L’infolettre du R&N revient bientôt dans vos électroboîtes.

Que font les Orthodoxes pendant le Carême ?

Cet article fut publié pour la première fois en 2013. Cette année, alors que les dates de Pâques du calendrier grégorien et du calendrier julien sont séparées par l’écart maximal de cinq semaines, l’Eglise orthodoxe entre tout juste le 24 avril dans sa Semaine Sainte. Nous vous proposons de redécouvrir à cette occasion quelques aspects de la tradition byzantine.

Cet article s’attache à décrire les usages suivis par l’Eglise orthodoxe, et, pour cela, étudie brièvement le rite byzantin. Cette tradition n’est pas la propriété exclusive de l’Eglise orthodoxe, et est aussi utilisée par d’autres communautés chrétiennes.


Dans l’Eglise byzantine, la période de 70 jours de préparation à Pâques est appelée Triode de carême, du nom du livre liturgique recueillant les canons [1] à trois odes composés pour cette période. Cette période est constituée de :

• trois premières semaines, qui vont du Dimanche du Pharisien et du Publicain au Dimanche du Pardon. Durant cette période, qui doit permettre aux croyants de se préparer au Carême, à travers les lectures (les paraboles du Pharisien et du Publicain et du Fils Prodigue étant éminemment symboliques de l’appel du Seigneur à changer nos vies) et à travers les efforts, le jeûne s’installe progressivement. En effet, les viandes disparaissent le troisième Dimanche (appelé Dimanche du Jugement Dernier), et les laitages disparaissent le dimanche suivant, c’est-à-dire pour l’entrée dans le Grand Carême. Les offices commencent aussi à changer : après l’évangile résurrectionnel des matines du dimanche, on chante les hymnes de repentance qui resteront jusqu’à Pâques. Ces trois dimanches, de plus, on chante le psaume 136 de l’exil à Babylone, qui est dans l’exégèse patristique une image de la soumission au péché.

• le Grand Carême proprement dit, qui dure 40 jours, du Lundi Pur au vendredi de la Sixième Semaine. Le croyant se prive de viande, de poisson, d’huile, de vin et de produits laitiers, sauf le samedi et le dimanche, qui sont considérés comme des jours de fête : huile et vin y sont autorisés. L’Annonciation, qui tombe toujours pendant le Carême, et le dimanche des Rameaux, sont des fêtes qui permettent la consommation de poisson. Le croyant doit ressentir, dans ces privations, une « radieuse tristesse » dans les mots du théologien Alexandre Schmemann, l’expérience d’une joie intérieure qui dépasse les conditions de la vie matérielle, et qui, en délaissant ses passions, permet de se rapprocher de Dieu. Ces privations d’ordre alimentaire n’excluent pas, bien au contraire, les privations personnelles, correspondant à l’effort de chacun, en accord avec son père spirituel, pour refuser les passions qui lui sont propres. Toute l’hymnographie appelle d’ailleurs à "jeûner spirituellement autant que corporellement". La Divine Liturgie ne peut être célébrée en semaine en raison de son caractère festif : les mercredis et vendredis, on célèbre la Liturgie des Dons Présanctifiés [2]. Le samedi, on célèbre la Divine liturgie pour la mémoire des défunts. Chaque dimanche, où l’on célèbre la liturgie de saint Basile, plus longue que celle de saint Jean Chrysostome, est dédié à une fête spécifique : le premier dimanche célèbre le Triomphe de l’Orthodoxie, à savoir la victoire du dogme chrétien sur l’iconoclasme au IXe siècle. Le dimanche de mi-Carême est celui de l’Adoration de la Croix. Trois autres dimanches célèbrent des saints perçus par la Tradition comme des modèles de pénitence et de déification [3].

• Le Samedi de Lazare a un statut particulier dans le décompte des jours, puisqu’il ne fait partie ni du Grand Carême ni de la Semaine Sainte. Cette solennité fait office de transition entre ces deux périodes, entre les actes de Jésus en Terre Sainte et Sa Passion, et est perçu, comme le montre l’étude historique de la tradition byzantine, comme une préfiguration de la Résurrection du Christ [4].

• La Semaine Sainte va du Dimanche des Rameaux au Samedi Saint, qui s’achève liturgiquement avec la liturgie vespérale de saint Basile, avant les matines de Pâques, qui ne figurent pas dans le Triode de Carême, mais déjà dans le Pentecostaire [5]. Les Lundi, Mardi et Mercredi Saints, on chante la venue proche de l’Epoux au milieu de la nuit, et on célèbre la liturgie des Dons Présanctifiés. Le Jeudi Saint, on commémore la Cène et on célèbre aussi la liturgie le soir. Le Vendredi Saint, on lit les douze évangiles de la Passion, et l’on dépose au milieu de l’église sur une table représentant le tombeau l’épitaphion, tissu brodé à l’image du Christ descendu de sa croix. Le Vendredi et le Samedi Saint sont jeûnés.


[1Genre hymnographique créé par Saint André de Crête. Le canon paraphrase neuf des quatorze odes vétéro-testamentaires, en soulignant l’identité du Christ avec le Messie annoncé dans l’Ancienne Alliance.

[2Cette liturgie consiste en un office de vêpres qui débouche sur le sacrifice des espèces consacrées le dimanche qui précède. Cette liturgie existe dans sa version romaine au Vendredi Saint du Triduum pascal.

[3Ce mot, très utilisé dans la théologie orientale, traduit l’idée que l’homme atteint le Salut en se laissant progressivement transformer et habiter par Dieu, en renonçant à lui-même et à ce qui fait de lui un être déchu.

[4L’hymnographie insiste sur la résurrection « du quatrième jour » de Lazare, autant qu’elle insiste sur la résurrection « du troisième jour » du Christ.

[5Le livre qui contient tous les offices de la cinquantaine pascale.

Prolongez la discussion

Le R&N a besoin de vous !
ContribuerFaire un don

Le R&N

Le Rouge & le Noir est un site internet d’information, de réflexion et d’analyse. Son identité est fondamentalement catholique. Il n’est point la voix officielle de l’Église, ni même un représentant de l’Église ou de son clergé. Les auteurs n’engagent que leur propre conscience. En revanche, cette gazette-en-ligne se veut dans l’Église. Son universalité ne se dément point car elle admet en son sein les diverses « tendances » qui sont en communion avec l’évêque de Rome : depuis les modérés de La Croix jusqu’aux traditionalistes intransigeants.

© 2011-2017 Le Rouge & le Noir v. 3.0, tous droits réservés.
Plan du siteContactRSS 2.0