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Sur les gesticulations télégéniques des Veilleurs

14 juin 2016 André Samengrelo

La venue glorieuse était préparée, soigneusement annoncée longtemps à l’avance à corps et à cri, et dans les journaux sympathisants, on ne rechignait pas à lui donner toute une allure messianique : les « Veilleurs » devaient se rendre place de la République pour communier dans la protestation silencieuse avec les membres de la « Nuit Debout », et faire converger les luttes, puisque ce terme jargonnant est devenu un slogan qui semble résumer toute l’intelligence politique actuelle. On prenait soin de préciser qu’on n’était pas sûr d’être bien reçu, et dans une attitude que la psychologie contemporaine qualifie de « passive-agressive », on insistait sur le fait qu’une réaction hostile serait toute au désavantage de Nuit Debout.

Et ce fut précisément ce qui se passa : à peine arrivés, nos gentils convergeants furent éconduits avec la dernière des politesses par les gauchistes, et furent même pourchassés au fur et à mesure qu’ils s’éloignaient pour poursuivre leurs réunions au pacifisme végétarien qui fait tant fureur. Il faut croire que le Xe arrondissement est un sanctuaire que ses vigilants gardiens ne sauraient laisser profaner par les discours « liberticides » des Veilleurs. La violence fut de mise, les armes improvisées aussi, et démonstration fut faite que la gauche tolérante n’est pas ouverte, et que la gauche ouverte n’est pas tolérante.

Bien grande découverte au demeurant ! L’année prochaine, peut-être pourra-t-on remettre un prix Nobel aux dirigeants des Veilleurs lorsqu’ils découvriront que tourner le robinet de gauche fait couler l’eau chaude. Car quelle mascarade c’est que cette expérience qu’on s’acharne à nous présenter avec les couleurs d’une naïveté touchante. Si besoin était, le sectarisme de Nuit Debout avait été démontré amplement par l’éviction d’Alain Finkielkraut, qui avait pour lui le mérite de ne venir que pour « se faire une idée ». Le goût immodéré pour la violence, les commerçants et autres installations environnantes en avaient largement fait les frais. Que restait-il donc, franchement, à démontrer par cette visite courtoise sur la place de la République ? Rien, les dirigeants le savaient pertinemment, et de toute évidence, tout n’était qu’une question d’image dans cette opération, comme le montrent les postures évoquées plus haut.

Et de toute façon, si l’objectif n’avait pas été d’aller prendre une posture facile de victime dont on aurait pu laisser le privilège à la médiocre scène politique ambiante, quel aurait-il pu être ? Qu’y a-t-il à faire « converger » avec un mouvement ouvertement anti-chrétien, anti-français, et qui est loin d’avoir l’ampleur, la fraîcheur et la jeunesse que la caste médiatique veut lui attribuer ? Rien, cela aussi, les dirigeants le savent pertinemment. Nuit Debout est fondé sur un paradigme de rupture civilisationnelle qui exige fondamentalement de détruire ce sur quoi veulent se fonder les bonnes âmes qui se joignent aux Veilleurs.

Au fond, il s’agit encore et toujours du même élan détestable de racolage, cette danse du ventre interminable devant les médias pour recueillir leur assentiment, ce sacrifice d’à peu près tout sur l’autel de la présentabilité, et ce mouvement sinistrogyre fondé sur le « plus à droite que moi, le fascisme », réflexion répandue partout et complètement imbécile. Il n’y a rien à en tirer, la réaction placide et complaisante de tous les journaux, qui parlent de tout sauf de cela, le montre clairement. L’admiration parfois proskynétique dont bénéficient le mouvement des Veilleurs et son charismatique leader qui répétait ses faux naïfs espoirs dans nos colonnes n’aura grandi encore, si elle en a encore la place, que chez ceux qui étaient déjà convaincus des bienfaits comparatifs d’une lecture de Gandhi sur une bonne nuit de sommeil.

On espérerait presque que quelques coups de barre de fer auront suffi à faire changer d’attitude les auteurs de cette pantomime citoyenne pour l’avenir, mais on sait bien que l’attrait d’une éventuelle médiatisation a des charmes bien supérieurs sur la raison et le sens pratique. Malheureusement pour eux, pour passer sous les paillettes de la télévision en France, mieux vaut encore montrer ses fesses.

14 juin 2016 André Samengrelo

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