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Isolde Cambournac : « iAquinas est en quelque sorte un “apéritif” qui doit donner envie d’aller lire saint Thomas lui-même. »

C’est aujourd’hui, dans le calendrier de la forme ordinaire de la liturgie, la fête de saint Thomas d’Aquin. Pour célébrer cette heureuse occasion, il est désormais possible de faire ses premiers pas en théologie dans la Somme de théologie du grand maître dominicain grâce aux contenus disponibles sur le projet « iAquinas » et qui constituent une excellent introduction. Le Rouge & le Noir a rencontré l’animatrice de ce projet, Isolde Cambournac, qui va à la rencontre des meilleurs spécialistes francophones ou étrangers du Docteur angélique, parmi lesquels de nombreux dominicains.

Le Rouge & le Noir : « iAquinas » est un formidable projet qui permet, grâce à des vidéos et d’autres contenus didactiques disponibles en ligne, de faire les premiers pas en théologie avec le meilleur maître que le magistère des Papes n’a cessé de recommander depuis Léon XIII jusqu’à S. Jean-Paul II, S. Thomas d’Aquin. Même si les débats théologiques sont nombreux, actuellement, dans l’Église, pourquoi les fidèles catholiques devraient-ils s’intéresser à la théologie ? Le catéchisme ne suffit-il pas ?

Isolde Cambournac : Le Catéchisme de l’Eglise catholique suffit tout à fait ! Il enseigne les fondamentaux, le contenu de la foi (La Trinité, l’incarnation, etc.). Ce qu’apporte en plus la théologie, c’est une intelligence de la foi. La théologie fait entrer dans les raisons de la foi. En plus d’avoir un intérêt intellectuel, la théologie a un véritable intérêt spirituel. Elle est une forme de contemplation du mystère de Dieu par l’intelligence, qui élève le cœur. Plus on connaît Dieu et plus on l’aime.

(Crédit photographique : iAquinas.com)

R&N : Pourquoi avez-vous personnellement décidé de vous consacrer à faire connaître la théologie de S. Thomas d’Aquin ? Certes, ce grand saint a eu une postérité remarquable, mais il n’est pas le seul ! Aujourd’hui, beaucoup de traditions théologiques existent dans l’Eglise, et lorsque le Pape François déclare qu’on ne vit pas seulement une époque de changements, mais un changement d’époques, certains sont tentés de croire qu’un théologien du XIIIe siècle n’a plus forcément grand chose à dire au chrétien d’aujourd’hui, et encore moins à celui de demain.

Isolde Cambournac : La pensée de saint Thomas d’Aquin a toujours été très nourrissante pour moi, et je suis convaincue qu’elle peut l’être aussi pour d’autres. Il y aurait beaucoup de choses à dire sur l’intérêt d’étudier saint Thomas aujourd’hui (nous avons une page sur notre site à ce propos).

Personnellement, je pourrais dire ceci. Le contenu de la foi ne change pas, même s’il y a un changement d’époque. La théologie de saint Thomas ne saurait donc être périmée !

Par ailleurs, la compréhension que saint Thomas a de l’être humain, son anthropologie (corps, âme, facultés de l’âme, etc.) est très lumineuse. Elle est à mon avis particulièrement précieuse pour aborder les questions actuelles, comme le gender ou le transhumanisme par exemple. J’en ai fait personnellement l’expérience en rédigeant une thèse sur la masculinité et la féminité à la lumière de son anthropologie.

J’ajouterais que saint Thomas est un véritable maître dans sa recherche de la vérité. On gagnerait aujourd’hui à suivre ses pas. Face à la réalité, saint Thomas est avant tout un contemplatif, il est réceptif. Il n’impose pas sa manière de penser aux choses, mais il laisse les choses lui dire ce qu’elles sont. Son réalisme fait du bien face à l’idéalisme ambiant.

A travers la méthode de la question disputée qu’il utilise notamment dans la Somme de théologie, saint Thomas nous enseigne aussi à réfléchir dans une attitude de dialogue avec nos opposants. Cela consiste tout d’abord à poser de bonnes questions, puis à prendre sérieusement en compte les objections avancées. Toutes les objections sont bonnes dans la mesure où elles nous obligent à entrer plus en profondeur dans la vérité. Cette méthode est tout l’inverse du « dialogue de sourds » qui caractérise malheureusement souvent les débats actuels.

R&N : Pourriez-vous présenter S. Thomas et son œuvre en quelques lignes pour nos lecteurs qui ne le connaissent pas encore, ou qui le connaissent trop mal ? Auriez-vous également un conseil de lecture pour le découvrir et l’une de ses œuvres à conseiller ?

Isolde Cambournac : Saint Thomas est avant tout un chercheur et un amoureux de la vérité. Il appartenait à l’ordre des dominicains ou frères prêcheurs dont la devise est Veritas. Né en Italie (vers 1225), il a passé une bonne partie de sa vie à enseigner à l’Université de Paris. Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il n’a jamais enseigné la Somme de théologie. Saint Thomas est d’abord un commentateur des Écritures. Il a laissé de nombreux commentaires, qui sont de véritables trésors. La Somme de théologie, quant à elle, est en quelque sorte un condensé, ordonné, de toutes les grandes idées théologiques.

Comme conseil de lecture pour découvrir saint Thomas, je pourrais recommander le dernier livre du P. Torrell : Saint Thomas en plus simple. Ce livre, tout à fait accessible, est une véritable pépite (vous trouverez d’autres suggestions de livres ici).

Et comme œuvre de saint Thomas lui-même, je pourrais recommander son explication du Notre Père ou du Credo, ou encore l’opuscule Les raisons de la foi – Les articles de la foi et les sacrements de l’Eglise.

Vous pouvez bien sûr lire aussi la Somme de théologie, mais je vous recommande de ne pas la lire dans l’ordre, c’est-à-dire en partant de la première question. Les premières questions sont assez spéculatives et pourraient vite décourager ceux qui n’y sont pas initiés. Je vous recommande de commencer par des questions plus faciles, comme les questions sur la béatitude, les passions de l’âme ou les grands moments de la vie du Christ par exemple. Je vous recommande aussi (bien sûr !) les vidéos d’iAquinas pour vous aider à entrer dans ces textes.

R&N : Comment est né le projet iaquinas et quel est son objectif ? Combien de personnes y collaborent actuellement, comment le projet est-il porté et qui peut y contribuer ?

Isolde Cambournac : Le projet iAquinas est né à Fribourg (Suisse), en janvier 2016. Le frère John Emery et moi-même écrivions à l’époque nos thèses de doctorat sur des sujets en lien avec la pensée de saint Thomas d’Aquin. Nous avions tous les deux le désir de transmettre cette pensée au grand public. Comme j’aimais par ailleurs réaliser des vidéos, le moyen de diffusion était tout trouvé ! Nous avons alors rassemblé quelques amis, laïcs et dominicains, pour nous aider à mettre en place ce projet.

Le but du projet iAquinas est de rendre la pensée de saint Thomas d’Aquin accessible à tous, gratuitement et dans le monde entier. iAquinas est en quelque sorte un « apéritif » qui doit donner envie d’aller lire saint Thomas lui-même. Pour cela, nous réalisons en permanence du contenu (majoritairement des vidéos, mais aussi des podcasts, des citations, des visuels) que nous publions sur internet. Les vidéos consistent en de courtes présentations d’un point ou l’autre de la pensée de saint Thomas, par des personnes qui le connaissent bien. Nous avons déjà sollicité plus de 20 intervenants parmi lesquels se trouvent par exemple les pères Jean-Pierre Torrell, Gilles Emery, Serge-Thomas Bonino, ou encore monsieur François-Xavier Putallaz.

Ajoutons qu’un aspect important du projet est sa dimension internationale. Le frère John Emery est américano-argentin et beaucoup d’autres nationalités sont représentées parmi les membres de l’équipe d’iAquinas. Nous avons décidé dès le début de produire des vidéos en français, en espagnol et en anglais. Toutes possèdent des sous-titres en français. De précieux collaborateurs assurent les traductions dans d’autres langues (portugais, hongrois, slovaque, etc.). Nous avons ainsi des intervenants de différentes nationalités qui s’adressent à un public international.

L’équipe d’iAquinas est composée à l’heure actuelle d’une quinzaine de membres. Tous sont bénévoles. Le projet vit de dons et s’appuie juridiquement sur une association française. Nous avons bien sûr besoin de dons : tous vos dons sont les bienvenus (et déductibles fiscalement). Toutes les bonnes volontés sont aussi les bienvenues pour nous aider par exemple à l’élaboration des sous-titres des vidéos (transcription et/ou traduction), ou pour nous aider à faire connaître le projet. Si vous êtes intéressé par l’une ou l’autre forme de collaboration, vous pouvez nous contacter ici.

R&N : On est frappé, en naviguant sur le portail d’iAquinas par le nombre et la qualité des théologiens qui ont accepté d’y participer. Mais quelle est la manière d’aborder le site ? Propose-t-il un cursus complet et un ordre logique pour aborder les contenus, ou faut-il privilégier une approche plus thématique en cherchant des éclairages sur des sujets précis ?

Isolde Cambournac : Il y a différentes manières d’aborder les contenus. Vous pouvez tout d’abord recevoir chaque semaine dans votre boîte mail un résumé des publications de la semaine. Sur le site internet, vous pouvez soit taper un sujet qui vous intéresse dans la barre de recherche, soit parcourir le menu qui est particulièrement fourni. Vous y trouverez certainement de quoi éveiller votre curiosité : une introduction à la personne de saint Thomas ou à la question disputée, une présentation des notions de philosophie ou des grands sujets de la Somme de théologie, comme la béatitude, les passions de l’âme, etc.

Nous sommes en train de travailler sur une formation structurée, suivant un cursus établi. A l’heure actuelle, nous avons réalisé une version qui est encore au stade expérimental. Nous espérons pouvoir sortir une version plus aboutie au cours de cette année 2020.

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