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Ce sera donc Hillary...

Malgré les apparences, le président des États-Unis, Barack Hussein Obama, n’est ni marxiste, ni secrètement mahométan. Il s’agit avant tout d’un anticolonialiste, profondément marqué par ses origines et par la participation de son père kenyan au mouvement indépendantiste Mau-Mau. Cette caractéristique a orienté toute sa présidence, depuis l’attention de tous les instants qu’il a apportée à soutenir le mouvement Black Lives Matter jusqu’à l’étonnante complaisance qu’il affiche pour les pétromonarchies islamistes du Golfe persique, en passant par le buste de Winston Churchill qu’il a fait retirer du Bureau ovale.

Selon toute vraisemblance, malgré les déboires subis pendant la campagne électorale, il est extrêmement probable, à l’heure où nous écrivons ces lignes, que Hillary Clinton, un personnage au profil plus classique et donc, en apparence, plus rassurant, sera désignée par le collège des grands électeurs eux-mêmes élus par les habitants des États fédérés, pour devenir le successeur de M. Obama.

L’inauguration du second président Clinton marquera le terme d’une campagne électorale qui aura atteint, à tous égards et de la part des deux camps qui se sont opposés, des sommets sans précédent de vulgarité, de médiocrité et de bassesse morale.

Cette évolution ne fait au demeurant que traduire un phénomène plus large, à l’oeuvre dans toutes les grandes démocraties occidentales et d’abord le Royaume-Uni, les États-Unis et la France, qui a vu une trahison des élites et au premier chef des clercs, induire un mouvement de plus en plus généralisé et perceptible de rejet de ces élites par l’électorat populaire, lassé d’être gouverné par un establishment incapable de comprendre que son statut privilégié et, encore plus, sa légitimité à perpétuer ses privilèges en les transmettant à sa descendance, sont la contrepartie d’une obligation de service de l’intérêt général, avant son intérêt particulier.

Une désignation étonnamment facile, grâce à une idéologie taillée sur mesure pour la circonstance, malgré le caractère quasi-monarchique de sa candidature

De ce dernier point de vue, il est justement ironique au plus haut point, dans une démocratie dont l’acte fondateur a été une révolte contre la monarchie britannique, de voir la femme de William Clinton investie par le Parti démocrate pour porter ses couleurs lors de l’élection de novembre prochain. On peut en effet raisonnablement penser qu’elle n’aurait eu aucune chance de recevoir cette onction si son mari n’avait pas déjà occupé ces fonctions. Cette circonstance ne semble curieusement pas lui avoir été autant reprochée que le fait d’avoir utilisé un serveur privé pour héberger sa messagerie électronique alors qu’elle occupait des fonctions gouvernementales.

Il faut pourtant chercher ailleurs l’explication véritable de la facilité avec laquelle Mme Clinton a obtenu, à la seconde tentative, l’investiture démocrate : contrairement à M. Obama, Mme Clinton ne symbolise pas une Amérique surmontant ses anciennes divisions, réelles ou supposées, élisant à la magistrature suprême un membre d’une minorité naguère persécutée. Elle offre par conséquent au pays, traumatisé par les échecs divers qui ont marqué les deux mandats de M. Obama, l’illusion d’une candidature fédératrice, féminine de surcroît.

On aurait sans doute en d’autres circonstances pu lui reprocher le fait que, malgré une très longue carrière politique entièrement construite à partir de l’avantage acquis en raison de son ancien rôle de première dame, elle ne peut faire valoir aucun succès marquant, que ce soit comme sénateur de l’État de New-York ou comme secrétaire d’État. Ainsi, bien qu’elle soit presque septuagénaire, Hillary Clinton n’a rien accompli à ce jour, au-delà d’un carnet d’adresses et d’un compte banque extrêmement bien remplis.

En réalité, toutefois, aux yeux des militants du Parti démocrate qui l’ont désignée, — bien que leur composition ne soit en rien représentative de celle des États-Unis, — l’explication de son succès vient de ce que Mme Clinton apporte la garantie d’une certaine pureté idéologique, qui permettrait la poursuite, déterminée et implacable, des objectifs politiques qui les unissaient déjà sous le mandat du président Obama.

La genèse de l’appareil idéologique dont elle est tout entière issue nous en apporte l’explication.

Rappel utile : la genèse oubliée du Parti démocrate, construite entièrement sur le cynisme, à l’exclusion de tout idéalisme

Il convient donc avant tout, pour comprendre ce qui sous-tend cette évolution, d’étudier, dans une perspective historique, l’influence qu’ont exercée ses trois pères fondateurs sur le Parti démocrate contemporain.

L’héritage esclavagiste et les rapines du début

Andrew Jackson d’abord, qui dirigea les troupes américaines contre l’Angleterre lors de la guerre de 1812, cette dernière n’étant au demeurant rien de plus qu’un théâtre mineur des guerres napoléoniennes. Jackson se forgea une solide clientèle politique en expropriant par la menace ou la guerre des dizaines de tribus indiennes, dont les terres étaient ensuite revendues à bas prix à ses soutiens politiques.

Au passage, Jackson lui-même, né dans la pauvreté avant la Révolution de 1776, devint l’un des hommes les plus riches des États-Unis. Dans les deux siècles qui suivirent, le Parti démocrate n’a jamais cessé d’acheter le soutien de ses fidèles par la distribution de faveurs, ni de permettre à ses dirigeants de s’enrichir massivement à titre personnel.

Un antiracisme d’un cynisme absolu et assumé

La deuxième influence dominante du Parti démocrate est celle du président Franklin D. Roosevelt, qui dirigea les Etats-Unis de 1933 à sa mort, en 1944. L’influence de Roosevelt sur le Parti démocrate fut particulièrement marquante dans deux domaines.

Tout d’abord, il fut le premier à changer la stratégie du parti à l’égard de la minorité noire. Jusqu’à Roosevelt, le Parti démocrate était demeuré profondément hostile à la reconnaissance des droits des Noirs. Il avait ardemment soutenu l’esclavage, contre l’opposition des Républicains, jusqu’à la défaite du Sud au cours de la Guerre de Sécession.

Le Parti démocrate a de même été à l’origine de toutes les manœuvres destinées à empêcher les Noirs de profiter de leur liberté retrouvée : lois ségrégationnistes, création du Ku Klux Klan (longtemps décrit comme « le bras armé du Parti démocrate »), les lynchages, l’entrave au droit de vote, notamment. Avant Roosevelt, on peut dire que ce qu’on appelle aujourd’hui le « racisme » était au cœur de l’identité Démocrate.

La révolution introduite par Roosevelt et complétée par ses successeurs – en particulier Lyndon Johnson, président des États-Unis de 1963 à 1969 – ne consistait cependant pas en une répudiation du racisme. Afin de conserver sa majorité, Roosevelt avait en effet maintenu en place les lois ségrégationnistes et a toujours su tordre le bras des quelques Démocrates antiracistes du Nord pour qu’ils ne fassent pas de difficultés sur le sujet. En revanche, il est allé activement à la recherche du vote noir, jusqu’alors massivement acquis au Parti républicain, en mettant en place des programmes sociaux qui répondaient à l’urgence de l’époque de la Grande Dépression. C’est ainsi que s’est constituée la coalition entre « libéraux » — au sens américain — du Nord et « conservateurs » du Sud qui a structuré le Parti démocrate jusqu’aux années 1960.

Or, la conversion des Démocrates à la doctrine qu’on peut appeler « antiracisme » n’a jamais représenté pour leur parti une crise de conscience, comme a pu l’être la décision du Parti national en Afrique du Sud de proposer à la population blanche de mettre fin spontanément à l’Apartheid, en 1990. Pour le Parti démocrate américain à la fin du vingtième siècle, il s’agissait, comme pour Roosevelt dans les années 1930, d’un simple calcul électoral. En offrant des revenus sociaux à la population noire, sans exigence de travail, et en encourageant financièrement les comportements qui pérennisent la dépendance, comme la multiplication des naissances hors mariage, les Démocrates se sont assuré un vivier de voix pérenne correspondant exclusivement à leurs intérêts électoraux.

Cela ne veut pas dire que les Démocrates d’aujourd’hui soient intrinsèquement racistes ni, au demeurant, réellement antiracistes. Leur raisonnement se limite à considérer que s’il faut, pour s’assurer une majorité, maintenir en permanence une population dans la dépendance et la pathologie sociale, cela représente pour eux un prix parfaitement acceptable.

La fascination de l’autoritarisme

L’autre influence durable du président Roosevelt sur le Parti démocrate contemporain vient de sa fascination pour un modèle social dans lequel l’Etat, sans nationaliser directement les entreprises productives, leur impose des règles strictes de comportement au nom de sa définition de l’intérêt général.

On oublie aujourd’hui que ce modèle dirigiste s’accompagnait dans les années 1930, chez Roosevelt comme dans toute la gauche américaine, d’une fascination pour les régimes autoritaires européens qui le mettaient en œuvre de manière plus complète : Roosevelt lui-même préférait Mussolini, cependant que le jeune John Fitzgerald Kennedy, prenant la suite de son père ouvertement pronazi, était revenu plein de louanges d’un voyage dans l’Allemagne hitlérienne.

Dans le cas de Roosevelt, le dirigisme a conduit à une intervention permanente pour limiter la chute des prix et des salaires qui a transformé ce qui aurait été l’une des inévitables corrections passagères du marché en une crise grave et prolongée. Or c’est justement cette crise qui a multiplié les soutiens aux totalitarismes du vingtième siècle, convaincus que le capitalisme avait rencontré ses limites.

Barack Obama, devenu président des États-Unis, s’est inspiré de ce modèle dirigiste pour imposer des objectifs politiques à l’une des principales industries américaines, l’assurance santé. Mme Clinton propose quant à elle une prise de contrôle comparable des prêts aux étudiants et du financement des universités.

Alinsky : l’influence des réseaux mafieux

Le troisième père fondateur du Parti démocrate est quelqu’un que Mme Clinton a personnellement connu et admiré : Saul Alinsky, mort en 1972. Etudiant en criminologie dans le tournant des années 1930, Alinsky était devenu un parfait connaisseur de la mafia de Chicago, qui se trouve justement être la ville dans laquelle M. Obama a construit sa carrière politique.

Après avoir appris les méthodes des groupes criminels, Saul Alinsky les a transposées pour menacer et faire chanter les employeurs et les gouvernements locaux afin d’obtenir l’augmentation des recrutements ou des salaires, l’amélioration des conditions de travail, sans oublier le financement de ses propres ambitions politiques. Il a expliqué ses principes de cynisme absolu dans l’action politique dans un ouvrage, Règles pour les radicaux, auquel Mme Clinton a justement consacré son mémoire de thèse.

Malgré l’admiration manifeste de Mme Clinton pour Alinsky, lorsque celui-ci lui proposa, à la fin de ses études, un emploi dans son organisation, qu’on est quand même obligé de qualifier de semi-criminelle, elle refusa en expliquant « que l’on peut obtenir de meilleurs résultats à l’intérieur du système qu’en le pressurant de l’extérieur ». Cette dernière phrase résume toute sa carrière.

Mme Clinton est incontestablement l’héritière de l’intégralité de cette triple tradition politique. Les écrits assez nombreux de la candidate offrent des indices concordants qui montrent une personnalité à la fois hautement idéologique et faisant preuve d’un cynisme absolu dans la recherche du pouvoir.

Pour ce qui est de l’idéologie, Mme Clinton pousse les instincts dirigistes bien au-delà de l’économie : elle a écrit plusieurs articles et un livre (It takes a Village, 1996) pour défendre la thèse selon laquelle l’éducation des enfants et l’instruction des jeunes gens doit, autant que possible, être confiée aux institutions étatiques plutôt qu’aux familles. La prise de contrôle des universités par un système de financement public est donc, très logiquement, au cœur de son programme présidentiel.

Une carrière politique entièrement construite à l’ombre de son mari volage

Quant au cynisme politique, la candidate en a fait preuve à un degré bien supérieur au degré habituel des hommes politiques. Elle n’a longtemps dû sa carrière qu’à son mariage avec un homme politique plus talentueux et plus charmeur qu’elle, mais fragilisé par ses moeurs déplorables.

Mme Clinton est pour ce motif devenue indispensable à la survie politique de son mari : elle a ainsi accepté de se consacrer systématiquement, pendant des décennies, au rôle peu agréable, pour une femme trompée, d’attaquer personnellement les femmes qu’il avait séduites. Elle a ainsi personnellement organisé dans ce but des chantages au silence, des diffamations et serait même allée, selon certains, jusqu’à des menaces physiques pour conserver en fonctions son mari volage.

La confusion des genres, confinant au trafic d’influence, érigée en système de gouvernement

On doit enfin relever que, depuis l’époque où son mari était gouverneur de l’Arkansas jusqu’à son propre passage au Secrétariat d’Etat, toute la carrière d’Hillary Clinton a été marquée par une série de scandales financiers et personnels : enrichissement par délit d’initiés, vente de faveurs politiques, y compris d’amnisties présidentielles, notamment.

Le plus grand de ces scandales est assurément la confusion des genres entre la Fondation Clinton — une organisation à but prétendument humanitaire, financée à la hauteur de plusieurs centaines de millions de dollars par diverses donations — et l’action de Mme Clinton comme secrétaire d’Etat. Les donateurs de la Fondation — dont 90 pour cent des recettes n’ont pas été affectées à l’action humanitaire, mais à la rémunération d’alliés politiques embauchés pour la circonstance — ont bénéficié d’un trafic d’influence systématique dont le couple Clinton, à titre personnel, a largement profité.

Ainsi, Frank Giustra, un entrepreneur canadien qui souhaitait développer une mine d’uranium au Kazakhstan, obtint le soutien du Département d’Etat après avoir versé 31 millions de dollars à la Fondation. Toujours dans le domaine de l’uranium, la société d’Etat russe Rosatom reçut l’accord du Département d’Etat pour acheter une société qui possédait 20 % des réserves américaines après avoir généreusement financé la Fondation Clinton. Le soutien des Etats-Unis, arraché à un président Obama foncièrement hostile à l’interventionnisme militaire par Mme Clinton, au renversement du gouvernement Kadhafi en Libye coïncidait mystérieusement avec un projet d’investissement dans ce même pays présentés à la secrétaire d’Etat par un de ses plus proches conseillers, Sydney Blumenthal. Il ne s’agit là que de quelques exemples.

Mme Clinton est ainsi progressivement devenue l’épicentre d’un système sophistiqué de trafic d’influence, dans lequel les contributions financières – dont une part non négligeable parvient personnellement à la candidate et à son époux, ainsi qu’à une vaste clique d’alliés – permettent d’influencer les décisions politiques les plus essentielles de la première puissance mondiale. Ce système ne pourra que s’amplifier et s’aggraver si, comme cela paraît désormais acquis, Mme Clinton parvient à se faire élire à la présidence. La connaissance qu’ont progressivement acquise les électeurs de son histoire personnelle et son caractère ne suffira plus à empêcher son élection, compte tenu du caractère et de l’histoire personnelle considérablement plus défavorables de Donald Trump, désigné par le Parti républicain pour lui faire face.

Sauf coup de théâtre de dernière minute assez peu probable, c’est donc le monde civilisé tout entier qui aura à subir, pour au moins quatre ans, les conséquences de l’exercice du pouvoir par un personnage qui incarne jusqu’à la caricature les lacunes de la classe politique occidentale actuelle.

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