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Le Rouge & le Noir a rencontré les organisateurs de La Marche Pour La Vie belge, qui se déroulera à Bruxelles, dimanche 31 mars 2019.

Cela fait dix ans que la Belgique se mobilise pour la vie, mais contrairement à la France, votre marche est silencieuse. Quel caractère souhaitez-vous donner et pourquoi cette prise de position ?

Dès son lancement en 2010, la Marche pour la vie s’est déroulée dans un silence qui surprend autant les marcheurs pour la vie dans d’autres pays, que les passants que nous croisons dans les rues de Bruxelles. Imaginez-vous, c’est assez impressionnant de voir défiler plusieurs milliers de personnes en silence, en plein centre-ville d’une capitale et en pleine journée. Les fondateurs de la Marche pour la vie belge ont surtout voulu offrir un temps de recueillement aux marcheurs pour qu’ils puissent en pensée prendre conscience de la gravité des atteintes contre la vie humaine. Le silence est aussi facteur d’unité : la foule n’est pas morcelée en plusieurs groupes, ni articulée autour de différents slogans que l’on crie ; elle est unie par le silence et le recueillement. Ce temps permet à certains de prier, à d’autres de réfléchir aux phrases que nous affichons sur les quelques pancartes, à d’autres de sourire aux passants interpellés. Faire silence, c’est aussi en quelque sorte laisser la voix à ceux qui ne l’ont plus parce qu’on a mis fin trop tôt à leur vie : les enfants à naître avortés, ou les personnes âgées ou malades euthanasiées. C’est à elles que vont nos pensées, c’est elles qui parlent, plus que nous.

Pouvez-vous nous exposer la situation politique en Belgique sur les lois bioéthiques ?

Elle est assez comparable à celle de la France, mis à part le fait que l’euthanasie est légale en Belgique depuis 2002 (et depuis 2014 pour les mineurs d’âge) en cas de souffrances physiques ou psychologiques que le patient juge insupportables. Il demande alors à un médecin de provoquer sa mort. En 2017, il y a eu plus de 2 300 euthanasies déclarées en Belgique.

L’avortement est permis, sans conditions particulières, jusqu’à 12 semaines de grossesse, et jusqu’à terme en cas de maladie grave et incurable du fœtus ou de danger pour la santé de la mère. Nous n’avons plus de chiffres sur l’avortement depuis 2011 car la Commission chargée de les évaluer était en panne jusqu’au mois de décembre dernier… Nous attendons le prochain rapport. Mais nous savons qu’il y a environ 30.000 avortements pratiqués par an, selon un article publié dans La Dernière Heure. La Belgique est un des seuls pays en Europe où le nombre d’avortements ne diminue pas, car il n’y a pas de politique de prévention de l’avortement.

Du côté de la procréation médicalement assistée, celle-ci peut aussi être obtenue par les femmes seules et les couples de femmes. Par le biais de la PMA, qui entraîne la création d’embryons dits « surnuméraires », plusieurs universités mènent des recherches sur les embryons humains. Selon les calculs de l’Institut Européen de Bioéthique, le nombre d’embryons utilisés pour des projets de recherche entre 2006 et 2016 s’élève à 24.299. Les chercheurs sont même autorisés à créer des embryons exprès pour la recherche, sans qu’il n’y ait de demande parentale. Si petits soient-ils, ce sont pourtant des êtres humains que l’on sacrifie sur les autels de la recherche…

À noter aussi que la gestation pour autrui est de facto rendue possible en Belgique, notamment à cause d’un vide juridique sur sa condamnation. Concrètement, il arrive que la mère « porteuse » abandonne volontairement l’enfant qui est ensuite immédiatement adopté par le couple qui en a fait la « commande ».

L’avortement et l’euthanasie sont tellement banalisés aujourd’hui, il semble difficile de revenir à une culture de vie. Pourtant de nombreuses associations existent : quelles sont celles qui soutiennent le mouvement de la Marche pour la Vie ?

Il n’existe pas de registre de soutien de la Marche pour la vie, mais sur le terrain, nombreuses sont les associations qui œuvrent pour le respect de la vie humaine. On pense notamment à toutes les maisons maternelles en Belgique, qui aident concrètement les femmes et les familles qui n’ont pas les moyens d’accueillir un enfant. Il y a aussi les nombreux bénévoles en soins palliatifs, qui donnent leur temps pour se tenir aux côtés des personnes en fin de vie ou en grande souffrance. Les mouvements et groupes chrétiens soutiennent les mêmes objectifs de protection de la vie, même si la Marche est un événement pluraliste et que son message se situe au niveau humain. C’est un carrefour où tous les défenseurs de la vie peuvent se retrouver. Il y a enfin de plus en plus de jeunes belges qui se forment en bioéthique, ou au moins qui sont très intéressés par ces sujets. Cela présage de belles avancées pour la vie dans le futur !

Vous mêlez cette année la marche à l’action concrète en invitant les participants à donner des vêtements de bébés pour des femmes enceintes démunies. D’où vient cette initiative ?

Oui, nous invitons tous les marcheurs à venir déposer, au point de rendez-vous, tout le matériel et les vêtements de petite enfance qu’ils sont en mesure de donner : des poussettes, des vêtements pour bébés, des biberons, des livres d’enfants, des jouets, … Il y a un tas de ces choses stockées dans nos maisons et dont nous n’avons pas vraiment besoin ! C’est l’occasion de les donner à ceux et celles pour qui de tels objets peuvent faire la différence. La Marche pour la vie s’occupera ensuite de les redistribuer aux maisons maternelles qui en ont besoin. Plusieurs d’entre elles se sont déjà manifestées.
Au fur et à mesure de ces 10 marches pour la vie, nous nous sommes rendu compte que les participants souhaitaient aussi agir concrètement pour la culture de la vie autour d’eux. Certains veulent faire plus que manifester. Attention, il ne faut pas sous-estimer l’importance de la manifestation : elle rappelle publiquement le droit à la vie des enfants à naître et le drame que représente toute atteinte à la vie humaine, elle interpelle les médias et via eux, l’ensemble des citoyens. Il faut continuer à dire ce message, et ce serait lâche de nous arrêter en chemin, car il s’agit aussi d’un combat politique au sens propre du terme, un combat collectif au sein de notre démocratie. Mais l’action individuelle est aussi nécessaire, et par cette grande collecte, nous souhaitons encourager les participants à agir concrètement au jour le jour, autour d’eux, pour la vie.

Marche pour la Vie à Bruxelles : le 31 mars 2019 à 14h30 à la Place Poelaert.

Charlotte de Kerennevel

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