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Dominique Jamet (DLR) répond au R&N : souverainisme ou fédéralisme ? (II)

Cet entretien avec Dominique Jamet a été effectué en quatre parties. La deuxième porte sur le thème "Souverainisme ou fédéralisme : comment diriger l’Europe ?". Dominique Jamet est journaliste, écrivain, fondateur du site Boulevard Voltaire et tête de liste de Debout la République en Île-de-France pour les élections européennes de mai 2014.

Carl Moy-Ruifey : Parmi les catholiques, il y a parfois cette nostalgie du Moyen-Âge, de la République chrétienne universelle, de Charles Quint qui unit sous une couronne l’Europe. Les formes sont différentes, mais il demeure un héritage démocrate-chrétien qui a été l’origine d’une bonne partie du projet européen. On a aussi des catholiques qui sont morts dans les tranchées de 1914-1918, le drapeau français à la main. On a des catholiques qui ont été nationalistes. Vous connaissez ces vieux cantiques, « Catholiques et Français toujours », « Sauvons Rome et la France au nom du Sacré-Cœur » … Pouvez-vous nous expliquer votre vision de la souveraineté ? Coopération saine entre des Etats qui partagent une culture commune ? Un repli sur soi ?

Dominique Jamet : Je vais prendre une comparaison pour commencer. Est-ce que vous êtes pour le libre-échange, est-ce que vous être pour le protectionnisme ? Est-ce que vous êtes pour le scrutin majoritaire, est-ce que vous êtes pour le scrutin proportionnel ? Cela dépend ! Les libre-échangistes forcenés qui disent qu’il n’y a pas de possibilité d’organiser les rapports économiques et mondiaux si on n’adhère pas au principe de la libre-circulation des biens et des personnes, très bien ! Les gens qui disent qu’il ne fait pas de mal de se protéger de la concurrence déloyale, eh bien ils n’ont pas tort ! De la même manière, le scrutin majoritaire, on connaît ses vertus. Il dégage des majorités et permet la stabilité. Cela dit, il est défavorable à la représentation exacte et juste des opinions.

Lorsqu’à la suite de la guerre, et dans un esprit de paix, six gouvernements ont fondé la Communauté européenne du charbon et de l’acier (CECA), c’était un premier pas, d’apparence le plus simple, vers la construction d’une Union européenne. Dans l’esprit de ces fondateurs qui étaient tous démocrates-chrétiens et communiaient dans la même crainte du communisme, c’était un premier pas qui devait être suivi par d’autres, vers une Europe fédérale. Il fallait passer à une diplomatie, à une défense communes, avant, peut-être, des aventures économiques communes. Ces six pays étaient du même niveau de développement, ils avaient à peu près les mêmes conceptions dans le développement de la société. Ce qui est tout de même paradoxal, c’est qu’en matière diplomatique et de défense, nous sommes plutôt moins avancés qu’aux origines.

L’Europe a pris un changement déviant lorsqu’elle s’est construite autour d’une technocratie commune, de directives prises par des gens qui n’avaient pas de légitimité pour en élaborer. L’élément final a été la monnaie commune, qui aurait dû être un couronnement, et non un pilier. L’idée d’une Europe fédérale, à l’image des Etats-Unis d’Amérique, c’est une idée exaltante.

Cela n’a rien à voir avec l’Europe actuelle. L’Europe actuelle fédère 28 Etats dont les intérêts et les lois sociales, fiscales, comportent tellement de différences, qu’il est impossible de faire fonctionner l’édifice. Les pays de l’est, et dans une moindre mesure l’Espagne et le Portugal ne sont pas sur un pied d’égalité avec l’Allemagne ou l’Autriche. La crise a été une véritable épreuve. Lorsque les deux Allemagne se sont réunifiées, celle de l’ouest a accepté pendant une vingtaine d’années un fardeau extrêmement lourd pour que l’Allemagne de l’est se hisse à son rang. Pourquoi ? Parce que c’est le même pays. Les Allemands l’ont accepté sans discuter. Or, il n’y a pas de solidarité entre les pays européens. L’Allemagne n’a pas développé les mêmes sentiments avec la Grèce. Le temps n’est donc pas venu pour un système fédéral.
Il y a 65 ans, avec des bases idéologiques et des arguments de grand non-sens, on a pu croire que l’heure de l’Europe fédérale était venue. Cette heure n’a pas encore sonné. Tous les pays qui sont adhérents de l’Union européenne ont consenti de grands abandons de souveraineté ; et on constate qu’ils ont abouti à ce que les Etats ne soient plus maîtres de leurs politiques, qu’ils se voient imposer des jugements, des règlements. Or, la contrepartie n’est pas venue. Cela explique le réveil du souverainisme.

L’immense majorité des analyses montre que l’euro fort, la Banque centrale européenne, que notre incapacité à maîtriser les flux monétaires, font que nous ne sommes plus indépendants et maîtres de nos destinées. Nous ne contrôlons plus rien. Sur le volet administratif, nous ne sommes plus maîtres de nos frontières. Face à la crise, la France, l’Italie auraient besoin d’un euro faible, et cela leur est interdit.
Il y a un parti, le Front national, qui est un parti de fermeture. Et, entre parenthèses, pourquoi pas ! Je suis pour une grande diversité des opinions. Quoiqu’il en dise, il redoute l’étranger, l’altération de la pureté et de la spécificité françaises. C’est excessif. En revanche, que l’on considère à l’heure actuelle que ce n’est pas le moment d’ouvrir, cela tombe sous le sens. Si un pays, ce qui est le cas de la France, n’est pas capable de fournir de l’emploi, du logement, de l’intégration à des millions de personnes qui sont sur son sol, ce n’est pas le moment d’en faire venir des centaines de milliers, des millions. L’idée du contrôle des frontières de l’Europe ou de la France n’est pas une idée raciste ou xénophobe, c’est une idée de bon sens. Si la croissance revenait, comme en Allemagne qui fait appel à un nombre considérable d’étrangers, nous pourrions faire de même. La France ne souffre pas d’une démographie malade, elle n’a pas d’emplois à offrir, elle n’est pas en mesure d’accueillir 200 000 étrangers qui viennent chaque année de façon légale.

Carl Moy-Ruifey : On a tout à l’heure brièvement parlé du UKIP. Pour en revenir à des questions plus politiques, avec quelles forces comptez-vous vous allier au Parlement européen ? Si vous êtes élu, vous engagez-vous à être un député présent, actif ? Pensez-vous que le Parlement européen est un lieu important où il faut être présent ?

Dominique Jamet : Si je me présente, et si les candidats DLR se présentent, ce n’est pas pour être absent s’ils sont élus. Il n’y a que deux attitudes possibles selon moi : soit on n’a pas le temps et on démissionne, soit on le fait à temps complet. Les élections du 25 mai prochain vont peut-être se traduire par une modification sensible des équilibres européens. Les socialistes et démocrates-chrétiens sont pour l’heure hégémoniques et alternent. Les forces de gauche ou de droite hostiles à cette hégémonie sont pour l’heure insuffisantes. Mais cela devrait changer. Au lieu de 110 ou 120 députés eurosceptiques, on pourrait passer à 180-190. Cela modifierait les équilibres. Quand un message électoral est fort, on en tient compte.

Ce qui est possible et souhaitable, c’est que les forces euro-critiques s’organisent. Il y a deux projets à l’heure actuelle : celui du Front national et celui de Debout la République. Il est frappant de constater que les alliés du Front national seraient le Vlaams Belang, Flamands séparatistes, la Ligue du Nord, qui, au nom de l’égoïsme sacré des riches contre les attentes des pauvres veut l’indépendance des provinces septentrionales, et le FPÖ de feu Jörg Haider. Pour notre part et à l’heure actuelle, il y a deux partis dont nous sommes proches : le UKIP et Alternative für Deustchland. Il y aura certainement d’autres partis grecs, scandinaves ou polonais avec lesquels nous pourrons faire alliance. Le point commun entre les deux groupes qui se constitueront c’est qu’ils sont d’accord pour faire en sorte de renégocier les traités.

On ne peut pas dire que le PS et l’UMP soient très engagés dans la campagne. Sur le plan tactique, ils tentent de la réduire au maximum. Et ceux-là s’apprêtent à voter pour Martin Schultz et Jean-Claude Juncker qui sont des hiérarques de l’Union européenne, et pas des réformateurs. Alors que la campagne n’a pas commencé, on continue les négociations du grand marché transatlantique de façon quasi-clandestine. C’est l’idéologie ultra-libérale de la commission et de la majorité sociale-libérale du Parlement européen. Les mêmes qui ont fait de l’Europe une zone de libre-échange dont les uns profitent et les autres pâtissent s’apprêtent à créer un gros choc commercial et économique en nous confrontant aux Etats-Unis qui sont en meilleure forme que nous. Je ne crois pas que les socialistes ou les libéraux au pouvoir aient l’intention de changer.

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