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Axel Rokvam : « Le vrai combat n’est pas entre Nuit Debout et les Veilleurs »

Que s’est-il passé quand vous êtes arrivés sur la place de la République ?

Nous avons été chassés par la commission « Accueil et sérénité », en fait par les responsables de Nuit Debout, même s’ils refusaient d’être considérés comme « responsables ».
Nous avons été physiquement empêchés de faire la veillée sur la place, donc nous sommes allés quai de Valmy.

Pour connaître le déroulement complet de cette soirée mouvementée, vous pouvez consulter l’article suivant : Les Veilleurs et Nuit Debout : récit d’une soirée mouvementée.

Savez-vous combien de personnes ont été blessées quand la Veillée a été attaquée ?

Les nouvelles arrivent au compte-goutte. Il y a cinq blessés « ouverts » pour le moment... Ils ont frappé indistinctement les hommes, les femmes, les personnes âgées ou handicapés...

Est-ce que vous vous attendiez à une telle violence dans la réaction de Nuit Debout ?

Non, pas à ce point. J’ai vu une matraque, un poing américain, des barres de fer. Un homme au moins parmi les Veilleurs a été frappé à coups de barres de fer, un autre assommé de dos par un sac rempli, semble-t-il, de bouteilles en verre.
Nous n’avons à nous plaindre de rien, et nous n’allons pas lâcher ce qui justifie notre présence, nous voulons rendre continuellement témoignage à la vérité. Le vrai combat n’est pas entre Nuit Debout et les Veilleurs.

Est-ce que vous pensez engager des poursuites contre vos agresseurs ?

Si c’est le cas, elles ne seront pas médiatisées, et elles seront individuelles. Les Veilleurs sont des adultes libres et heureux de venir veiller, ce sont aussi des passants qui s’arrêtent une dizaine de minutes, dont certains ont aussi été frappés.

Finalement, vous ne vous considérez pas comme des opposants politiques de Nuit Debout.

Notre finalité, c’est de sortir du matérialisme, de l’individualisme, du relativisme, bref, des idéologies qui rongent notre humanité. Grâce à cette veillée, de nombreuses personnes qui vont à Nuit Debout voient désormais que le mouvement des Veilleurs n’est pas un mouvement partisan, qu’il ne leur fait pas « concurrence » comme entre des entreprises qui se partageraient un marché, qu’il ne combat pas d’abord pour des espaces, mais qu’il entend réveiller les consciences.
S’il existe une dimension politique dans les veillées, c’est dans le sens profond de la politique. Mais ça, tous ne voulaient pas l’entendre. Ce n’était pas une raison pour ne pas prendre la peine de le dire. La Place de la République, précisément, est délaissée par ceux qui ont le devoir de construire la chose publique. On sentait chez ces personnes parfois très jeunes une solitude profonde. Si certains en viennent aux mains, il faut les en empêcher en comprenant comment ils ont altéré leur qualité d’être de relation, comment ils adhèrent aussi facilement à des pensées qui engendrent une telle violence idéologique et physique. On pense seul et on vit seul quand on n’a pas découvert qu’on est aimé et écouté. Il ne faut pas se laisser confisquer la recherche du bien commun par des personnes qui ne regardent le monde que comme un jeu complexe de rapports de forces.

Avec le recul, que pensez-vous de la réaction de Nuit Debout à l’encontre de la veillée ?

Ce qui m’a le plus dérangé, c’est qu’il y avait des responsables gantés et cagoulés de Nuit Debout parmi nos agresseurs.

Des membres de la commission « Accueil et sérénité » ?

Oui, les mêmes qui disaient au début : « Nous ne pourrons pas empêcher les débordements. » en étaient peu après les auteurs.

Pensez-vous qu’il soit encore possible de dialoguer avec les militants de Nuit Debout ?

Oui, et j’ai plusieurs raisons de le penser. Hier, ceux qui ont cru avoir imposé leur loi sur leur territoire l’ont perdu sous leurs pieds, ou plutôt dans leurs esprits. Par exemple, certains se sont battus entre eux : ceux qui voulaient nous chasser contre ceux qui rejetaient cette violence. Il faudrait que dans nos vies nous agissions tous comme ceux qui ont voulu, contre leurs amis, que la veillée puisse se tenir.
C’est pourquoi je dis que cette logique d’occupation de l’espace est mortifère, sinistre : ils occupent une place mais ils ne l’habitent pas. Ceux qui nous ont frappés hier se sont fait plus de mal qu’ils ne nous en ont fait : il faut donc les en empêcher en dévoilant l’absurdité de leur manière de « résister ».
Beaucoup d’entre eux ont été interpellés, en particulier parmi les personnes de Nuit Debout qui ne sont pas venues nous chasser, par la force de notre absence de violence. Ceux-là, nous les reverrons. Ils cherchent une action dont le fruit serait la paix et la joie de l’acteur lui-même. Un mouvement qui n’est pas capable de surmonter le désespoir, c’est-à-dire d’entrer dans l’Espérance, est voué à disparaître. Depuis plus de trois ans, nous sommes présents, au sein d’une petite cinquantaine de veillées par mois en France.

Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Vu les conversations que j’ai depuis hier, je sens fortement que les Veilleurs en sortent raffermis dans leur espérance, et ceux qui nous ont agressé en sortent probablement affaiblis dans leur idéologie.

J’ai une seconde remarque à faire : pour qu’il y ait une rencontre, il faut qu’il y ait une écoute. Hier soir, nous n’avons certes pas réussi à créer les conditions d’une écoute de ce que nous disions, mais ce que nous avons fait est une parole en soi. Ce nous faisons parle toujours plus que ce que nous disons, et dans les deux cas, nous sommes incapable d’en juger les fruits. Aujourd’hui, nous ne nous plaignons de rien, car nous avons agi librement, c’est-à-dire gratuitement.

Entretien réalisé par Guillemette Pâris pour le Rouge & le Noir.

Illustration : image TV Libertés

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