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[GaV] Elle a passé son anniversaire en prison

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Témoignage de Mathilde  :

Apres la dispersion de la manifestation, je suis restée tranquillement sur l’esplanade des Invalides afin d’admirer la rébellion en cours. Le spectacle était plus réel qu’un récit homérique : Les Centurions de Manuel Gaz avaient pour ordre de remplir le plus possible les geôles « fascistes » pour compenser leur manque d’efficacité envers les « vrais casseurs » du Trocadéro.

Me voilà donc en pleine guerre de 100 ans.

Au menu :

  • gazage à volonté pour vous mettre en bouche
  • lancers de flashballs pour vous mettre en forme
  • jets de bouteilles en verre par des flics en civils afin de garder votre calme
  • encerclement et charge à répétition afin de ne pas perdre le rythme.

Je me retrouve donc au milieu de ce chaos voyant mes amis, mais aussi des femmes enceintes, un aveugle, un vieillard, des enfants subir une violence comparable à des répressions politiques sans merci.

Sentant ma fin prochaine, je décide donc de quitter le champ de bataille. Je demande gentiment à passer la barrière de CRS afin de rejoindre le métro. Malheureusement le CRS en question ne devait pas être de bonne humeur et m’a violement bloquée contre un mur où je me suis retrouvée avec d’autres « violents casseurs ». Et c’est parti pour un passage à tabac général à coup de matraques. Heureusement pour moi, un arbuste protégeait mon visage et m’a permis de ne pas être défigurée. Ma jambe en revanche en a pris un sacré coup.
Quelle belle haie d’honneur nous attendait direction le panier à salade ! Mais notre panache ne faiblissait pas. Malgré la chaleur, la promiscuité, l’obscurité et la tension intérieure, nous continuions de chanter notre idéal.

Nous arrivons enfin au camp de la rue de l’Evangile. Entouré de barbelés et de CRS armés jusqu’aux dents, je retrouve mes compatriotes tous plus dangereux les uns que les autres : certains jouent aux cartes, d’autres chantent assis en cercle autour d’une guitare, d’autres encore font un Paquito (danse basque)….

Un par un nous passons devant un policier qui nous remet notre procès verbal. Motif « a participé à un attroupement non armé après sommations ».
Je demande un avocat et un médecin mais on me répond que nous serons sortis au petit matin. Naïve je les crois mais garde en tête qu’à tout moment je peux changer mon choix. On nous entasse ensuite dans une douche commune il est aux environs de 3h du mat. Vient ensuite la fouille où j’échappe miraculeusement sans doute par saturation de la part de nos bourreaux. Cependant d’autres de mes camarades se font humilier de la tête aux pieds : mains menottées, soutien-gorge retirés, insultes,….

Encerclée par deux policiers, je suis dirigée dans une camionnette ainsi que deux autres GAVées. 4 policiers pour 3 jeunes femmes dont une mère de famille, mère veilleuse, et une minette de 20ans. A toute vitesse sur le periph, gyrophare et cie, nous sommes dirigées vers le commissariat du 17e comme de dangereuses délinquantes. Notre fouille se limite a une palpation je les comprends il est aux environs de 4 /5h du mat il s’agirait d’abandonner les gars…

Je découvre enfin ma suite : une superficie de 3m2 à tout casser, un sofa en béton, une couverture portant toutes les maladies de la terre, une délicieuse odeur d’urine, de selles, de rejections gastriques. La fatigue me prend et je m’endors sans même savoir si c’est un rêve ou un cauchemar que je vis. La nuit est mouvementée : entre les travestis qui réclament une autre cellule, les dealers qui hurlent, les bourrés qui vomissent, ceux qui se tailladent les veines et j’en passe…

6h30 : on me réveille pour que je fasse ma déposition. Et c’est parti pour les empreintes, les photos de face, de profil, on se croirait dans un thriller. Viens ensuite ma déposition. Le policier sature. Il en a marre de taper tous les jours la même chose et regrette d’être rentré dans la police pour arrêter des gens comme nous. Je m’en sors finalement avec un rappel à la loi avec la condition de ne pas commettre d’autres infractions dans un délai de 3 ans.
Je retourne dans ma suite royale pour une durée indéterminée. Je me rendors car c’est le seul moyen de passer le temps et qu’il n’y a que dans mes rêves où je peux m’enfuir.

Vers midi, on nous informe que la GAV va durer plus longtemps que prévu… je bous. Une autre équipe est chargée de surveiller les GAV. Malheureusement pour nous ils ont l’air beaucoup moins sympathisants que ceux du matin. J’ai beau dormir j’en ai marre. Je demande à appeler quelqu’un car c’est mon droit. On me répond « on n’est pas dans une série américaine mademoiselle ». Je réitère auprès d’une femme, pensant que la solidarité féminine fasse de l’effet, mauvais calcul, elle me répond « vous l’avez cherché fallait pas rester sur l’esplanade. » Bon... On reste calme et on ne s’énerve pas. Je refuse de manger pour éviter de tomber malade ce serait malvenu en pareille situation.

Les heures passent, j’en ai marre de dormir je deviens une larve en hypoglycémie. Il doit être aux environs de 20H car on nous propose à dîner. Mes codétenues commencent elles aussi à saturer. La crise de nerf n’est pas loin mais on se soutient et on ne lâche pas. Ne pas leur montrer notre faiblesse. Mon gentil visage souriant s’est transformé en un visage décomposé par la fatigue, l’énervement et la saturation. On nous promet des éventuelles libérations depuis le début mais tout n’est que mensonge. Ma naïveté m’a jouée un sacré tour. Cette fois-ci s’en est trop. Je tape sur ma cellule et crie mon droit d’avoir un avocat. On me dit que je sors dans maxi 20min. Au fond de moi je n’y crois pas ils ne m’auront pas deux fois. Si dans 30 min je suis encore au trou je réclame mon avocat. Il est 23h30 « Mlle Mathilde Rigolot c’est vous ? Vous êtes libre » ca y est. Enfin je vais pouvoir me laver, dormir, bouger mais surtout témoigner.

J’ai passé 23h en GAV pour avoir osé demander à rentrer chez moi. Quelle injustice profonde. J’ai voulu défendre le droit des enfants à avoir un père et une mère et on m’a réprimé, j’ai voulu clamer le droit de filiation et on m’a embarqué, j’ai tenté de dénoncer cette dictature politique et on m’a roué de coups, j’ai montré mon mécontentement de manière pacifique et on m’a gazé, j’ai voulu croire à une démocratie et on m’a demandé de me taire.

Gaz tu as cru que tu nous brimerais par ta politique de terreur mais tu te trompes.

Nous, les 231 GAV du dimanche 26 mai, nous ne lâcherons rien, jamais, jamais, jamais !

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