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Jean-Frédéric Poisson : « Le site du gouvernement propose l’avortement en toute situation, sans donner l’ombre de l’idée d’une solution différente »

Jean-Frédéric Poisson est député des Yvelines et président du Parti chrétien-démocrate (PCD). À l’issue de la proposition de loi déposée par le groupe socialiste, visant à étendre le « délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse », il a déposé un amendement, cosigné par M. Dhuicq et M. Voisin demandant la suppression de l’article unique composant cette loi. Il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.

R&N : Comment expliquer cette volonté du gouvernement d’engager en urgence, à quelques mois de l’élection présidentielle, une procédure accélérée pour étendre le délit d’entrave à l’avortement ?

Jean-Frédéric Poisson : Je ne peux l’expliquer autrement que par l’obsession, comme l’a d’ailleurs très justement souligné le Cardinal Vingt-Trois. Voilà cinq ans que ce gouvernement plonge le pays dans une crise identitaire et économique toujours plus profonde et inquiétante, mais il s’acharne dans l’urgence à légiférer sur des sujets sociétaux qui demandent pourtant une immense prudence et de réels débats.

C’est évidemment vrai pour le Mariage pour Tous voté plus rapidement que prévu et en dépit de la protestation considérable… Mais c’est flagrant sur la question de l’avortement.

Ce gouvernement a fait de l’avortement un droit fondamental, a supprimé la notion de détresse comme condition pour y avoir recours, et enfin le délai de réflexion obligatoire avant de poser un acte aussi peu anodin.

Et maintenant, il voudrait faire taire ceux qui tentent d’apporter une voix moins idéologue sur un sujet si difficile, ceux qui rappellent que l’avortement est toujours un drame, ceux qui voudraient aider les femmes à étudier toutes les autres possibilités qui s’offrent à elle…

Il s’agit du point culminant d’un comportement absolument totalitaire. Ce texte est grave parce que le sujet est grave, mais également parce qu’il est liberticide.

R&N : Pourquoi demandez-vous la suppression pure et simple de cet article ?

Jean-Frédéric Poisson : Pour toutes les raisons que je viens d’invoquer ! Il n’est pas normal que le gouvernement veuille faire taire des personnes qui peuvent avoir un avis différent sur l’avortement, et des sites qui proposent des informations qui ne relèvent pas — et je l’ai vérifié moi-même — d’une quelconque pression.

Que le gouvernement se pose les bonnes questions : si ces sites sont si visités, c’est sans doute parce qu’ils offrent beaucoup plus d’informations que le site gouvernemental qui ne propose que l’avortement. Si le gouvernement faisait son travail d’information honnêtement, il n’aurait pas besoin d’organiser une chasse aux sorcières justifiée par de fausses accusations.

On trouve également sur ces sites des témoignages de femmes qui ont avorté : que compte faire le gouvernement, les faire taire elles aussi ? Au nom du droit des femmes ?

R&N : Vous défendez la pluralité des sources d’information. Pensez-vous que le ministère de la santé et les structures conventionnées délivrent sur l’avortement une information impartiale ?

Jean-Frédéric Poisson : Bien sûr que non, puisqu’ils n’informent que sur les modalités pour pratiquer un avortement ; et c’est bien la raison, encore une fois, pour laquelle ces sites non-gouvernementaux ont autant de succès !

Il y a l’information, et il y a également le soutien concret avant et après l’avortement ! Le site IVG.net, par exemple, accompagne de nombreuses jeunes filles après leur avortement. Pourquoi sont-elles arrivées là ? Parce qu’elles avaient besoin d’aide et que le site du gouvernement ne le prévoit même pas.

Le site du gouvernement propose l’avortement en toutes situations, sans donner l’ombre de l’idée d’une solution différente. Ce n’est pas honnête de sa part, et il ne faut pas s’étonner que les gens aillent chercher ailleurs ce qu’ils n’y trouvent pas.

Il faut cesser de prendre les femmes pour des imbéciles : si elles visitent ces sites que le gouvernement veut fermer, c’est parce qu’elles y trouvent ce qu’elles cherchent.

R&N : Est-ce bien le rôle de l’État de rentrer dans une « guerre » de l’information comme l’on peut le voir ces derniers mois ?

Jean-Frédéric Poisson : Ce gouvernement fait beaucoup de choses qui ne relèvent pas de son rôle ni de celui de l’État… Sur ce sujet comme sur d’autres !

Il n’est en tous cas pas du rôle de l’État d’imposer une vérité absolue qu’il a décrété et de faire taire les opposants… Ce n’est en tous cas pas ma conception de l’État.

Ensuite, la question de l’avortement est bien trop délicate pour que l’État tranche au couteau qui peut parler ou non. La société civile, touchée de plein fouet par l’avortement, a évidemment son mot à dire, et celui qu’elle veut !

R&N : Pensez-vous que le cadre législatif actuel protège suffisamment les femmes qui souhaiteraient poursuivre leur grossesse de pressions extérieures qui pourraient les pousser à avorter ?

Jean-Frédéric Poisson : Il est évident que non. Le simple fait de supprimer le délai de réflexion le montre.

Une jeune femme qui vient d’apprendre sa grossesse est animée de mille sentiments contraires, a fortiori lorsqu’elle ne s’y attendait pas du tout. L’entourage est souvent, pas toujours mais souvent, source de pression. Le compagnon peut l’être aussi… Comment voulez-vous qu’une décision aussi lourde de conséquences puisse être prise sereinement sans un délai de réflexion obligatoire ?

Pourquoi faut-il que le législateur soit si pressé de faire avorter les femmes ? Et si inquiet que certains puissent les aider à garder leurs enfants ? Je crois pourtant que nous sommes tous d’accord pour dire que le meilleur avortement est celui qui n’a pas lieu… Alors assumons les conséquences d’un tel constat.

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