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Entretien avec Pauline Betton, candidate de la 2e circonscription de Paris

Pauline Betton est candidate de la 2e circonscription de Paris. Elle a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.

R&N : Sous quelle étiquette vous présentez-vous à cette élection législative ?

Pauline Betton : J’ai trente ans et je suis entrée en politique en 2013 lors des manifestations contre la Loi Taubira. Je vivais et travaillais alors à Moscou pour un grand groupe français et j’ai été élue par la suite conseiller consulaire des Français de Russie et de Biélorussie. En vue de la présidentielle, j’ai adhéré à l’initiative « Sens commun » du parti Les Républicains et je me présente aujourd’hui sous la bannière du parti chrétien démocrate de Jean-Frédéric Poisson que j’avais soutenu lors de la primaire de la droite et du centre. Bien que peu enthousiaste à l’idée des primaires qui sont contraires à l’esprit de la Ve République, j’ai voté pour François Fillon au premier tour, au second tour entre le vote blanc, l’abstention ou Marine Le Pen, j’ai choisi de voter pour cette dernière, par défaut.

Aujourd’hui, je considère que la droite est à reconstruire et ne doit pas céder pour cela aux chants des sirènes d’Emmanuel Macron. Il nous faut au contraire prendre à bras le corps toutes les questions qui donnent son sens à la politique et pas uniquement les questions économiques. L’économie est évidemment essentielle, pourtant le destin millénaire d’une nation comme la France ne se limite pas à un catalogue de mesures économiques. C’est ma conviction profonde.

R&N : Nathalie Kosciusko-Morizet est elle aussi candidate dans la 2e circonscription de Paris pour les prochaines élections législatives. En quoi votre candidature se démarque-t-elle de celle de la candidate investie par Les Républicains ?

Pauline Betton : Nathalie Kosciusko-Morizet se présente dans la deuxième circonscription sous les couleurs du parti Les Républicains, elle a soutenu François Fillon comme moi, mais cependant elle a refusé de se prononcer contre la loi Taubira. Elle a même affirmé que la droite au pouvoir ne reviendrait jamais sur ce texte. Pourquoi ? Il n’y a pas de vache sacrée ! C’est donc cette approche des questions sociétales qui me sépare radicalement de Madame Kosciusko-Morizet. Sur ce point nous n’appartenons clairement pas à la même génération. Je souhaite rétablir la filiation homme / femme dans la loi. Je combats tout ce qui conduit à la marchandisation du corps des femmes vers laquelle la loi Taubira tend inexorablement. Je m’opposerai donc à généralisation de la PMA à toutes les femmes ainsi qu’à la GPA.

Par ailleurs, la posture facile de Madame Kosciusko-Morizet – son ADN paraît-il ! – contre un Front National qui n’échappe pas à la tourmente qui frappe aujourd’hui tous les partis politiques me parait totalement hors de saison. Tous les Français doivent pouvoir se parler et se retrouver ensemble. Personne ne doit être exclu du débat au prétexte fallacieux qu’il penserait mal. Madame Kosciusko Morizet et ses amis semblent avoir besoin de s’inventer des adversaires imaginaires pour résoudre leur problème d’identité politique et pouvoir se mettre enfin « en marche ». Vers où ? On ne sait pas…

R&N : Vous avez été pendant près de trois ans conseiller consulaire des Français de Russie et de Biélorussie. Comment analysez-vous la politique étrangère française de ces dernières années, notamment vis à vis de la Russie ? Quelles évolutions diplomatiques préconisez-vous ?

Pauline Betton : Le fait de vivre et de travailler hors de France ouvre à la pensée de vastes horizons. Pour ma part, mon séjour de près de cinq ans en Russie m’a fait réaliser combien j’étais française et ce que je devais au pays de ma naissance. Je me suis trouvée en Russie lors des crises ukrainienne et syrienne et j’ai naturellement cherché à comprendre la politique étrangère de la France et à m’y intéresser. Je suis naturellement attachée à l’indépendance de l’Ukraine avec Kiev pour capitale qui me semble avoir pour vocation profonde depuis plus de 1000 ans à être un pont jeté entre l’Europe et la Russie, un pont que beaucoup de monde hélas s’acharne à détruire… Je me suis résolument opposée aux sanctions européennes contre la Russie car elles sont totalement contre-productives et entravent toute les perspectives d’amélioration et de développement ultérieur de nos relations avec ce pays. Pire, à terme, si nous n’y prenons garde, ces sanctions étendront les conflits existants et conduiront à répandre la guerre sur tout le continent européen. Nous ne ferons jamais fléchir les Russes en prétendant hypocritement leur faire la morale, bien au contraire ! Nous avons certes des différends sérieux avec la Russie, mais aussi de nombreux sujets de convergences qui vont des perspectives immenses de développement économique à la lutte quotidienne contre le terrorisme. Même si la concertation européenne est nécessaire et infiniment souhaitable, je crois néanmoins que la politique étrangère de la France doit se décider en dernier ressort à Paris – dans notre circonscription précisément, à l’Assemblée Nationale – et non pas à Bruxelles ou à Berlin. Je suis très proche de Thierry Mariani, député des Français de l’étranger, qui a soutenu une approche réaliste des conflits en Ukraine et en Syrie. Il s’est notamment courageusement rendu avec deux autres collègues parlementaires, Nicolas Duicq et Jean Lassalle à Damas où ils se sont entretenus avec le Président Bachar el Assad pour voir et comprendre la situation de cet Orient compliqué qui est assez différente, semble-t-il, de ce que nous racontent habituellement les médias. Dans le domaine diplomatique comme ailleurs, il nous faut écarter les approches idéologiques et choisir l’indépendance. Nous en avons les moyens. Je crois que le rôle de la diplomatie française est de parler à tout le monde, même s’il est nécessaire pour cela de s’affranchir parfois de certaines logiques de blocs qui sont celles qui font peser les plus grandes menaces contre la paix.

R&N : Emmanuel Macron ne souhaite pas revenir sur la loi Taubira, s’est engagé à ouvrir la PMA aux couples de femmes ainsi qu’aux femmes célibataires et souhaite la reconnaissance des GPA effectuées à l’étranger. Comment la droite peut-elle dans le prochain quinquennat s’opposer à ces nouvelles attaques contre la famille et la filiation ?

Pauline Betton : Voilà essentiellement pourquoi en conscience au second tour, je n’ai pas voté pour lui. Cependant, vox populi, vox dei, c’est la loi du suffrage universel. Emmanuel Macron a été élu, il est aujourd’hui Président de la République, chef de l’État, chef des armées, garant des traités et de l’intégrité du territoire et il l’est pour tous les Français et donc pour nous aussi. Sa visite à nos troupes au Mali semble montrer qu’il a déjà pris la mesure de la lourde charge qui pèse désormais sur ses épaules. Cependant, c’est au gouvernement qu’il appartiendra à l’issue des législatives de mettre en œuvre la future politique de la France. Pour s’opposer à ces nouvelles attaques à venir contre la famille, il faut que la droite, et je dirai plus largement les gens de bonne volonté, aident les politiques à avoir les idées claires sur ces sujets qui sont décisifs pour l’avenir de la nation et de l’humanité au sens le plus large. C’est à cela que je m’emploierai à la tribune de l’Assemblée Nationale si je suis élue en juin prochain.

R&N : L’école de la république est critiquée de toutes parts et a de plus en plus de mal à transmettre. Quelles mesures proposez-vous pour en refaire un lieu d’instruction ?

Pauline Betton : L’école de la République est le bien commun précieux de tous les Français même s’il semble qu’elle soit devenue au fil des années le terrain idéologique d’expérimentations pédagogiques douteuses dont les enfants sont les cobayes. Ces « expériences » doivent tout simplement cesser. L’école publique, laïque, gratuite et obligatoire de Jules Ferry avant d’être l’« Éducation nationale » fut à l’origine l’« Instruction publique », ce qui passait par l’apprentissage et la nécessaire transmission du savoir dont la génération qui s’apprête à passer la main aujourd’hui s’est volontairement détournée. En effet, comme l’analyse et l’exprime François-Xavier Bellamy dans son ouvrage Les Déshérités, nous sommes face à un phénomène unique où une génération entière, aussi bien l’Éducation Nationale que les familles, a renoncé à transmettre. Le but de l’école au XXIe siècle reste « d’élever » les enfants qui lui sont confiés surtout ceux d’origine plus modeste. Donc plutôt que de parler d’éducation qui doit demeurer normalement la responsabilité des parents et des familles avant celle de la nation où de l’État, je veux une école qui instruit les élèves dans toutes les matières en langue française, et ce dans une totale liberté de conscience et de liberté religieuse. Ni hargneuse, ni vexatoire, la laïcité républicaine que j’imagine est bienveillante. A priori, j’ai davantage tendance à faire confiance au nouveau ministre de l’Éducation Nationale qu’à son prédécesseur socialiste. Attendons de voir !

R&N : Les écoles libres se développent de plus en plus. Faut-il encourager ces établissements, souvent plus souples dans leurs méthodes d’enseignement et plus libres de leurs programmes ?

Oui, tout ce qui va dans le sens de la liberté doit être encouragé, dans le domaine de l’enseignement comme ailleurs. Si les écoles libres hors contrat se développent, c’est qu’elles répondent à un besoin croissant des familles et qu’elles rendent des services. Il faut alléger donc au maximum les entraves administratives et faire confiance aux initiatives privées et aux parents.

Les écoles privées ne font pas concurrence à l’école publique, elles sont une richesse supplémentaire dont on aurait tort de se priver.

R&N : De l’immigration ou de l’économie, lequel de ces deux thèmes vous paraît-il être le plus prioritaire pour ces cinq années à venir ?

Pauline Betton : L’immigration et l’économie sont deux thèmes assez liés. Tout d’abord, la politique migratoire de la France ne doit pas être dictée par l’Allemagne qui a ouvert unilatéralement ses frontières en 2015 à plus d’un million de migrants sans se soucier du reste de l’Europe et remettant ainsi en question la pertinence de l’espace de Schengen.

L’Allemagne qui meurt démographiquement a besoin de main d’œuvre bon marché pour faire tourner son économie demain, nous dit-on… Mais cet afflux migratoire sauvage et incontrôlé nous met face à une invasion qui dépasse aujourd’hui nos capacités. Il faut avoir la sagesse de reconnaître que nous ne pouvons pas accueillir davantage de monde. Bien sûr, les malheureux qui parviennent malgré tout à atteindre notre sol ne sont pas armés pour la plupart et doivent être traités avec humanité mais ils n’ont pas vocation à rester. Les filières clandestines criminelles qui les acheminent par voie maritime et terrestre doivent être traitées avec la même rigueur extrême que celle que nous appliquons aux organisations terroristes. Pour autant, cela ne sera sans doute pas suffisant pour tarir le flux tant que règneront la guerre et le chaos en Afrique subsaharienne et au Moyen-Orient. Les frontières de Schengen doivent à terme devenir hermétiques, ou alors nous n’empêcherons pas le retour aux frontières nationales qui s’imposera de lui même.

R&N : Un islam de France est-il possible et souhaitable ? Si oui, comment ?

Pauline Betton : On peut parler plutôt je pense de l’islam en France, à travers la présence de nombreuses communautés musulmanes différentes, à travers les Français musulmans de plus en plus visibles, à travers des musulmans étrangers qui vivent sur notre sol. Ce sont des faits incontestables, mais l’islam de France, je ne vois pas bien ce que cela signifie. L’islam est une religion universelle qui ne se restreint pas au territoire limité de la France. Aussi un islam de France n’aurait qu’un lointain rapport avec l’islam. Cette idée me semble être une sorte de mirage laïque né de l’inquiétude grandissante du ministère de l’Intérieur et des cultes face à une religion conquérante et dynamique dont la présence est de plus en plus visible dans l’espace public. Cela ressemble à une tentative d’amadouer l’islam pour le rendre soluble dans la République en essayant de figer une relation institutionnelle dans le style de celle que l’on s’efforce d’entretenir depuis un siècle dans le cadre de la loi de 1905 avec l’Église catholique de France avec plus ou moins de cordialité. Prise entre le désir et la réalité, la République peine comme toujours à appréhender les faits religieux qui évoluent sans cesse. Peut-être faut-il parler de ces choses avec des musulmans autour d’un thé à la Grande Mosquée de Paris, c’est vraiment un très bel endroit de notre circonscription que je vous recommande.

R&N : Faut-il revenir sur la loi El Khomri ?

Pauline Betton : On peut revenir en principe sur toutes les lois, la question est de savoir pour quoi faire. Il faut du sens et un projet pour éviter une énième agitation et un énième échec. Jean-Frédéric Poisson, figurant parmi les 11 députés à avoir été chef d’entreprise, a débattu pendant 300 heures le texte de loi et a voté contre. Le texte a finalement été imposé par la force via le 49.3 dans le contexte de tensions que l’on connaît. L’idée de simplifier le code du travail est bonne et ce travail doit être effectué par le législateur. Mais ce texte avant tout est directement la mise en œuvre de la politique de la Commission Européenne qui vise à déréguler le cadre du travail des États-membres et organise une concurrence déloyale qui a de lourdes conséquences sociales pour les entreprises. Oui, les entreprises doivent être allégées du poids des charges et de la bureaucratie qui pèsent sur elles mais pas au détriment de notre modèle social patiemment conquis depuis le Conseil National de la Résistance. Pour le législateur, le travail doit être pensé comme une valeur qui contribue au Bien commun et pas seulement comme une variable d’ajustement de la rentabilité des entreprises. Le travail contribue en effet à l’économie et à la prospérité du pays, c’est essentiel. Le législateur doit se soucier alors de créer les conditions juridiques et fiscales pour que les entreprises fassent grossir leurs carnets de commandes et donc génèrent de l’emploi. Le législateur n’est ni un entrepreneur, ni un comptable, il est là pour fixer le cadre en accord avec les acteurs concernés avec un souci d’équité.

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