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Obéissance civile

29 novembre 2013 Benjamin

Avant de parler de désobéissance, il faut comprendre ce qu’est l’obéissance. Car si aujourd’hui, dans le contexte politique actuel, il semble de bon ton de magnifier la désobéissance, c’est un mot qui garde une consonance négative, dont il convient de rendre compte. Nous avons appris à obéir et c’est justement cela notre force, contre la pensée individualiste, relativiste et destructrice de l’esprit du monde, et qui constitue malgré nous le fond sur lequel reposent tant nos problématiques que nos manières habituelles de penser, quelles que soient les réponses que nous apportons finalement.

Il est donc bien vu aujourd’hui de désobéir. Ce serait un signe de liberté. Car désobéir c’est se déterminer par soi-même indépendamment de toute autorité. On ne peut donc que louer celui qui est ainsi libre. Mais cette liberté d’opposition, qui n’a par conséquent aucune limite de par son indéfinition intrinsèque, est justement celle qui conduit au relativisme que nous connaissons et combattons. Et elle n’est en effet qu’une illusion, étant détachée du vrai et du bien qui sont l’objet des actes vraiment libres. Au contraire la véritable liberté nous est donnée par la vérité, selon la parole du Christ. Ainsi il est nécessaire de se détacher un peu de soi pour être libre, afin d’avoir l’humilité de reconnaître que nous ne sommes pas des dieux. Car nous n’avons pas par nous-mêmes toute la vérité, nous ne connaissons pas le bien et le mal. Mais alors comment agir librement, et dépasser les conditionnements psychologiques ou intellectuels que nous avons forcément dans une certaine mesure, et qui souvent nous feraient manquer le meilleur bien ou le moindre mal ?

C’est là que se trouve l’obéissance. Elle n’est pas une vertu de la volonté, qui nous ferait capituler sous l’autorité d’un autre. Elle n’est pas un abandon de sa liberté face aux brimades d’un supérieur. Car ainsi en effet elle ferait manquer à tous les coups les bonnes raisons d’agir et donc le bien. Mais l’obéissance est une vertu de l’intelligence, non de la volonté. Elle nous permet de dépasser les géants de la pensée sur les épaules desquels elle nous hisse. Car la bienveillance à laquelle elle conduit donne une fécondité loin des polémiques stériles. En effet, reconnaissant une autorité, elle donne un cadre à la réflexion tout en favorisant l’humilité, et donc l’honnêteté de ceux qui cherchent le bien.

Doit-on pour autant obéir aveuglément à n’importe qui ? Il s’agit bien évidemment au contraire de discerner qui fait autorité. Ainsi l’enfant obéira à ses parents, car il sait qu’eux savent ce que lui ne sait pas. Il ne s’agit pas d’une source d’infaillibilité, même un tuteur peut casser, mais il y a une supériorité en terme de connaissance et d’expérience des parents sur les enfants.

Mais quelle autorité accepter lorsque l’on est adulte et tout aussi capable qu’un autre de penser par soi-même ? On en vient naturellement à se dire que seuls les gens compétents font autorité. Comment savoir qui l’est suffisamment ? Ceux qui ont passé du temps à travailler sur certains domaines doivent certes nous aider à y réfléchir et élargir notre expérience, mais dire que nous leur obéissons semble inapproprié. En revanche, on peut plus aisément en parler lorsqu’il s’agit de la cité : l’obéissance aux lois est ce qui permet de vivre en société. Nous y reviendrons très vite.

Une autre autorité est à recevoir, celle du Christ. Elle est plus facile à comprendre puisqu’Il est Dieu, mais aussi plus exigeante puisqu’elle implique une obéissance totale et inconditionnelle. Et cette autorité le Christ l’a conférée à Son Église, assistée de l’Esprit Saint. C’est pourquoi ce qu’elle énonce n’est pas à prendre ou à laisser, comme une théologie parmi d’autres, mais bien la vérité à accepter entièrement et totalement, dans la limite bien sûr des moyens humains par lesquels elle passe. Cependant l’Église elle-même est en mesure de nous dire ce qui relève de la certitude de foi (qui ne change pas) et ce qui relève d’une tradition humaine. Et cela n’empêche pas de réfléchir mais au contraire nourrit et oriente les discussions théologiques afin de comprendre ce que Dieu nous révèle.

Je reviens maintenant à l’autorité de la cité, et en particulier dans le contexte actuel en France. Si l’on s’en tient à des circonstances ordinaires l’obéissance est de rigueur, car elle doit bien rester cette attitude naturelle de l’intelligence, humble. Et c’est elle également qui garanti le lien social. Elle est donc objectivement bonne.
En revanche dans certaines circonstances exceptionnelles se pose évidemment la question de la désobéissance, comme nous le rappellent les actes des apôtres. Car l’on ne saurait cautionner l’injustice ni accepter le mal. Mais il n’est jamais inutile de rappeler la nécessité d’une certaine mesure dans tout ce que nous faisons. Une petite injustice n’appelle pas une grande désobéissance. Quel critère donc avoir ? Désobéir revient à refuser l’autorité de la cité, donc celle de ses dirigeants. En temps normal c’est celle-ci qui maintient ensemble sous les mêmes règles les hommes dans la cité, et qui garanti un droit positive. Par conséquent refuser cette autorité, si cela ne signifie pas que l’on ne veut plus être dans la cité, signifie du moins qu’on n’écoute plus les dirigeants sur aucun point. Il n’y a par conséquent plus de règle extérieure car même celles qui étaient bonnes n’ont plus valeur d’autorité. Ainsi il convient d’être vigilant à ce que le refus de l’autorité consistant en une certaine anarchie ne conduise pas à plus de chaos ou d’injustice.

La situation de répression des opposants, d’injustices flagrantes et les dérives totalitaires de la république française dont les conséquences peuvent être dramatiques nous appellent non plus seulement à la vigilance, mais à l’implication claire pour la vérité et le bien, par des actes concrets, visibles et courageux. Cela veut-il dire que la désobéissance est la seule attitude morale ? L’essentiel n’est à mon avis pas là car détruire même le mal n’apporte pas immédiatement le bien, d’où la nécessité de surtout travailler à refonder l’autorité en rétablissant la justice. Et pour cela rien de tel que de prendre appui sur l’autorité des anciens, sur l’histoire et les traditions des hommes, et plus encore sur celles de l’Église, afin de ne pas repartir de zéro dans la reconstruction et le renouvellement de la recherche du vrai bien.

Puissions-nous y être zélés autant qu’à nous opposer à ceux dont le regard est faussé.

29 novembre 2013 Benjamin

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