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Sermon de l’abbé Iborra : cinquième dimanche après la Pentecôte (2013)

Sermon de monsieur l’abbé Éric Iborra

prononcé en l’église Saint-Eugène

le dimanche 23 juin 2013,

cinquième dimanche après la Pentecôte

Il y a dans les Ecritures des paroles dures à entendre. Et d’autant plus dures qu’elles nous sont parfois adressées au moment précisément où cela fait le plus mal. Je pense à celles de l’épître que nous venons de lire. Parce qu’en les entendant, je pensais spontanément, en ce début d’été bien morose, à ce printemps français si fortement marqué par l’indignation devant l’injustice subie. Indignation qui redouble à la mesure des injustices qui s’additionnent. Car au moment où le Pape encourage les parlementaires français non seulement à faire les lois, mais aussi à les défaire – n’est-ce pas –, voici qu’un opposant pacifique à l’injustice que constituent ces lois iniques, pour les enfants notamment, se trouve condamné dans des conditions qui font réellement penser à une injustice supplémentaire, surtout quand on compare sa peine avec celles d’authentiques criminels pour qui la justice se montre curieusement bien plus clémente. Alors, chers amis, oui, l’indignation se mue bien vite en colère et elle s’empare de nous, en tout cas de moi. Nous n’en pouvons plus de ces injustices à répétition, de la satisfaction imbécile de ceux qui contribuent toujours plus à l’avilissement et à la destruction de notre pays. Oui, comme je le disais il y a quelque temps déjà, nous avons envie de crier : « Assez ! » Assez de ces innombrables dysfonctionnements provoqués par un régime incapable de remédier aux vrais problèmes des Français. Et puisque l’on se refuse à nous entendre, eh bien, nous sommes tentés de passer à la vitesse supérieure...

Et voici que S. Pierre, un tempérament bouillant pourtant, vient nous dire de ne pas rendre le mal pour le mal ni l’injure pour l’injure. Bénissez, nous dit-il bien plutôt. L’évangile va dans le même sens : il nous présente la première des six antithèses du Sermon sur la montagne. Jésus y radicalise l’exigence du Décalogue en assimilant la colère au meurtre. Toute violence, même verbale, est apparentée à cette violence suprême qui consiste à nier autrui en lui ôtant la vie. Affirmation qui a dû, sans aucun doute, causer un certain trouble parmi les auditeurs du Sermon comme parmi nous d’ailleurs tant nous avons tendance à juger de la gravité de nos fautes à l’aune de leurs conséquences extérieures, visibles. Mais justement, et c’est la nouveauté de la Loi évangélique, Jésus regarde au cœur. Il ne se borne pas à promulguer une loi qui se bornerait à contenir les pulsions des hommes dans des limites acceptables, limites qui suffisent pour garantir la vie sociale, comme devrait en tout cas le faire la loi civile, elle qui s’accommode, au fond, du mal qui habite le cœur de l’homme. Non, Jésus vise la perfection, cette perfection dont il a l’expérience en tant que Fils de Dieu et qu’il révèle en tant que Verbe : la perfection des relations intratrinitaires. Quand il conclura ce Discours en disant « Soyez parfaits comme votre Père du ciel est parfait », c’est bien à cette perfection de l’amour qu’il appellera ses auditeurs.

Jésus ne se contente pas d’encadrer la violence qui sourd du cœur de l’homme, il veut l’éradiquer complètement. Pourquoi ? Précisément parce que l’homme est créé à l’image et à la ressemblance de Dieu. Parce que sa vie communautaire doit être à l’image de la vie trinitaire, où tout n’est que charité. L’exigence de Jésus ici sonne comme l’enseignement donné sur le mariage et sur la répudiation. « A l’origine, il n’en était pas ainsi. C’est à cause de la dureté de votre cœur que Moïse vous a permis de répudier vos femmes ». C’est à une réforme complète de l’homme et de ses mœurs que Jésus s’attelle, et non à un simple encadrement comme pourrait le faire la loi humaine, consciente de ses limites. En laissant entendre que celui qui se laisse aller à des formes même mineures de violence sur son prochain agit comme un meurtrier, Jésus veut faire comprendre qu’il y a une profonde parenté entre toutes les formes de violence. Toutes participent de la même cause, et cette cause est intérieure : c’est le cœur de l’homme. C’est ce cœur malade que Jésus vient changer. En se donnant lui-même comme exemple, lui qui est « doux et humble de cœur », lui dont le Cœur sera transpercé sur la croix, révélant la profondeur de son amour miséricordieux pour les pécheurs. En envoyant aussi – fécondité de son sacrifice sur la croix – l’Esprit Saint qui seul peut briser le cœur de pierre qui est en nous pour le remplacer par un cœur de chair. Jésus nous montre ce qu’est l’amour divin : c’est un amour qui pardonne les offenses. Telle est la manière dont Dieu aime l’homme : le Père livre le Fils, et le Fils livre son corps sur la croix.

Exemple d’une perfection telle qu’elle est inimitable, me direz-vous. A moins précisément que Dieu lui-même vienne la réaliser en nous : c’est la mission propre au Saint-Esprit. Le Saint-Esprit, sous la forme de la grâce sanctifiante, nous est donné pour nous rendre capables d’aimer comme Dieu, par Dieu. Et dès lors nous rendre semblables à lui, nous assumer en lui en nous incorporant au Fils. La communauté de ceux qui ont reçu le Saint-Esprit, l’Église, est ainsi le prolongement, la visibilité, de la communion d’amour trinitaire. Tout en elle doit être perfection de l’amour. D’où l’exigence, apparemment surhumaine, de Jésus. Et précisément lorsque l’Église se rend visible en célébrant le culte trinitaire dans la liturgie. Si la violence habite notre cœur, cette violence, même cachée, ne peut nous permettre de communier en vérité au sacramentum caritatis qu’est l’eucharistie, car elle est le contraire même de ce qu’est Dieu : Deus caritas est. D’où la demande de Jésus : « Si tu te souviens que ton frère a quelque chose contre toi, laisse là ton offrande et va d’abord te réconcilier avec ton frère ». Le corps ecclésial du Christ ne saurait être divisé, travaillé par des germes de mort, depuis que le Christ est ressuscité. La division dans l’Église, la dissension, est un scandale, un obstacle à ce dont elle est le signe : la perfection de la charité, expression de la communion trinitaire. « Soyez un comme nous-mêmes nous sommes un » dira Jésus à ses disciples en guise de testament. La réconciliation à laquelle Jésus appelle ses auditeurs passe évidemment par le pardon. Le pardon demandé et le pardon offert, selon que l’on est l’offensé ou l’offenseur. C’est ce que dit l’évangile : il faut demander pardon ; ce que dit le Notre Père : il faut offrir son pardon.

Jésus veut éradiquer la violence qui sourd de notre cœur. Mais il ne veut pas que nous cessions de nous indigner et d’agir contre tout ce qui blesse la justice, champ que nos yeux découvre de plus en plus immense tant notre régime a congédié la vérité qui la fonde, blessant ainsi à sa racine la concorde sociale. Mais alors comment concilier ce qui, humainement, apparaît comme une contradiction, le refus de la violence et le combat pour la justice ? En empruntant un chemin de crête, et ce chemin c’est celui qu’il a parcouru lui-même le premier : le chemin de la croix, la via crucis. Ce chemin de mort au péché qui débouche sur la vie en plénitude. S. Pierre nous exhorte à l’y suivre : « Qui pourra vous nuire si vous êtes zélé pour ce qui est bon ? Si toutefois vous souffrez pour la justice, vous serez heureux. Ne craignez point les menaces et ne vous laissez point troubler, mais sanctifiez dans vos cœurs le Seigneur Jésus-Christ ». Dans les combats, toujours plus nombreux et toujours plus profonds, que nous allons être amenés à livrer, n’oublions jamais qu’au-delà de l’aménagement le moins mauvais possible de cette vallée de larmes qu’est la société temporelle, il y a l’édification de la cité de Dieu, éternelle, dans les cieux, et que cela passe par nos actes d’aujourd’hui.

Commentant l’événement auquel je faisais allusion tout à l’heure, Mgr Aillet disait : « Il s’agit manifestement d’une forme politique de répression policière et judiciaire qui marque un tournant dans le traitement arbitraire des opposants au mariage et à l’adoption par des couples de même sexe ». Et il ajoutait : « Je salue l’engagement de ce jeune Nicolas et de tous ceux qui, comme lui, travaillent à défendre avec détermination et sans violence, le droit des enfants à être élevé par un père et une mère, engagement qui « aura encore à se déployer dans d’autres domaines où la vigilance est requise pour le respect de la personne humaine » (Conseil permanent). Ils sont la fierté et l’espérance de notre société. Leur courage, jusqu’à la prison s’il le faut, est déjà une victoire : car on ne peut pas enchaîner la Vérité » ! Demandons la force de l’Esprit-Saint pour que notre combat demeure toujours évangélique dans sa finalité et dans ses moyens.

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