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L’APEL est-elle devenue une annexe de la rue de Grenelle ?

Le 10 septembre 2015, au Lycée Sainte Marie de Lyon, les parents de l’APEL ont voté la suspension des liens statutaires qui les unissaient à l’APEL nationale. L’événement ayant donné lieu à divers commentaires, Olivier Gosset, père de famille ayant trois enfants scolarisés dans cet établissement, répond aux questions du Rouge & Le Noir et donne son appréciation des faits.

R&N : Tout d’abord, pouvez-vous nous dire ce qu’est l’APEL ?

Olivier Gosset : En 1924, à Marseille, un professeur de droit, ayant pour ambition de rassembler les parents d’élèves de deux écoles, crée une association. Le chef d’établissement de l’un d’eux, un chanoine, encourage et soutient cette démarche. Six ans plus tard, les deux hommes élargissent le projet à d’autres établissements et fondent une « Association des Parents des Élèves de l’Enseignement secondaire libre »A sa fondation, l’APEL repose donc sur trois principes : l’association entre parents, la coopération avec le personnel scolaire, la promotion de l’école libre et de son caractère propre. De nos jours, la puissance de ce groupe permet à ce dernier d’avoir une fonction représentative auprès du Ministère ainsi qu’une mission consultative : l’APEL siège à diverses instances de l’Éducation nationale et peut être auditionnée par les deux Chambres. Cette association, subventionnée par les cotisations de plus de 800 000 familles, accomplit ainsi une mission de service auprès des parents dans le cadre de l’enseignement privé sous contrat.

R&N : En ce cas, à quoi sert l’APEL dans un collège ou un lycée ?

Olivier Gosset : Vous parlez ici de l’APEL d’établissement, qui s’occupe des enfants du Primaire comme du Secondaire et dont les prérogatives sont définis par des statuts bien précis. A l’article 4 de ces derniers, il est en effet dit que chaque APEL doit « favoriser et garantir le libre choix de l’école conformément au droit naturel des parents à l’éducation et à l’instruction de leurs enfants ». En outre, le même article stipule que l’association s’engage à « représenter les familles auprès des pouvoirs publics ». On le voit donc, la mission de défense de l’école libre comme le devoir de représentativité sont ici déléguées, par subsidiarité, à une entité locale : une APEL d’établissement réalise, à sa modeste échelle, le travail de l’APEL nationale.

R&N : Que s’est-il alors passé le 10 septembre ? Pourquoi l’APEL des Maristes a-t-elle fait sécession ?

Olivier Gosset : Soyons précis sur les termes employés : le 10 septembre, à l’occasion d’une assemblée générale extraordinaire, l’APEL du Lycée Sainte Marie à Lyon a voté la suspension provisoire de ses liens statutaires avec l’APEL nationale. L’origine de cette rupture fut la question de la réforme du collège. Pour beaucoup d’entre nous, cette dernière implique un appauvrissement des savoirs enseignés, signe la disparition de parcours diversifiés de qualité et n’a pas, étant données son ampleur et ses conséquences, à être promulguée comme elle le fut par simple décret. Or, alors que la réforme était à peine engagée, l’APEL déclarait, dès mars 2015, « [accueillir] avec beaucoup d’espoir la volonté de Najat-Vallaud Belkacem de réorganiser le collège suite à son projet de réforme présenté en Conseil des ministres ». Ayant pris à la hâte cette position, l’association a usurpé sa qualité de représentante et s’est substituée aux parents. Nous aurions aimé que celle-ci fît preuve de concertation, de propositions, voire d’opposition. Le simple cotisant que je suis n’a pas accepté l’idée que l’APEL soit devenue une annexe de la rue de Grenelle : consulter n’est pas consentir.

R&N : Pensez-vous que ce geste sera suivi d’effets ?

Olivier Gosset : A titre personnel, je n’espère rien de particulier. Je n’ai pas voté la suspension dans un but de scandale. Le choix que j’ai fait m’a tout simplement remis dans la vérité de mes convictions. Maintenant, je peux vous dire que la crise que nous vivons signale un symptôme révélateur : d’autres groupes de parents, venus du Public comme du Privé, sont en profond désaccord avec leur direction sur la réforme du collège et réfléchissent aux moyens de se faire entendre. Celle-ci, imposée dans la précipitation et sans le moindre débat parlementaire, révèle un déficit de légitimité qui s’explique par une défaillance de la représentativité. A tous les niveaux de la vie associative et politique, les mandés ont remplacé les mandants. Il y aurait alors, pour répondre plus précisément à votre question, un effet heureux à cette rupture, si l’APEL nationale prenait conscience de l’usurpation commise, s’en amendait et redevenait ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : l’authentique et véritable association des parents de l’école libre. Pour ma part en tous cas, c’est à cette condition, et à celle-ci seulement, que je réintégrerai l’APEL. Plutôt que de courir l’antichambre des Ministères, le bureau directeur devrait privilégier l’exercice de son ministère auprès de tous ses associés. L’autorité ne se confisque pas par trahison mais se reçoit par délégation : une unité ne peut se retrouver qu’à ce prix-là.

Communiqué de l’association des parents d’élèves de Sainte-Marie Lyon

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