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Quelle place pour l’amour de son pays dans le concert des charités chrétiennes que l’Église commande à ses fidèles ? L’indifférentisme né du concile Vatican II sur cette question du patriotisme jugée aussi poussiéreuse que l’antique liturgie n’est pas anodin. Il procède de la nouvelle théologie libéralisant le comportement des individus, ne posant plus en devoir ce qui, pendant des siècles, avait naturellement pris sens dans le cœur de l’homme.

Un être humain naît enraciné, dans sa famille, sa foi, son pays, d’où il a pour premier projet de servir la volonté de Dieu : aimer les siens et les servir. Dans sa lettre du 15 juillet 1919, le pape Benoît XV écrit : « Si la charité s’étend à tous les hommes, même à nos ennemis, elle veut que soient aimés par nous d’une manière particulière ceux qui nous sont unis par les liens d’une commune patrie. » La charité s’exerce de la meilleure manière quand elle s’adresse à ceux qui nous entourent directement. Ils sont les hommes et les femmes qui nous sont liés par le sang et la terre que Dieu nous donne ; c’est à eux que, nous rendant instruments de Sa volonté, nous pourrons apporter la connaissance des choses spirituelles avec l’efficacité due à notre proximité. C’est l’abbé Régis de Cacqueray, supérieur du district de France de la Fraternité sacerdotale Saint-Pie X, qui s’exclamait martialement lors d’un de ses sermons : « Que chacun soit à son poste ! » Quel meilleur poste que celui qui se trouve sous nos pieds à notre naissance ?

Étendards de chrétienté
La charité active débute sur le pas de sa porte plus qu’à l’orée des frontières.

La spécialité, pour ainsi dire la primauté, des liens entre chrétiens de souche commune est rappelée de nombreuses fois dans la très belle encyclique du pape Pie XII Summi Pontificatus de 1939 : « Il existe un ordre établi par Dieu selon lequel il faut porter un amour plus intense et faire du bien de préférence à ceux à qui l’on est uni par des liens spéciaux. Le Divin Maître Lui-même donna l’exemple de cette préférence envers sa terre et sa patrie en pleurant sur “l’imminente destruction de la Cité sainte”. » A l’œuvre sur nos continents désœuvrés que le modernisme a conduits à l’apostasie générale, les afflictions invitent à plus de fraternité d’abord entre nous, catholiques qui vivons les uns à côté des autres sans parvenir à diagnostiquer une crise de foi et d’identité que la plupart ne souhaite pas voir. Cette hiérarchie indigeste à l’esprit égalisant du temps présent est pourtant encouragée par Saint Augustin et résumée en ces termes : « Aime tes parents et plus que tes parents ta patrie, et plus que ta patrie aime Dieu seul. » Nos prières et nos œuvres suivent un ordre de priorité nécessaire. Pour que chaque homme soit sauvé, il faut que chaque baptisé s’intéresse d’abord à ce qu’il peut voir, entendre, sentir, et toucher. La charité active ne réside pas dans la supposition, prier avec une idée que l’on se fait du monde en telle ou telle extrémité. Elle débute sur le pas de sa porte plus qu’à l’orée des frontières.

L’encyclique Sapientiae Christianae est un rappel plaidoyer de Léon XIII pour la patrie : « L’amour surnaturel de l’Église et l’amour naturel de la patrie procèdent du même et éternel principe. Tous les deux ont Dieu pour auteur et pour cause première ; d’où il suit qu’il ne saurait y avoir entre les devoirs qu’ils imposent de répugnance ou de contradiction. » Tout attentat à la patrie est un attentat à celui qui est sorti de sa côte. Tout attentat à un patriote, membre de la patrie, est un attentat à la patrie, donc à l’œuvre visible de Dieu sur terre. Elle est ce que Dieu a donné de plus digne à l’homme après Sa propre vie. Le cardinal Feltin, archevêque de Paris, prononçait le 20 avril 1956 ces mots qui ne résonnent plus dans aucune cathédrale européenne : « L’Église qui proclame que tous les hommes sont frères corrige l’interprétation erronée qu’on donne parfois à cette fraternité universelle. Elle déclare, en effet, que chacun doit aimer particulièrement ceux qui sont nés sur le même sol que lui, qui parlent la même langue, ont hérité des mêmes richesses historiques, artistiques, culturelles, qui constituent dans l’humanité cette communauté spéciale que nous appelons notre patrie, véritable mère, qui a contribué à former chacun de ses enfants. Elle a droit à un amour de préférence. » Au chrétien de ce temps la charge de refuser toute honte envers son Divin Maître, et la terre aujourd’hui souillée qu’Il lui a donné en héritage.

En ce centenaire de la Grande guerre, gloire de nos ancêtres nés à l’immortalité dont les noms figurent sur les innombrables stèles de nos églises, ces quelques images pieuses vous sont proposées pour réflexion par votre gazette.

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