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[EUTHANASIE] L’Eglise protestante unie de France nie la vie

28 janvier 2015 Bougainville

Scandale, à la lecture du communiqué de l’Eglise protestante unie de France (EPUdF) sur la fin de vie, daté du 26 janvier.

Intitulé « une étape positive pour une fin de vie plus solidaire », le texte déclare : « la vie, reçue de Dieu, prend sa pleine signification selon le cadre relationnel dans lequel elle s’inscrit ; elle n’est donc pas sacrée en soi. »

Cette assertion est tout simplement monstrueuse. Si la vie humaine n’est pas sacrée, alors que reste-t-il de sacré sur terre ? De plus, même un handicapé incapable de relations reste un être humain avec une dignité intrinsèque. Il ne serait donc pas digne de vivre ?

Ce relativisme bas de gamme éclate encore plus dans les lignes suivantes. Chacun doit pouvoir avoir sa définition de la dignité : «  La perception de la dignité est légitimement diverse. La loi doit offrir un espace permettant l’expression de la liberté de conscience du sujet, assumant son choix singulier, en lien avec ses proches et la société.  » L’Eglise protestante unie de France apporte son soutien à la sédation profonde et continue, défendue par la proposition de loi Claeys-Leonetti.

L’Eglise protestante unie de France est le fruit de l’union, en 2012, de l’Eglise réformée de France et de l’Eglise évangélique luthérienne de France. Dans les faits, c’est la branche réformée, de tradition calviniste, qui est majoritaire.

Cette position n’est pas nouvelle, pour qui connaît le protestantisme français « historique », luthéro-réformé. L’Eglise réformée de France, qui constitue l’essentiel de l’EPUdF, a une vieille tradition libérale. On retrouve dans ce texte l’influence de Jean-François Collange, pasteur alsacien, membre du Comité consultatif national d’éthique de 1996 à 2004, qui a toujours combattu la position catholique sur la vie comme irréductiblement sacrée.

Déjà, lors du Synode national de l’église à Lyon, en 2013, le magazine protestant Réforme (plutôt proche du courant libéral) saluait le dialogue équilibré au sein de l’EPUdF, entre les divers points de vue, dont celui d’un pasteur, « membre de l’association au droit de mourir dans la dignité (ADMD) ». On a du mal à imaginer un prêtre, ou même un laïc engagé dans l’Eglise catholique, membre d’une telle officine, ouvertement antichrétienne.

Pour une Eglise protestante, leur vision de la vie comme « non sacrée » ne repose sur aucune base biblique. Le « tu ne tueras point » s’applique à toutes les situations, car s’arroger le droit de faire mourir, c’est se mettre à la place de Dieu. Cela prouve une nouvelle fois que le protestantisme libéral, à trop écouter le monde, a fini par s’y dissoudre. « Si le sel perd sa saveur, avec quoi la lui rendra-t-on ? Il ne sert plus qu’à être jeté dehors, et foulé aux pieds par les hommes.  » (Matthieu 5 :13). Triste mais prévisible issue pour l’EPUdF, qui, si elle ne revient pas au Christ, finira comme toutes les Eglises protestantes libérales d’Occident, dépourvues de fidèles et trahissant leur identité chrétienne.

Pour les catholiques tentés de se gausser des « hérétiques parpaillots », nous répondrons que tout ce qui est chrétien ne devrait pas nous être indifférent. Que le scandale de la division des chrétiens est aggravé par de telles évolutions. Enfin, les protestants évangéliques, plus pratiquants que l’Eglise protestante unie de France, sont sur la même position que l’Eglise catholique [1] à l’égard de la sacralité de la vie humaine, de sa conception jusqu’à sa fin naturelle.

Addendum : le pasteur Gilles Boucomont, de la dynamique paroisse de l’Eglise protestante unie du Marais (Paris) a tenu à se démarquer de ce communiqué.

Sur son blog Au Nom de Jésus, Gilles Boucomont revient sur ce communiqué :

Si c’est le mot de sacralité qui dérange les protestants à cause des débats sur le sacré au XVIe siècle, alors disons que si elle n’est pas sacrée au sens protestant, la vie a une vraie valeur en soi ! (...)

Arguer du fait que la vie dont parle le Christ est davantage la vie éternelle que la vie biologique ne suffirait pas à défendre cet abandon de la vie infra-relationnelle, biologique, en soi. Car c’est bien la vie du corps, de l’âme et de l’esprit que le Christ est venu manifester comme éternelle. (...)

Comme sur d’autres sujets sur lesquels débattent nos Eglises, comment la voix de Dieu pourra-t-elle se faire entendre si ses canaux principaux sont en partie obstrués (le Sola Scriptura protestant) au titre d’une intelligence supérieure, raisonnable, souveraine, certes humaniste, mais ayant évacué les impératifs qu’énonce le Dieu vivant ?


[1Sur 1,7 millions de protestants en France, 460 000 pratiquants réguliers sont protestants évangéliques, pour 140 000 luthéro-réformés. Ces derniers représentent donc 1/3 des protestants français, mais 3/4 des protestants pratiquants (chiffres du Conseil national des évangéliques de France en 2012)

28 janvier 2015 Bougainville

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