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François Huguenin : « Avons-nous conscience de ce qu’est être français, héritier d’une histoire singulière qui est la nôtre ? »

François Huguenin est historien. Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire des idées en France : Le conservatisme impossible(éd. La Table Ronde, 2006), L’Action française (éd. Perrin, 2011), Histoire intellectuelle des droites (éd. Tempus, 2013). Il vient de publier Les grandes figures catholiques de France aux Éditions Perrin (septembre 2016).

R&N : Vous ne présentez dans votre livre que 15 personnages de l’histoire de France. Pourquoi avoir posé un choix aussi restreint ? Qu’est ce qui les distingue des autres grandes figures catholiques de notre histoire nationale ?

François Huguenin : J’en avais prévu vingt au départ, avec un plus grand nombre dans les deux derniers siècles. Pour des questions de calendrier, j’ai fait le choix de resserrer ma sélection. Je ne le regrette pas. Elle a gagné en force. Par ailleurs, j’ai voulu présenter une étude approfondie de chaque personnage ; cela ne se fait pas en vingt pages.

Ce qui les distingue c’est soit leur rôle éminent dans la construction de la France, ce qui met en lueur le lien indissoluble de la France avec le catholicisme ; soit leur place incontestable dans l’histoire du catholicisme, ce qui traduit combien ce dernier a été, grâce à eux, marqué par la France.

R&N : Vous avez fait le choix de ne pas présenter seulement des saints mais aussi des grands hommes. Qu’est ce qui rapproche ces différents personnages qui ne sont pas forcément ceux que l’on attend ?

François Huguenin : Une verticalité. Chacun, à sa place, nonobstant ses limites et ses failles, par sa foi, sait qu’il est relié à quelqu’un de plus haut que lui. Qu’il travaille à une cause dont, malgré les ors et les pompes, il n’est que le serviteur. C’est cette notion qui manque cruellement à la politique moderne et qui explique l’éclipse du bien commun. Il n’y a plus de bien commun lorsqu’il n’y a plus une instance qui nous permette de nous élever au-dessus de nos intérêts individuels.

R&N : Parmi ces grandes figures, il y a Henri IV (que vous qualifiez dans votre livre de « drôle de catholique »), Louis XIV (dont vous évoquez « ses ombres » et ses « liaisons pas très catholique ») ainsi que De Gaulle que l’on ne s’attendait pas forcément à trouver dans un tel ouvrage. Tous trois ont leur part d’ombre. Pourquoi les avoir choisis malgré tout ?

François Huguenin : Parce qu’ils sont des géants de notre histoire et que chacun est marqué par une foi sincère, profonde et sans faille. Les figures que j’ai choisies ne sont pas toutes des modèles de sainteté. Mais elles sont toutes des archétypes de figures catholiques par la foi des personnages, leur inscription dans le culte et la culture chrétienne qui les marque intimement.

R&N : De même, vous avez préféré Richelieu à Louis XIII. Pourquoi ? Est-ce une façon de réhabiliter le cardinal qui souffre généralement d’une bien mauvaise image ?

François Huguenin : C’est vrai, j’ai choisi celui que je considère comme le plus grand génie politique de notre histoire, un des plus grands politiques de toute l’humanité, et en même temps un prêtre qui n’a jamais renié sa profonde vocation sacerdotale. Un homme à part, au-dessus du lot.

R&N : Quelle place vient occuper Sainte Thérèse de Lisieux dans cet ensemble ? Sa vie, si brève, au sein d’un carmel, n’est-elle pas en opposition avec les vies si actives des autres figures de l’ouvrage ?

François Huguenin : J’ai voulu mettre Thérèse d’abord parce que je l’aime ! Ensuite parce qu’il me paraissait nécessaire de mettre dans cette liste une contemplative qui « n’a rien fait ». La force de la prière nous dépasse tellement que nous sommes incapables de nous la représenter. Et puis, Thérèse est devenue la sainte la plus populaire de France. Quant à son rôle dans l’Église, il est fondamental : elle annonce Vatican II, elle nous ouvre à la confiance dans la Miséricorde de Dieu qu’on avait hélas souvent oubliée. Elle est devenue docteur de l’Église ! Oui elle mérite sa place !

R&N : Votre livre est publié alors même que le pays s’approche à grand pas d’une élection présidentielle dans laquelle la question de l’identité est majeure. Est-ce un hasard ou un choix volontaire ?

François Huguenin : Je disais que j’avais réduit à quinze entrées mon livre en partie pour des raisons de calendrier. Je ne voulais pas qu’il fût noyé dans le grand fleuve des productions politiciennes qui va se déverser sur les tables de librairie en 2017. Mais, il est vrai qu’il a été écrit en ce moment que nous traversons. Plus que le mot identité qui me paraît souvent enfermant, je parlerais de conscience. Avons-nous conscience de ce qu’est être français, héritier d’une histoire singulière qui est la nôtre ? Avons-nous conscience du lien qu’elle a avec l’histoire du catholicisme ? Avons-nous conscience que cela n’est pas qu’un passé mort, mais aussi une chance pour mieux formuler les questions qui s’imposent à nous ?

R&N : Le catholicisme peut-il encore apporter quelque chose à la France ? On peine à y voir s’incarner de nouvelles figures chrétiennes aussi brillantes que celles qui ont fait la France...

François Huguenin : Moins brillantes vraisemblablement, moins visibles certainement. Et pourtant, bien que maintenant minoritaire, le catholicisme est riche. Il est dynamique, laisse progressivement de côté ses complexes grâce à une formidable nouvelle génération, celle des Veilleurs, et demeure pluriel, ce qui est une bénédiction. Je crois qu’il peut apporter beaucoup au débat politique. Comme le disait Benoît XVI dans son discours de Westminster, il peut purifier la raison. Sur de nombreux sujets, il est capable d’apporter une voix unique : bien commun, justice sociale, protection de la vie de la naissance à la mort, écologie, respect des plus fragiles (embryons, vieillards, pauvres, étrangers). Et surtout, parce qu’il est universel, il est capable, comme nous le dit François, de travailler au bien commun de la société et non pas seulement pour le bien de nos chapelles. Tout cela passe sans doute par un travail souvent modeste, parfois décrié. Mais la fécondité ne tardera pas à se manifester.

François Huguenin, Les grandes figures catholiques de France, Perrin, septembre 2016.

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