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Entretien avec Cécile Edel, présidente de la Marche pour la Vie

Cécile Edel est présidente de l’association Choisir La Vie et présidente de la Marche pour la Vie qui manifestera le 25 janvier à Paris pour défendre la vie. Elle a bien voulu répondre aux questions du Rouge & le Noir.

R&N : La Marche Pour La Vie existe depuis 2005. Quel bilan tirez-vous de ces dix années de mobilisation ?

Cécile Edel : La Marche pour la vie est née il y a dix ans de la volonté de plusieurs associations, dont Choisir la Vie, aujourd’hui co-organisatrice de la Marche pour la Vie du 25 janvier, de se réunir afin de commémorer le triste anniversaire des 30 ans de la loi Veil et dénoncer la réalité de l’avortement et ses conséquences sur l’enfant, première victime, et la femme. Devant le succès de la manifestation de 2005, nous avons décidé de pérenniser cette marche, chaque année, au mois de janvier, à proximité immédiate de la date anniversaire de loi Veil, du 17 janvier. Cette marche est le fruit de la persévérance, de la fidélité et de l’espérance.

  • Persévérance : la cause du respect de la vie et plus spécifiquement la question de l’avortement apparaissent, pour une majorité de personnes, comme surannée, dépassée, perdue d’avance. Pourtant, l’avortement supprime chaque année plus de 220 000 enfants à naître. Les langues commencent à se délier et les femmes ayant subi un avortement osent peu à peu affirmer qu’elles en conservent un traumatisme, une blessure profonde tant physique que psychologique. Alors que d’autres causes obtiennent un retentissement médiatique certain, les opposants à l’avortement, eux, ne bénéficient pas ce traitement là...Nous n’avons pas d’autres choix, pour faire entendre la voix des sans-voix, que de descendre dans la rue, même dans le froid d’un mois de janvier, et en nombre croissant. Nous sommes là pour porter témoignage et faire notre devoir. Ne devrons-nous pas rendre des comptes aux générations futures qui nous demanderons ce que nous avons fait de nos frères ?
  • Fidélité : la tentation est grande pour certains, de vouloir changer les axes de mobilisation de la marche pour la Vie en fonction de l’actualité, estimant que la question de l’avortement ne mobilise plus autant que d’autres sujets plus brulants. Il y a deux ans, en même temps que la MPLV, nous devions affronter le vote de la loi Taubira et nous avions alors renoncé à la marche pour la vie que nous préparions pourtant depuis des mois, au nom de l’unité, afin de permettre à la Manif pour tous de connaître le succès que nous connaissons tous. Il nous semble indispensable aujourd’hui de rester fidèles au mot d’ordre de la Marche pour la Vie et de continuer à oser demander l’abrogation de la loi Veil et dénoncer l’avortement. C’est l’identité même de la Marche pour la Vie.
  • Espérance : comment ne pas être dans l’espérance, malgré l’autisme de nos gouvernants lorsque nous voyons, chaque année, grossir les rangs des marcheurs, s’engager des jeunes, naître des initiatives locales d’aides aux femmes enceintes en difficultés … ? Car les fruits de la marche pour la Vie c’est aussi cela : dynamiser tout le mouvement pro-vie !

R&N : Quels seront les grands axes de cette Marche de 2015 ? Pourquoi manifester ?

Cécile Edel : Depuis dix ans, la Marche pour la vie s’est imposée comme la grande mobilisation annuelle de tous ceux qui entendent clamer haut et fort leur opposition à l’avortement, à en dénoncer la réalité et les conséquences tragiques sur l’enfant, première victime, et la femme. Chaque année, plusieurs dizaines de milliers de personnes osent demander l’abrogation de la loi Veil qui, rappelons-le, tue encore chaque année plus de 220 000 enfants à naître par l’avortement. Cette année, nous « fêterons » (tragiquement !) les 40 ans de la loi Veil et Choisir la Vie, co-organisatrice de la marche, ne saurait passer sous silence ce triste anniversaire. Bien sûr, cette année, nous ne pouvons aussi ignorer l’enjeu majeur de société qui va se jouer dans les mois à venir, notamment le 21 janvier, autour des débats relatifs au projet de loi sur la fin de vie et l’euthanasie. Je souhaite que le caractère unique de cette marche soit de faire le lien constant entre la loi sur l’avortement, boîte de Pandore qui a ouvert le « droit de tuer », sous couvert d’exception, et les dérives euthanasiques qui menacent la France, « droit de tuer » cette fois-ci sous couvert d’une fausse charité.

Il est indispensable que l’embryon soit encore cette année au cœur de la protection revendiquée lors de la Marche pour la Vie. Lors de cette marche, je souhaite que nous réaffirmions notre attachement au respect de la vie humaine, de la conception à la mort naturelle, notre opposition à l’avortement et à l’euthanasie. Pour moi, le mot d’ordre doit être « Parce que tuer ne sera jamais un droit : IVG, euthanasie, stop aux dérives éthiques ! »

R&N : La Marche pour la vie affirme « son attachement au respect de la vie humaine, de la conception à la mort naturelle » ? L’inquiétude est grande concernant une proposition de loi pour légaliser l’euthanasie cette année. Que sait-on sur ce projet de loi ?

Cécile Edel : Dans leur rapport remis au premier ministre début décembre, les deux parlementaires Alain Claeys (PS) et Jean Leonetti (UMP), chargés de proposer des pistes pour améliorer la loi sur la fin de vie, ne parlent plus d’euthanasie mais de la possibilité d’accorder aux patients l’accès à « une sédation profonde et terminale jusqu’au décès ». Ne nous y trompons pas : nous assistons là encore au même procédé que pour l’avortement qui consiste à changer l’appellation pour tenter de masquer la réalité de l’acte ! Ainsi en a-t-il été de l’avortement devenu « IMG ou IVG, interruption médicale ou interruption volontaire de grossesse », appellation bien trompeuse car l’avortement n’interrompt pas une vie comme s’il était possible de la reprendre mais met fin définitivement à une vie humaine !

De la même manière, le terme de « sédation profonde et terminale » constitue bel et bien un acte euthanasique puisqu’il s’agit d’une volonté délibérée de provoquer la mort plus rapidement en recourant à des doses excessives de sédatifs.

En instaurant le caractère contraignant des directives anticipées par lesquelles le patient fera connaître son intention, le projet de loi vient rompre la confiance entre le médecin et son patient , le médecin se voyant contraint d’agir contre l’intérêt de son patient, en dehors de toute déontologie et en violation totale du serment d’Hippocrate. L’argument selon lequel ce projet de loi viendrait répondre à la volonté de soulager les patients ne tient pas la route non plus : en effet, la médecine sait aujourd’hui parfaitement soulager la douleur, tant physique que psychologique au travers des soins palliatifs qui ont largement fait leurs preuves. Cette performance jamais atteinte dans l’histoire de l’humanité rend passéiste et arriérée la tentation de l’euthanasie.

R&N : Un autre grand sujet d’inquiétude est j’imagine la volonté du gouvernement (déclaration de Marisol Touraine du 21 novembre) de faire en janvier 2015 une loi facilitant encore plus l’avortement pour "fêter" les 40 ans de la loi Veil ?

Cécile Edel : La ministre des Affaires sociales, de la Santé et des Droits des femmes a annoncé dans la presse qu’elle présenterait à la mi-janvier 2015 « un plan cohérent pour améliorer l’accès à l’IVG sur l’ensemble du territoire ». Elle a rappelé sa ferme résolution à garantir que « les femmes soient toutes prises en charge dans les mêmes conditions quel que soit l’endroit du territoire ». Fustigeant les médecins qui refusent encore de pratiquer des avortements tardifs ou font appel à l’objection de conscience, Marisol Touraine fera certainement tout pour entraver ce droit à l’objection de conscience des professionnels médicaux et il serait question, d’après son entourage proche, qu’elle élargisse le champ de délivrance des produits abortifs aux sages-femmes. La question de l’avortement reste donc plus que jamais un sujet d’actualité et d’inquiétude !

Après avoir rappelé que l’IVG est "un droit fondamental qu’il faut célébrer et réaffirmer", elle a ajouté "On a vu, avec ce qui a failli se passer en Espagne, que les reculs sont toujours possibles (...). En France l’écrasante majorité est attachée à ce droit. Mais il faut être vigilant parce que la parole des ultras se libère". Oui, Madame Touraine, la parole des « ultras » comme vous les appelez est loin de s’éteindre ! Puissions-nous être encore très nombreux à vous la faire entendre le 25 janvier prochain !

R&N : On a pu voir lors de la campagne des européennes (proposition du parti socialiste) et précédemment en décembre 2013 (texte proposant de faire de l’avortement « un droit européen ») la question que l’avortement dépasse le territoire français et est remis en cause dans toute l’Europe. Quels sont vos liens et partenariat avec d’autres associations étrangers de défense de la vie ? Des actions à l’échelle européenne ?

Cécile Edel : C’est une grande joie pour nous de voir que la Marche pour la Vie, outre le fait qu’elle a initié une véritable « culture de la manifestation » depuis 10 ans et a permis le « réveil des consciences » et le succès des diverses mobilisations autour des sujets connexes relatifs à la défense de la famille, est aussi à l’origine d’un grand nombre de marches pour la vie européennes (notamment en Allemagne, Espagne et Italie). Depuis 10 ans, à chaque marche pour la Vie, nous invitons de nombreuses délégations étrangères représentant les mouvements pro-vie européens. Très souvent, ces représentants s’adressent aux manifestants afin de leur dépeindre la réalité de l’avortement dans leur pays ; de notre côté, nous sommes présents aux marches pour la vie étrangères au sein desquelles nous envoyons une délégation de la marche pour la vie française. Ce sont donc des rapports étroits d’amitié et de soutien que nous entretenons avec les associations et mouvements étrangers de défense de la Vie. Nous participons à de nombreuses rencontres tel que le Colloque pour la Vie organisé par l’Académie diocésaine pour la vie à Biarritz lors duquel j’étais présente en qualité de présidente de CHOISIR LA VIE et organisatrice de la Marche pour la Vie de Paris.

R&N : Estimez-vous réalisable la fin de l’avortement, et si oui, sous quelles modalités et avec quel calendrier ? Suppression du remboursement, limitations progressives, prévention accrue et, in fine, interdiction voire pénalisation ?

Cécile Edel : Bien sûr, nous sommes bien conscients que la Marche pour la Vie ne pourra, en un jour, voir la victoire de la culture de Vie sur la culture de Mort. Il serait ainsi illusoire, utopique, de penser que l’abrogation de la loi sur l’avortement est pour demain. Cependant, les manifestants viennent à Paris pour rendre témoignage à cette vérité qu’aucun scientifique ne peut contester et que même nos adversaires commencent à reconnaître (faisant primer la liberté de la femme à disposer de son corps sur celle de l’enfant à vivre ) : l’embryon dans le sein de sa mère est un enfant. Il doit être aimé et protégé dès sa conception. Par conséquent, c’est notre devoir que de clamer avec clarté et courage que les lois qui ont légalisé l’avortement contredisent la Loi naturelle et les Droits de l’homme. Nous voulons être les témoins du caractère sacré de toute vie humaine en demandant l’abrogation des Lois qui ont légalisé l’avortement et dont les conséquences sont désastreuses. Comment ne pas implorer la fin de l’avortement par l’abrogation de la loi alors qu’ il manque aujourd’hui à la France près de huit millions d’enfants, légalement avortés depuis 1975 ? Nous parlons beaucoup de la crise économique mondiale. Mais cette crise, avant d’être économique, est une crise éthique, morale et spirituelle. L’avortement légalisé est l’une des plus graves crises morales que le monde n’ait jamais connue !

Alors, nous savons que l’abrogation se fera par étapes, à travers des hommes et des femmes politiques courageux qui oseront inverser la tendance et proposer des lois en faveur de l’accueil de la vie. Chacun peut et doit être acteur de ce mouvement vers l’abrogation, dans son quotidien, en témoignant de la valeur sacrée de toute vie humaine, en refusant la « culture du déchet » au sein de laquelle des hommes sont jugés subjectivement indignes de venir au monde ou de poursuivre leur vie parce que diminués par la maladie, le handicap, ou plus généralement « non programmés » et victimes de l’avortement et peut-être bientôt de l’euthanasie.

R&N : L’initiative One Of Us avait été rejetée en mai 2014 par Commission Européenne. Quels sont les moyens d’action (qu’ils soient collectifs ou individuels) auprès du parlement européen ? Les défenseurs de la vie ne sont-ils pas finalement impuissants face à Bruxelles ?

Cécile Edel : Gregor Puppinck, Président du Centre européen pour le droit et la justice (Fondée en 1998, l’ECLJ est une ONG internationale, spécialisée dans la défense juridique des droits de l’homme et en particulier de la liberté religieuse. Basée à Strasbourg, cette organisation travaille auprès du Conseil de l’Europe et de la Cour Européenne des droits de l’homme, elle détient un statut consultatif spécial auprès des Nations Unies depuis 2007), docteur en droit et expert auprès du parlement européen nous a apporté les éléments suivants : un recours auprès du Tribunal de l’Union Européenne a été introduit contre la décision de la Commission. Celui-ci est en cours. D’autre part, un particulier a introduit une procédure de pétition auprès du Parlement européen.

Le 19 novembre, veille de la journée internationale des droits de l’enfant, le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a fait savoir qu’il estime que la pratique de l’infanticide néonatal ne relève pas de sa compétence et refuse de rencontrer des ONG désireuses de l’informer à ce sujet. Par un courrier du 1er novembre, quatre organisations non gouvernementales (le Bureau international catholique de l’enfance, l’Union mondiale des organisations féminines catholiques, la Fédération des associations familiales catholiques en Europe et le Centre européen pour le droit et la justice) avaient demandé à le rencontrer pour lui remettre un dossier exposant la réalité de ces infanticides néonataux et le sort des enfants nés vivants après une tentative d’avortement. Chaque année en effet, de nombreux enfants naissent vivants lors d’avortements, en particulier quand ils sont pratiqués au-delà de la 20e semaine de grossesse. Mais le Commissaire a refusé de recevoir ces ONG, estimant que sa compétence « ne couvre pas les questions soulevées ».

Le refus du Commissaire aux droits de l’homme et l’incapacité du Comité des Ministres à affirmer que tous les nouveau-nés ont le droit à la vie et aux soins de santé manifestent un consentement tacite à l’infanticide et aux traitements inhumains.

Reste encore l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe, qui pourrait peut-être avoir le courage d’affronter ce sujet et de suppléer aux manquements du Commissaire et du Comité des Ministres. A cette fin, le centre européen pour le droit et la justice a saisi officiellement l’Assemblée parlementaire, conformément à la procédure de pétition prévue à l’article 65 du règlement de l’Assemblée. Cette procédure permet à tout citoyen de demander au Président et au Bureau de l’Assemblée d’inscrire un sujet à l’ordre du jour.

Sur le terrain européen, nous ne sommes pas impuissants, mais encore faibles. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que sur le terrain de la vérité, nous sommes plus forts que nos opposants !

R&N : Nombre de nos lecteurs seront présents en janvier 2015, comment peuvent-ils vous aider à faire de cette marche un succès ?

Cécile Edel : Une action très simple et à la portée des jeunes lecteurs est une action via les réseaux sociaux pour appeler à la mobilisation. N’hésitez pas à aimer la page facebook de la Marche pour la Vie, à tweeter et retweeter sur la Marche en rappelant la date. Il est toujours possible également de rejoindre les bénévoles en se faisant connaître via le site www.enmarchepourlavie.fr rubrique « aider », de commander des tracts etc…

Mais chacun d’entre nous est aussi appelé à être témoin du caractère sacré de toute vie humaine dans son quotidien à travers la force du témoignage de sa vie et de son engagement pour la défense de la vie. Le combat pour le respect de la Vie ne s’arrête pas à une journée par an ; toute l’année, les associations œuvrent pour combattre la culture de mort, aider les femmes enceintes en difficulté (comme par exemple au sein de Choisir La Vie, notre antenne d’écoute recrute des écoutantes).

Rendez-vous le 25 janvier à Paris !

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