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[PROCHE-ORIENT] A quoi joue Israël ?

Le Président du CRIF Roger Cukierman interpellait récemment le ministre des Affaires étrangères sur les prises de position de la France hostiles à Israël, à l’ONU et à l’UNESCO. Il ne faudrait pas nourrir « un antisionisme qui mène tout droit à l’antisémitisme ». Pourtant, on peut se demander à quoi joue l’entité sioniste. En moins d’une semaine, l’aviation israélienne a mené trois raids meurtriers sur des bases de missiles contrôlées par l’armée syrienne. Des convois syriens à destination du Hezbollah ont également été visés. Bilan : une quarantaine de morts selon les ONG syriennes de défense des droits de l’homme. Soit plus d’attaques et de morts en cinq jours que pendant toute l’année 2014 de la part d’Israël.

Selon le chroniqueur militaire Alon Ben David : « Israël mène ce genre d’actions en Syrie lorsque ses services de renseignements estiment que les intérêts de leur pays sont menacés, que les armes transférées par le régime de Damas au Hezbollah rompent l’équilibre dans la région. En janvier, c’est d’ailleurs dans ce cadre qu’un convoi de jeeps civiles transportant un général iranien et ses adjoints, ainsi que des hauts gradés du Hezbollah en reconnaissance du côté syrien du plateau du Golan, a été détruit, faisant douze morts ». Les autorités politiques et Tsahal font pourtant profil bas en ne se justifient pas plus. Selon une autre chroniqueuse militaire : « Si Israël revendiquait ses faits d’armes, le régime de Damas et le Hezbollah seraient obligés de riposter de manière spectaculaire. De cela, personne ne veut. Ni à Jérusalem, ni à Damas, ni sans doute au Hezbollah ».

Israël tente donc de faire avaler à l’opinion publique que les dernières frappes sur la Syrie ne seraient pas le fait de Tsahal mais de Jabat al-Nusra, la branche syrienne d’Al-Qaeda. Personne n’est dupe, sauf les media de l’État hébreu qui reprennent le discours officiel quasiment mot pour mot et sans poser la moindre question.

Les attaques au sud profitent aux ennemis de Bashar El-Assad au nord. Son armée semble en difficulté face aux rebelles syriens, les terroristes du Front Al-Nosra. La ville stratégique de Jisr al-Choughour est tombée, un mois après celle d’Idleb, située dans le Nord-ouest du pays. Cela ouvrirait la voie à l’axe Lattaquié-Homs-Damas, colonne vertébrale encore solide sur laquelle s’appuie Assad. Ce regain de vitalité des islamistes serait dû aux soutiens coordonnés de l’Arabie saoudite, du Qatar et de la Turquie. Longtemps désunis, ces trois pays sont décidés à faire face à l’influence grandissante de l’Iran, grand parrain de Damas. D’autant que l’Iran, avec l’accord sur le nucléaire, a vu ses relations se réchauffer récemment avec les États-Unis. Les alliés de ces derniers, et notamment Israël, ne l’ont apparemment pas digéré.

Dans ce jeu d’alliances complexes, il est dommage qu’Israël fasse le jeu des islamistes en affaiblissant le président syrien, rempart solide et protecteur des minorités chrétiennes dans la région.

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