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Donner à la quête avec son smartphone ? Entretien avec Stanislas Billot de Lochner

Stanislas Billot de Lochner est l’un des créateurs de l’application La quête, pour donner sans monnaie lors de la quête dominicale.
Il a bien voulu répondre aux questions du Rouge & Le Noir.

R&N : Concrètement, comment votre application va-t-elle simplifier la quête ? Comment faire par ailleurs si l’on est sur une autre paroisse (très fréquent chez les étudiants, ou durant les vacances) ?

Stanislas Billot de Lochner : L’application La Quête a pour but de permettre aux fidèles qui n’ont pas de monnaie sur eux de pouvoir participer à l’offrande lors de la messe dominicale. Cette idée est née suite à une énième messe au sortir de laquelle mes amis et moi-même nous sommes plaints de ne pas avoir pu donner à la quête, faute de piécettes ou de billets dans nos poches. Nous nous sommes en revanche aperçus que nous avions tous notre smartphone sur nous ! Nous avons donc décidé de nous servir de cet outil pour en faire un moyen de donner. Le fonctionnement de l’application est très simple : le fidèle télécharge gratuitement l’application sur son téléphone, il renseigne ses coordonnées bancaires qui seront sauvegardées, il enregistre ensuite sa paroisse et ses églises préférées. L’application est alors fonctionnelle. Ainsi, le fidèle, avant, pendant ou après la messe peut participer à l’offrande. Il ouvre l’application, sélectionne un montant, choisi sa paroisse et presse le bouton « Je donne ». Après avoir donné avec son téléphone, une image apparait sur l’écran et le paroissien peut la montrer à la personne qui fait passer la corbeille, pour signifier qu’il a donné.

Pour palier au problème de mobilité des fidèles (il est vrai que beaucoup changent régulièrement d’église, ne serait-ce que pour un mariage ou lors des vacances) nous avons intégré un outil de géolocalisation dans notre application. Ainsi, en quelques secondes, le fidèle pourra donner à une paroisse qu’il n’a pas nécessairement enregistrée au préalable dans ses églises favorites.

R&N : Comment financer la développement, le déploiement puis la maintenance d’une telle application à l’échelle d’un diocèse ou même du pays ?

Stanislas B. de L. : Excellente question ! Nous avons tout d’abord investi de l’argent, près de 20 000€, pour le développement de l’application. Ces fonds nous ont aussi servis à couvrir un certain nombre de frais (site internet, déplacements etc.). Ensuite, pour assurer la sécurité des transactions, la maintenance et les évolutions de l’application ainsi que son déploiement, nous prélevons une partie du don, en accord avec les diocèses. Pour être concret, pour 10€ donnés à un diocèse, 9.37€ lui parviennent. Les 63ct prélevés sont répartis entre l’organisme de paiement et notre structure.

R&N : Pensez que vous cela va encourager les gens à donner au denier du culte ?

Stanislas B. de L. : Nous avons intégré la possibilité de donner au denier dans notre outil. Nous savons que les moins de 35 ans ne sont pas habitués au denier de l’Église. Nous pensons que le fait de le voir chaque semaine sous leurs yeux dans l’application les poussera à s’y intéresser et donc à y participer. Par ailleurs, lors des campagnes orchestrées par les diocèses pour le denier du culte, nous sommes persuadés que beaucoup feront le pas de donner via l’application. Il est certain que le premier frein, lorsqu’un curé appelle ses fidèles à participer au denier, est le moyen de paiement. Envoyer un chèque ou se rendre sur le site internet du diocèse une fois rentré chez soi n’est pas une chose évidente. Alors que sortir son téléphone...

R&N : Votre application ne va-t-elle pas transformer le sens de l’offertoire ?

Stanislas B. de L. : Il y a deux éléments essentiels à ne pas oublier pour comprendre que nous ne changerons JAMAIS le sens de l’offertoire.

Tout d’abord, notre application s’adresse en premier lieu à ceux qui ne donnent pas ou peu. Nous ne souhaitons pas remplacer la quête traditionnelle, nous voulons la compléter. Nous insistons aussi sur le fait que les enfants doivent à tout prix continuer à donner à la quête. Ce geste leur inculque la valeur du don.

Le deuxième élément consiste à comprendre qu’une application permet de faire une offrande réfléchie. Elle permet d’éviter aux fidèles de vider leurs poches, de donner le superflu. En allant choisir un montant libre, je pense que le sacrifice est d’autant plus grand ! Une fois encore, cela concerne ceux qui n’ont pas pour habitude d’avoir de la monnaie sur eux.

R&N : L’usage d’une telle application, et donc de son Smartphone, pendant la messe ne risque t-il pas de perturber l’attention du fidèle au déroulement de la liturgie ?

Stanislas B. de L. : La quête perturbe toujours l’attention des fidèles ! Combien de fois sommes-nous en train de fouiller nos poches, de chercher notre portefeuille, de faire tomber une pièce qui roule sous le banc voisin ?! Nous avons fait en sorte que faire un don via l’application dure moins de 25 secondes, le tout en comptant le temps de sortir son téléphone de sa poche et de le ranger ! Par ailleurs, nous permettons aussi de programmer un don automatique (hebdomadaire) à sa paroisse, il n’y a ainsi plus d’obligation de sortir son téléphone pendant la messe !

R&N : Comment les chrétiens peuvent-ils mettre ces nouvelles technologies au service de l’Église ? Quels en sont cependant les risques ou les limites ?

Stanislas B. de L. : Nous travaillons dans un écosystème de start-up et d’associations catholiques. Toutes veulent aider l’Église à bénéficier des nouvelles technologies plutôt que de les subir. Je pense que les chrétiens doivent utiliser ces technologies avec mesure, sans en être dépendants, sans qu’elles interfèrent avec leur vie spirituelle. Il n’en demeure pas moins que les jeunes, qu’ils soient catholiques ou non, sont "hyper connectés". Utiliser ces moyens pour leur permettre de donner, d’évangéliser, de se confesser ou de s’investir dans des associations est une opportunité extraordinaire ! Il faut évidemment agir avec prudence en ce qui concerne les nouvelles technologies. Mais prudence ne veut pas dire inaction. Il ne s’agit pas de se priver des opportunités que représentent les innovations technologique. Il s’agit de s’en servir intelligemment pour qu’elles soient un outil efficace au service du Bien Commun.

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