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[ESPAGNE] Un an après avoir défiguré le Christ, elle touche des droits

Souvenez-vous, c’était il y a un an. Une octogénaire espagnole originaire de la petite ville de Borja avait entrepris de restaurer l’Ecce Homo très altéré par le temps qui figurait sur une colonne de l’église Santuario de Misericordia.

Complètement défiguré, le Seigneur était devenu une source de revenus conséquents pour la petite bourgade de Saragosse. Pas moins de 57.000 visiteurs s’y sont pressés tout le long de l’année, tous prêts à payer la modique somme d’un euro pour le contempler. Mais ça ne suffit plus. L’octogénaire, bien consciente d’avoir suscité un engouement mondial, entraînant moqueries et caricatures, vient tout juste de céder 51% des droits à l’image de son « œuvre » à la fondation municipale qui compte s’en servir « à des fins caritatives ». La libéralisation de l’utilisation du portrait défiguré du Christ ouvre cependant la voie à la création d’une foultitude de produits dérivés : mugs, tee-shirts, bouteilles de vin... C’est une vraie joie, réconfortante, de constater de manière toujours plus obscène que défigurer, caricaturer, humilier le Christ est encore aujourd’hui source d’argent facile ; les pharisiens des premiers temps n’ont qu’à bien se tenir.

« Une critique subtile des théories créationnistes de l’Église. »

Une pétition mise en ligne par les descendants d’Elias Garcia Martinez, l’auteur de l’œuvre originale, demande à ce que l’œuvre modifiée soit conservée en l’état. Ils voient dans l’intervention de Cecilia Gimenez, l’iconoclaste, une « critique subtile des théories créationnistes de l’Église. » Mais jusqu’à quand faudra-t-il rappeler que le créationnisme a un caractère autant catholique que la chasse aux sorcières ? Ce Christ défiguré, s’apparentant maintenant davantage à un singe qu’au rédempteur de l’humanité, est une incarnation moderne de la ridiculisation du sentiment religieux inspiré par les images, plus largement du beau, dans la lignée d’un art contemporain souvent outrancier qui n’a plus aucun respect pour le sens et l’ordre.

Un Dieu fait singe plutôt qu’homme sur le dos duquel on encaisse, dans une indifférence généralisée, dans la suite logique d’un rejet massif de la belle iconographie chrétienne jugée vieillotte, encouragé jusque dans les plus hauts lieux de la Rome éternelle comme dans la salle Paul VI au Vatican où le Seigneur de la Résurrection du sculpteur italien Pericle Fazzini évoque plutôt la métamorphose de Kafka que le salut des âmes. Si promouvoir la foi, c’est promouvoir le beau, alors oui, y a du boulot.

Lysenfleur

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