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Step For Syria : un congrès étudiant mondial à Damas

30 septembre 2015 Aloysia Biessy ,

Step For Syria : un congrès étudiant mondial à Damas

Dans le cadre d’un Congrès International pour la jeunesse et à l’initiative de l’association « Step for Syria », une délégation d’étudiants et de journalistes des cinq continents [1] s’est rendue du 19 au 24 septembre à Damas. Visite de hauts lieux du patrimoine (Seidnaya, Maaloula), dialogue avec la jeunesse autochtone, tables-ronde sur la perception syrienne de la guerre ont rythmé un séjour dense, destiné à présenter la vision nationale d’une guerre qui fait rage depuis cinq ans dans cette partie du Moyen-Orient. Différentes personnalités issues du monde politique et religieux se sont exprimées à l’issue de deux sessions de conférences, revenant sur les origines de la guerre et ses conséquences sur la population syrienne.

De l’émergence de structures terroristes organisées

« Principal théâtre du terrorisme », la guerre au Moyen-Orient est menée par des structures terroristes organisées, fondée sur la manipulation des peurs. Depuis cinq ans, la Syrie est victime d’attaques de ces cellules, notamment le Jabhat al-Nosra et l’Etat Islamique ; pour Frédéric Pichon (géopolitologue français) ses dirigeants nihilistes, s’emparent du postulat religieux de l’islam pour livrer une guerre idéologique, où percent velléités commerciales et enjeux de pouvoir. Prétexte politique à la destruction d’un gouvernement syrien empêchant leur maîtrise d’une plateforme géostratégique, charnière entre l’Orient et l’Occident, affirme Tarek el-Ahmad, membre d’un parti d’opposition au régime baasiste (Parti Nationaliste Syrien). Les perspectives financières liées à la maîtrise du territoire ne sont effectivement pas négligeables et expliquent les attaques systématiques de l’Etat islamique sur les infrastructures syriennes (gazoducs, installations électriques,…). Vol des ressources syriennes et fuite de la population : ces percées martiales engendrent la désertion d’une partie d’une population migrant vers un Occident acculé, plongé dans un conflit dont le peuple européen devient un dépositaire impuissant. Les deux intervenants le soulignent : avec une maîtrise « hollywoodienne » (F. Pichon) des réseaux de communication, cette guerre « n’est pas une crise mais une guerre opérée sur les mentalités » (T. Al-Ahmad) étendue à l’ensemble de l’Occident.

Une guerre d’intérêts mondialisée

Plusieurs intervenants s’élèvent avec vigueur contre le rôle interventionniste des organismes internationaux : « le conflit est orchestré par des forces extérieures », s’écrie Maria Saadeh, député du Parlement Syrien. Sous couvert de dénoncer les négligences commises sur les droits de l’homme en Syrie, l’Occident y intervient par l’intermédiaire des Nations-Unies, organisme censé s’enquérir de la protection des peuples et de leur histoire en priorité. Selon Tarek Al-Ahmad, en s’attaquant au drapeau et au Président Bachar el-Assad, symboles de l’Etat syrien, il ne cherche pas à remplacer le régime par une démocratie mais à déstabiliser un pouvoir qui, même s’il nécessite des réformes, constituerait un élan stabilisateur garant de l’équilibre de cette zone orientale. « Ces organismes n’ont pas de valeurs de direction, mais se basent sur des enjeux spontanés de ses pays membres », renchérit le Docteur Moualla, membre de nombreuses institutions patrimoniales prestigieuses [2]. Internationalisation du conflit équivoque, résultat d’une perception court-termiste de la politique : en se constituant acteurs zélés du conflit, ces organismes ont étendu le problème jusqu’aux portes de l’Europe. Conséquences dont la France, avec ses nombreuses cellules terroristes importées sur le territoire et un très grand nombre de djihadistes envoyés combattre en Syrie, subit les effets avec force. «  Notre civilisation occidentale prospère, incapable de soulever un idéal  » (F. Pichon) matérialise le rejet d’une scène politique mondialisée dans laquelle les partisans des mouvements les plus extrémistes trouvent une place de choix, dénonçant les effets dévastateurs d’une mondialisation destructrice des cultures.

La manipulation du conflit

S’investissant promptement dans le conflit, les officines médiatiques du monde entier contribuent à véhiculer une image falsifiée de la Syrie. Pointant du doigt la faiblesse des instituts d’informations locaux, Vera Yamine n’hésite pas à déclarer : « Nous sommes dans une guerre d’information (…) qui assassine l’esprit ». Manipulant l’émotion populaire - à l’image de cette photographie du jeune garçon retrouvé mort sur une plage turque, la crédibilité de l’information occidentale s’amincit devant l’éveil d’une information alternative, dans laquelle les réseaux sociaux tiennent une place majeure ; mutation des données technologiques qui permettra de changer le cours des sociétés, le membre du Parti Marada (Liban) en appelle à la constitution d’un front d’information commun aux contestataires des instruments médiatiques officiels. « Dites la vérité dans vos universités, dans vos institutions respectives  », s’émeut de son côté le Grand Mufti Ahmad Badr-Aldeed Hassoun.

La guerre actuellement menée en Syrie risque de mettre fin à l’une des plus vieilles civilisations du monde, où les premiers groupements humains organisés (cités d’Ebla et de Mari) virent le jour. En ce sens, la destruction du patrimoine engendrée par l’Etat islamique comporte des perspectives idéologiques (jahilliah, ou destruction de toute trace de la culture ante-islamique) et financières (vente sur le marché de l’art parallèle). Effacer le passé de cette nation, en s’attaquant aux autorités garantes de sa conservation, fait état de cette position, vivement dénoncé par les conférenciers. Appel lancé à l’égard de tout un chacun, ces tables-ronde cherchent à éveiller l’opinion à l’international ; à l’instar d’André Parrot, Directeur du Louvre qui mena de grandes opérations de découvertes archéologiques là-bas, ils auront estimé que « Chaque personne a deux patries : la sienne et la Syrie »…

NB : ces propos reflètent les points de vue exposés par les organisateurs et le rédacteur s’en fait simplement l’écho.

Aloysia Biessy

[1Corée du Nord, Russie, états africains et représentants de l’Europe de l’Ouest (Allemagne, France, Angleterre, Croatie notamment).

[2Le docteur indique cependant qu’en parole, certains d’entre eux les soutiennent, notamment sur la vision du patrimoine (l’UNESCO par exemple) sans que les actes suivent derrière.

30 septembre 2015 Aloysia Biessy ,

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