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L’affaire Barbarin

L’affaire Preynat

La chronologie des faits a été résumée par Koz dans un article fort équilibré, montrant que l’on peut tout à fait être à la fois au côté des victimes sans pour autant abandonner le cardinal Barbarin à la meute médiatique :

  • Le dernier fait de pédophilie connu, commis par le Père Preynat, est intervenu en 1991 ;
  • Mgr Barbarin est nommé archevêque de Lyon onze ans plus tard, en 2002 ;
  • Informé par la rumeur publique en 2007/2008, il s’entretient avec le Père Preynat, soit seize à dix-sept ans après les faits. Au cours de cet entretien, le Père Preynat reconnaît une nouvelle fois son passé et assure qu’aucun autre acte n’a plus été commis depuis ;
  • Mgr Barbarin est contacté par une victime en juillet 2014, vingt-trois ans après les faits. La décision est prise en 2015 de retirer le Père Preynat de sa paroisse. Elle est effective à l’été 2015.

Le cardinal Barbarin s’en expliquait le 12 février sur RCF : « Certains me reprochent de l’avoir cru. Oui, en fait je l’ai cru : il n’y a jamais eu de plainte, ni même sur les faits d’avant et en tout cas certainement pas après. [...] J’aurais pu faire un procès canonique. Mais il n’y avait pas de plainte d’aucune des victimes [...] En 2014, pour la première fois, une victime s’adresse à moi [...] A partir de ce moment là tout change, parce que j’ai rencontré une victime, directement. [...] A ce moment là, je consulte Rome. Et je demande qu’est-ce qu’on fait dans ces cas là, avec des faits qui sont prescrits et quand il n’y a pas de plaintes civiles qui sont apportés. Et Rome me répond en disant : « Non, il vaut mieux arrêter tout ministère, même si les faits sont très anciens et prescrits. » C’est ce que j’ai fait. »

L’affaire Billoud

Une autre affaire a été lancée depuis dans les médias. Le Point révèle le cas d’une victime d’un autre prêtre du diocèse de Lyon : ces faits concernent un jeune homme alors âgé de 17 puis de 19 ans qui « aurait lui aussi subi à plusieurs reprises des « gestes déplacés » de la part de l’abbé Jérôme Billoud, actuellement curé de la paroisse de l’Immaculée Conception, à Lyon ». Il ne s’agit donc ici pas de pédophilie, mais d’homosexualité. « En 2009, le cardinal Barbarin l’avait encouragé à porter plainte. Mais les faits étant prescrits, celle-ci avait été classée sans suite ». « Condamné par le passé pour exhibition, le père Billoud avait été écarté de toutes tâches en lien avec les jeunes dès que la plainte avait été connue en 2009. Il avait également été demandé à ce prêtre d’entamer un suivi psychologique ».

Le Point révèle par ailleurs un coté plus ambigu de cette affaire : cette victime, « un haut fonctionnaire au sein d’un ministère régalien », « conseillerait et soutiendrait l’association » à l’origine des plaintes de l’affaire Preynat. Ce haut fonctionnaire « veut la tête du cardinal et veut faire un exemple » rapporte un de ses proches (l’intéressé et l’association ont depuis nié ces deux affirmations).

Ce haut Fonctionnaire, « Pierre » aurait déposé plainte en février pour « mise en danger de la vie d’autrui et provocation au suicide ».

Le cardinal Philippe Barbarin a appris avec tristesse et consternation qu’une plainte avait été déposée à son encontre pour « mise en danger de la vie d’autrui et provocation au suicide ».
Tout en comprenant la détresse de toute personne ayant pu être victime d’actes d’autant plus inadmissibles qu’ils auraient été commis par un prêtre, le cardinal ne peut que manifester sa profonde incompréhension face à cette plainte [...]
Manifestant à nouveau son plus profond soutien, sa disponibilité et sa compassion à l’égard de toute victime, il demande néanmoins que soient respectés ses droits, son honneur et la présomption d’innocence. [...]
déclare le diocèse de Lyon dans un communiqué suite à cette nouvelle plainte.

Une chasse à l’homme médiatique

Il n’échappera à personne que le Cardinal est en réalité ici « pris en otage dans un combat contre l’église sur les questions sociétales ». « Nous assistons depuis quelques jours à un lynchage médiatico-judiciaire en grand comme la presse et les réseaux en raffolent. Et cette fois-ci, tout le monde s’y met, car quand il s’agit de bouffer du curé rares sont ceux qui manquent à l’appel » résume Régis de Castelnau dans un article qui soulève par ailleurs deux questions importantes : Quelle est la place réelle de la protection de l’enfance dans toute cette agitation médiatique ? La justice pénale doit-elle vraiment être le seul outil à disposition pour lutter contre la pédophilie ?

Ainsi, le Cardinal « se trouve mis au pilori même si ce n’est pas lui qui a pris la responsabilité de remettre le prêtre en service après les premiers témoignages le mettant en cause en 1991 ». Jean-Marie Guénois montre bien dans cet article paru dans le Figaro que cela « revient à exiger de l’Église qu’elle applique désormais une sorte de principe de précaution en suspendant immédiatement tout prêtre suspect ou se faisant ainsi remarquer. Mais cela n’a rien d’évident sur le plan canonique d’autant qu’il est arrivé que des prêtres - les évêques le savent aussi - soient accusés à tort ».

Être du côté des victimes ou du côté de l’Église ?

C’est l’accusation récurrente formulée depuis plusieurs semaines à l’encontre de tous ceux qui oseraient prendre la défense du Cardinal Barbarin (ou oseraient par exemple rappeler la présomption d’innocence). Il n’est pourtant pas compliqué de comprendre que l’on peut défendre l’Église sans pour cela être contre les victimes, et qu’au contraire, l’on peut à la fois défendre les victimes, dénoncer les prêtres pédophiles, et appeler au calme les hystériques qui hurlent contre l’Église.

Un exemple caricatural de cette accusation absurde nous est fourni par les Décodeurs du Monde qui titrent « Comment fabriquer de faux graphiques pour mieux défendre les prêtres pédophiles »

Un tel titre est en effet doublement mensonger. " De faux graphiques " ? Il n’y en a pourtant qu’un dans l’article. Mais est-il faux ? Le contenu de l’article l’avoue à demi-mots : non, les chiffres utilisés proviennent bien de sources officielles américaines. Que lui reproche-t-on alors ? Le graphique en réalité, et c’est sur ce point qu’il déplaît, donne des chiffres bruts en valeurs absolues et non proportionnellement aux nombre de prêtre d’un côté et de personnel enseignant de l’autre. Que faire alors de ces chiffres gênants ? C’est simple, Samuel Laurent, journaliste au Monde, les déclare donc « hors de propos ».

Deuxième mensonge contenu dans un tel titre : " pour mieux défendre les prêtres pédophiles ". Sur quoi repose cette accusation gratuite et mensongère ? Personne ne songe bien évidemment à défendre les prêtres pédophiles. Ce qui est ici souhaité, c’est de rappeler que les cas de pédophilies arrivent majoritairement dans d’autres lieux (famille, école, etc.) qu’en contact avec des prêtres. S’il ne s’agit pas de rentrer dans cette course idiote du " c’est pire ailleurs ", rappeler que la pédophilie est un problème qui dépasse largement le cadre de l’Église n’est pourtant pas inutile.

Nous ne pouvons que vous conseiller de regarder à ce sujet l’intervention hier soir de l’abbé Grosjean au Grand Journal de Canal + : « L’Église sera toujours du côté des victimes, quel que soit le prix à payer ».

Le laxisme de l’Église

Les papes successifs se sont pourtant emparé de ce douloureux sujet depuis bien longtemps.

« Pédophilie : Jean Paul II prône la « tolérance zéro » » titrait Libération en 2002 ajoutant que celui-ci avait alors déclaré « qu’il n’y avait pas de place pour les prêtres pédophiles dans la vie religieuse », dénonçant « non seulement des crimes, selon la loi civile, mais aussi « d’épouvantables péchés aux yeux de Dieu » ».

La « tolérance zéro » sera de même appliquée par Benoit XVI durant son pontificat, et ce ne sont pas moins de 400 prêtres qui furent défroqués au cours de celui-ci.
Rapportait Libération en 2014 reconnaissant que le pape avait lui aussi « donné des consignes de tolérance zéro envers les prêtres pédophiles ». Dans une lettre à un mathématicien italien, Benoît XVI réaffirmait « sa profonde douleur » pour les abus commis par des prêtres sur des mineurs, en soulignant « ne les avoir jamais couverts ».

Le pape François ira même encore plus loin en juin 2015, en créant « un tribunal spécial pour les évêques qui ont protégé des prêtres pédophiles ». France 3 rapportait à l’époque qu’" Il a d’abord demandé pardon, comme son prédécesseur Benoit XVI, pour les crimes commis contre les enfants " avant d’appeler à des " sanctions exemplaires " pour les responsables ecclésiastiques qui auraient couvert de tels actes ».

Pourtant certains journalistes (comme dans cet article du Nouvel Obs écrit par Lucas Burel) se permettent sans même prendre le temps, vu la gravité du sujet, de vérifier l’information de relayer de vieilles rumeurs pourtant démenties : « Selon un document révélé par le " Guardian ", la consigne donnée par le Vatican est très claire dans de pareils cas : les évêques n’ont " pas nécessairement" l’obligation de contacter les autorités en cas de soupçons de pédophilie ".

Autre accusation : l’Église n’écouterait pas les victimes

« L’Église doit aussi écouter les victimes » titre ainsi Isabelle de Gaulmyn, rédactrice en chef adjointe de La Croix, dans un article assez navrant.

« On peut s’étonner aussi du silence assourdissant, si longtemps, d’une partie des prêtres lyonnais, des parents et de toute la communauté » écrit-elle. Faut-il alors lui rappeler le nom de sa paroisse ?

Mais revenons au titre : « L’Église doit aussi écouter les victimes ». Comme si l’Église n’avait pas écouté les victimes jusqu’à présent ! Cette attaque est particulièrement mal venue concernant le Cardinal Barbarin lui-même.

Dans son interview sur RCF, il rappelait avoir déjà été confronté à des cas de pédophilie durant son ministère : « Par exemple, quand il y a eu une plainte qui a été portée sur un prêtre, puis sur un autre, comme ça m’est arrivé deux fois dans l’ensemble de mon ministère, immédiatement, quand il y a eu ces plaintes, nous en avons référé à la police, il y a eu procès — pour l’un il y a eu non-lieu, pour l’autre il y a eu condamnation — en disant : « Cette vérité doit être dite immédiatement : il n’y a rien à cacher dans ce domaine là. » ».

Un autre exemple frappant et montrant l’attention qu’il accorde aux victimes date de 2010. À cette époque, trois journalistes étaient allés à la rencontre de prêtres, dont Mgr Barbarin en se faisant passer pour des victimes d’agressions sexuelle par des prêtre. Le journal lyonnais Mag2Lyon rapportait à l’époque à quel point le Cardinal avait été non seulement disponible et très humain pour écouter la fausse victime (mais vraie journaliste), mais l’avait aussi encouragé à porter plainte :

« [...] Puis j’en rajoute un peu en lui expliquant que je suis à un moment clé de ma vie, que je veux m’engager avec mon copain et que c’est plus compliqué car cette histoire me hante. Très humain, d’une voix posée, il me fixe un cap : " Il ne faut pas que votre futur mari en souffre, ni vos futurs enfants ". Puis il me conseille d’aller voir un psychologue pour en parler. Et il ajoute : « l’Église est déterminée à lutter contre la pédophilie. Nous avons envoyé des circulaires à tous nos prêtres pour les sensibiliser. Même si c’est mauvais pour l’image de L’Église, c’est bien que ce problème soit aujourd’hui reconnu. Mais il n’y pas que l’Église qui est en cause, il faut que l’Éducation Nationale se mobilise, les familles... Et que tout le monde se sente concerné ".
Puis il revient à mon cas en expliquant : " Chez un prêtre, c’est pire, parce que c’est un serviteur de Dieu et il ne peut pas profiter de cette position ".
Il me répète que je dois d’abord penser à moi et que " tout le reste est second ". J’insiste pour savoir si je dois alerter la police. Spontanément, il me répond : " Oui, et tant pis si c’est une honte supplémentaire pour l’Église. Car ça peut aussi rendre service à tout le monde ". Puis il précise, l’air déterminé : « Si vous portez plainte, on va interroger ce monsieur. Et c’est très bien, et même pour lui, parce qu’il faut arrêter de mentir. » [...] »

Il y a ici un point crucial à rappeler : sans le témoignage des victimes, l’Église ne peut rien.

Conclusion

Sans toutefois minimiser la responsabilité de l’Église dans certaines affaires passées, on ne peut que s’étonner de la différence de traitement médiatique de cette affaire avec d’autres touchant l’Éducation nationale. On apprenait pourtant mi-février que « L’Éducation nationale a laissé enseigner un prof condamné pour pédophilie ». Pourtant, ni Najat Vallaud-Belkacem, Ministre de l’Éducation nationale, ni le recteur de l’académie n’ont été la cible d’une chasse à l’homme médiatique, et Manuel Valls ne leur avait alors pas demandé de " prendre ses responsabilités ». En octobre 2013, un professeur d’anglais a été condamnée à 18 mois de prison avec sursis par le tribunal de Lille pour avoir eu des relations sexuelles (lesbiennes) avec l’une de ses élèves âgée de 14 ans. " Absente à l’audience, l’enseignante pourra toutefois continuer d’enseigner et ne fera pas l’objet d’une mise à l’épreuve ". Aucun média ou politique ne s’était alors offusqué d’une telle décision.

Enfin, vu la manière à laquelle l’information est distillée au compte-goutte et le scandale savamment orchestré, on est en droit de se demander quel est le but réel de cette association. Est-ce bien la protection de l’enfance qui est ici recherchée ?

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