bientôt mis en doute...

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