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Jacques Bompard : « La résurgence du combat pour la vie n’est pas tolérable pour la Gauche ! »

Jacques Bompard est député de Vaucluse et Maire d’Orange. Fondamentalement attaché aux questions de la vie, le député en a fait la démonstration dans ses différents travaux parlementaires au cours de son mandat. À l’issue de la proposition de loi déposée par le groupe socialiste, visant à étendre le « délit d’entrave à l’interruption volontaire de grossesse », il a déposé cinquante-trois amendements pour contrevenir au texte. Il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.

R&N : La proposition de loi socialiste qui sera discutée jeudi 1er décembre à l’Assemblée Nationale a pour objectif d’étendre le délit d’entrave à l’avortement ; quel est selon vous le véritable sens de cette proposition ? Dans le climat actuel, les atteintes supputées à l’encontre du droit à l’avortement ne semblent pas comporter un caractère d’urgence...

Jacques Bompard : La Gauche, et plus largement les progressistes, fondent leur action politique sur l’idée de révolution. L’homme serait un être parfait dont les dégradations proviennent de contingences liées à l’héritage, aux arrière-mondes, aux archaïsmes. Pour mener ce projet à bien, il lui faut une anthropologie. Et le socle de l’anthropologie progressiste c’est l’avortement. La négation de l’animation du fœtus accomplit deux mouvements fondamentaux : la césure entre la nature (l’embryon) et la culture (la mère), et une rupture éthique essentielle : la capacité donnée à l’État de définir ce qu’est la vie. Si ce socle anthropologique est ébranlé, c’est l’ensemble de la construction libérale-libertaire du monde qui est en péril.
Or les partisans de la vie et leurs précurseurs ont tellement lutté, tellement travaillé, que des contre-pouvoirs apparaissent. Et cette résurgence du combat pour la vie, très sensible au cours des primaires des Républicains, n’est pas tolérable pour la Gauche. Elle est le signe d’un retour des amis de l’ordre, qu’il soit naturel ou politique.
Comme le remarquait Guillaume Bernard dans son dernier ouvrage, la droite classique retrouve une influence et une expression politique. C’est un scandale, au sens propre, pour les dévots de mai 68. Alors ils caricaturent les bénévoles qui cherchent à proposer des solutions alternatives aux 225 000 avortements qui sont subis chaque année. Comme ils l’avaient fait en interdisant des vidéos donnant à voir des trisomiques heureux. Comme ils le feront toujours, car ils savent que l’avortement est le plus fondamental des combats.

R&N : Avec cinquante-trois amendements déposés, vous semblez compter parmi les parlementaires les plus hostiles à ce texte. Sur quels aspects de cette législation avez-vous voulu particulièrement apporter des recours ?

Jacques Bompard : J’ai délibérément choisi de ne pas me focaliser sur un aspect ou l’autre de l’article unique de ce texte. Je connais parfaitement la technique législative appliquée pour les questions bioéthiques. Les progressistes découpent ingénieusement les textes afin de les imposer petit à petit à la société. Or, il faut opposer une réponse globale à ce projet global. Assumer que notre conception de l’homme et de la société n’est pas simplement contraire mais bien hostile aux artifices qui nous sont présentés. Ainsi, j’ai établi l’inanité intellectuelle de cette proposition de loi. La Gauche mobilise sans cesse l’idée de liberté ou celle de pluralité. Et elle propose avec ce délire idéologique d’emprisonner toute personne proposant des solutions alternatives à l’avortement ou alertant sur les conséquences de la suppression de la vie à naître. Comment imaginer manœuvre plus liberticide ?
Comment concevoir qu’en quelques décennies, les zélateurs de la culture de mort soient passés du délit d’incitation à l’IVG à la grotesque notion du délit d’entrave sur internet ? J’ai par ailleurs proposé de très nombreux articles additionnels. D’abord parce que la proposition socialiste est une provocation. Ensuite parce qu’il faut prouver que le camp de la vie maîtrise des propositions : extension du proche-aidant aux grossesses difficiles, allocation versée après le délai de l’avortement, rétablissement de la condition de détresse et du délai de réflexion. Une tendance de propositions qui montrent que la France pourrait établir un plan pluriannuel de réduction du nombre d’avortements. En lieu et place, le gouvernement et les partis parisiens succombent à la fatalité de l’avortement de masse.

R&N : Lorsque Simone Veil faisait son allocution dans l’hémicycle, le 26 novembre 1974, elle indiquait : « Certains penseront sans doute que notre seule préoccupation a été l’intérêt de la femme, que c’est un texte qui a été élaboré dans cette seule perspective. Je me garde bien de croire qu’il s’agit d’une affaire individuelle ne concernant que la femme et que la Nation n’est pas en cause ». Pourtant, l’avortement est aujourd’hui défendu comme une perspective individuelle, à grand renfort de campagnes sur « Mon corps m’appartient ». Quel éclairage ce fossé idéologique entre la proposition de 1974 et l’actuelle campagne promotrice de l’avortement apporte-t-il dans le débat actuel ?

Jacques Bompard : Je crois qu’en réalité il n’y a pas de fossé idéologique. En étudiant la conception progressiste de la dignité et de l’origine humaines on comprend parfaitement que la dépénalisation de 1974 devait aboutir aux excès que nous connaissons aujourd’hui. J’ai lu attentivement les deux ouvrages de Gabrielle Cluzel et Eugénie Bastié l’année dernière. Adieu Simone et Adieu Mademoiselle présentent deux thèses différentes mais qui se rapprochent au moins sur un point central, la revendication du droit de sortir de la satisfaction collective qui tient lieu d’analyse de l’avortement dans notre pays. Imaginons un instant que la loi envisage de condamner à 2 ans de prison des femmes qui témoignent de leur expérience de la maternité... Cela montre bien le virage totalitaire de la Gauche .
La loi de 1974 a rendu tous les excès possibles. Sans la loi Veil, pas de circulaire Taubira légalisant de fait la GPA. Sans la loi Veil, pas de recherche sur l’embryon. J’adhère tout à fait au propos de Patrick Buisson quand il date même de la loi Neuwirth le début de l’explosion organisée des repères fondamentaux de l’ordre naturel. Je pense qu’à partir de là, l’État s’est arrogé un droit qui n’est pas le sien. Je fais en effet partie de ceux qui considèrent qu’il y a une écologie humaine. Une écologie que rien ne devrait pouvoir remettre en cause sans quoi c’est le chaos éthique et politique assuré.
Rappelons les propos de Benoit XVI en septembre 2011 à Berlin : « Dans la conscience de la responsabilité de l’homme devant Dieu et dans la reconnaissance de la dignité inviolable de l’homme, de tout homme, cette rencontre a fixé des critères du droit, et les défendre est notre tâche en ce moment historique. » Il parle ici de la rencontre entre l’Humanité et son créateur. Elle est fondatrice de l’inviolable dignité de la vie humaine.
Au moment où l’homme s’introduit dans les entrailles pour établir comme critère d’humanité la citoyenneté, ou au moins la reconnaissance étatique, toute possibilité d’ordre naturelle est brisée. En effet, le petit de l’homme n’est plus introduit à la société par sa mère, à la Nation par sa famille, mais par un monstre froid qui décide de son état d’humanité.
Le problème n’est pas seulement éthique, il est donc politique. En procédant de la sorte, Simone Veil a rendu la sociabilité absolument artificielle en violant le caractère originel de l’homme.

R&N : « Un certain nombre [de mes collègues] hésitent à voter le projet de loi en raison du danger qu’il fait peser sur la démographie », disait encore Veil dans l’hémicycle. Pensez-vous que ce facteur démographique ait été foncièrement négligé par le ministre de la santé d’alors ?

Jacques Bompard : Nous sommes entre nous. Je pense qu’il n’a pas été négligé mais que ceux qui encouragèrent nettement cette loi savaient parfaitement qu’elle irait de pair avec une substitution de population que Renaud Camus a parfaitement décrite en l’appelant Grand Remplacement. La loi Veil a énervé notre pays. Évidemment il y avait un fléau sanitaire à traiter. Mais de nombreuses autres écritures de la loi auraient pu exister.

Propos recueillis par Aloysia Biessy

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