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Marion Maréchal-Le Pen : « La notion de république est totalement dévoyée »

Marion Maréchal-Le Pen est député Front National de Vaucluse. Elle a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.

R&N : Vous dénoncez l’amendement à la loi Macron sur les jours fériés dans les départements et les régions d’outre-mer comme un « délire laïcard ». Soutiendrez-vous une saisie du Conseil constitutionnel sur ce « cavalier législatif » si un nombre suffisant de députés étaient prêts à le faire ?

Marion Maréchal-Le Pen : Absolument. Car je crains que cette disposition ne porte les prémices d’une application en métropole d’ici quelques années. Je ne souhaite pas revenir à une laïcité extrémiste que l’on a pu connaitre sous la terreur où l’on débaptisait les villes portant le nom de saints et où on supprimait le calendrier leur faisant référence. La France n’est pas seulement une république sans passé ni racine, elle n’est pas née en 1789 à moins de considérer que le château de Versailles et le mont Saint-Michel n’appartiennent pas à l’histoire de France ! Elle est avant tout un pays de langue française, de culture gréco-latine avec de profondes racines chrétiennes qui ont façonné ses paysages, son droit, la mentalité de son peuple… C’est tout cela que nous défendons en nous opposant aux délires d’une gauche qui souhaite faire de la laïcité une arme de destruction massive de notre identité chrétienne mais aussi le cheval de Troie de l’islam en France.

R&N : Femen, profanations de cimetières et de lieux de cultes catholiques, chrétiens d’Orient… Les chrétiens sont-ils méprisés et ignorés en France contrairement aux autres religions ?

Marion Maréchal-Le Pen : Les chrétiens sont indéniablement en France les victimes d’une profonde tradition anticléricale qui fait partie de l’ADN de la gauche et a fini par contaminer la droite. Les élites se pressent pour aller inaugurer des mosquées, se targuent de violer la loi de 1905 au nom du droit « de rattrapage » de l’islam, organisent des réceptions pour fêter le ramadan aux frais du contribuable (à la mairie de Paris)… Tout le monde y va de son tweet ou de sa déclaration publique pour souhaiter un bon ramadan aux musulmans quand il n’y a jamais un mot pour Pâques… Ce comportement est typique de l’amour de l’autre et de la haine de soi qui caractérisent aujourd’hui la classe politique française. La lutte contre l’islamophobie (216 actes de toute nature en un an) est sur toutes les lèvres, tandis que la christianophobie est passée sous silence alors même qu’aujourd’hui les chrétiens sont les croyants les plus massacrés dans le monde à cause de leur religion et que les catholiques sont les premières victimes des profanations en France.

R&N : Vous aviez pris la défense des racines chrétiennes de la France. Que sont-elles précisément ? Un simple aspect historique et culturel ou quelque chose de plus profond et d’intrinsèque à la grandeur de la France ?

Marion Maréchal-Le Pen : Parler des racines chrétiennes est déjà un début de réponse. Les racines sont ce qui permet à l’arbre de se nourrir, de se dresser solidement implanté dans le sol et de tenir bon face aux orages et aux bourrasques. La chrétienté est tellement présente dans notre quotidien que l’on ne la voit même plus : dans le nom de nos villages, de nos gares, de nos édifices où survivent encore ici et là quelques niches abritant des statues de saints ; dans chacune des paroisses sur lesquelles se sont construites nos communes ; dans notre droit calqué en partie sur le droit canon, dans nos valeurs républicaines (la fraternité mais aussi la laïcité, résultat d’une longue réflexion sur la parole de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu ») ; dans nos mentalités européennes si promptes à culpabiliser et tellement enclines à secourir « le faible » ; dans les prénoms de nos compatriotes… En ouvrant les yeux, il est aisé de comprendre qu’il est impossible de gommer toute référence à la religion chrétienne sans faire disparaître ce que nous sommes.

R&N : « Français de souche » : la polémique suite à l’emploi de ce terme par François Hollande n’en finit pas. Êtes-vous comme votre grand-père une Française de souche ?

Marion Maréchal-Le Pen : Oui je suis une Française de souche, tout simplement parce que je n’ai pas d’origine immigrée (pardon), je suis donc d’origine française, tout simplement. Cette notion n’est pas une définition raciale. Je rappelle que les Martiniquais étaient français avant les Niçois, ils sont Français de souche. De même que l’Algérie était française avant la Haute-Savoie. Cette référence est honnie par la classe politique car elle révèle qu’il existe bien un vieux peuple français qui n’a quasiment pas changé pendant plusieurs siècles et dont est encore issue une majorité de nos compatriotes. C’est à ce terreau de référence que doivent aujourd’hui s’assimiler les nouveaux arrivants. Et c’est justement parce que la classe politique refuse ce distinguo qu’il n’y a plus d’assimilation possible. À quoi donc devraient s’assimiler les immigrés s’il n’y a plus de « référent » ? Il est d’ailleurs assez révélateur que la seule fois où François Hollande s’est permis d’employer cette expression « entre guillemets » ait été l’occasion de la pointer du doigt, négativement, en référence aux auteurs de l’atroce profanation du cimetière juif. L’origine des délinquants n’est jamais précisée sauf dans ce cas… [Addendum du 17 mars 2015] Néanmoins cette définition ne conditionne pas mon combat politique, avec mon mouvement nous nous battons pour tous les Français quelque soit leur origine. Être français de cœur, voilà tout ce qui importe.

R&N : Le Front National est « anti-républicain », « un danger pour la république » et nécessite un « front républicain ». Finalement la notion de « république » a t-elle encore un intérêt devant la notion de « France » ? 

Marion Maréchal-Le Pen : La notion de république est totalement dévoyée. Elle est utilisée à tout bout de champs comme un étendard de moralité, comme le signe de ralliement au camp du bien, celui du progrès, de la citoyenneté solidaire et éco-responsable. Quand tout vaut tout, rien ne vaut rien, et aujourd’hui la république est oubliée par les premiers qui s’en prévalent, par ceux qui ont bradé notre souveraineté nationale. Or, la république est avant tout un régime fondé sur la souveraineté populaire. Leurs prétendues « valeurs républicaines » sont brandies par exemple lorsque nous demandons la suppression de l’aide médicale d’État. Où a-t-il été défini que la république impliquait nécessairement la prise en charge à 100 % des frais de santé des clandestins ? Nulle part, si ce n’est dans leur logiciel politicien, qui permet à l’UMP et au PS de faire alliance face à nous pour sauver leur système et leurs mandats.

Marion Maréchal-Le Pen, député de Vaucluse

R&N : Que vous inspire l’emploi par plusieurs membres de l’UMP de la formule « FNPS » ?

Marion Maréchal-Le Pen : Il faudrait avant tout expliquer à Nicolas Sarkozy que le trait d’esprit de l’« UMPS » réside dans la lettre en commun… Ensuite que ce jeu de mots grotesque n’est fondé sur aucune réalité puisqu’à l’exception du Doubs, chacune des partielles a démontré qu’un FN fort disqualifiait le PS.

R&N : La sortie de l’euro est elle vraiment le point sur lequel le FN est le plus audible ? On a parfois l’impression que cette position est plus une bombe à retardement pour le Front National qu’un avantage.

Marion Maréchal-Le Pen : En effet la question monétaire est l’un des derniers points de crispation que nous devons régler. Il nous faudra tenir un discours sincère à l’égard des Français. Oui, il y a aura quelques désavantages à la sortie de l’euro mais ils ne seront pas rien à côté des formidables marges de manœuvre que nous retrouverons. Parlons par exemple de l’épargne qui est un souci d’inquiétude majeur. L’effet sur l’épargne des Français sera variable. Si l’utilisation de l’épargne d’un de nos compatriotes est franco-française alors il ne verra aucun changement sauf à ce que se produise une hyperinflation (ce qui est très peu probable car seulement un quart des produits est issu de l’importation et les lois du marché conduiront les fournisseurs à faire varier leur marge plutôt que d’augmenter massivement leurs prix). Si l’utilisation de cette épargne est partiellement faite en Europe, dans ce cas il pourra y avoir perte à l’égard des pays dont la monnaie est plus forte mais aussi gain à l’égard des pays dont la monnaie se dévaluera encore plus que la monnaie française (ce qui sera vraisemblablement le cas de l’Espagne, de l’Italie…). Enfin concernant la parité franc-dollar, vu le prix actuel du dollar par rapport à l’euro et si l’on envisage une dévaluation d’environ 25 % il n’y aura quasiment pas de changement.

R&N : Un rapport de la délégation aux droits des femmes de l’Assemblée, et le soutien que lui apporte le ministre de la Santé, prônent tout un ensemble de mesures pour « faciliter l’accès à l’avortement ». Quelle est votre position sur ce sujet qui risque de revenir bientôt à l’Assemblée ?

Marion Maréchal-Le Pen : Manifestement ils n’en auront jamais assez. Nous sommes évidemment dans la suite logique du texte de loi adopté récemment qui fit de l’avortement un droit fondamental. Mécaniquement, tous les garde-fous encadrant le recours à l’avortement vont être considérés comme une entrave à ce droit… Je suis particulièrement inquiète de la remise en cause de la clause de conscience permettant au médecin de ne pas pratiquer cette opération. Je serai en tout cas présente pour m’y opposer.

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