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Le pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray, cœur spirituel du diocèse et de la Bretagne

Pendant 3 ans, le projet Notre Histoire avec Marie va remercier la Vierge Marie, patronne principale de France, de toutes les grâces déversées sur ce pays qui lui est solennellement consacré depuis le vœu de Louis XIII en 1638.

Chaque semaine, l’association Marie de Nazareth publie le court récit d’une des grandes pages de l’histoire chrétienne de la France, en l’accompagnant de quelques propositions de méditation, de formation, d’engagement et de prière.

Le Rouge & Le Noir se joint pleinement à cette initiative dont il est partenaire.

Sainte-Anne d’Auray (actuel Morbihan) est un lieu particulier et unique : il s’agit du seul lieu au monde où sainte Anne, Mère de la Vierge Marie, soit apparue dans l’histoire de l’Église. C’était au XVIIe siècle, à un paysan breton : l’événement a marqué toute la région et le sanctuaire est maintenant devenu le lieu de pèlerinage le plus important de tout l’Ouest de la France...

C’est sous le règne de Louis XIII que commence l’histoire du pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray. Début août 1623, au soir d’une journée de travail, et alors qu’il pensait spécialement à sainte Anne « sa bonne patronne », une lumière très vive éclaira la chambre d’Yvon Nicolazic, jeune paysan breton, et une main apparaît dans la nuit en tenant un mystérieux flambeau. À plusieurs reprises ensuite, Nicolazic se verra conduit la nuit, au long des chemins creux, par un flambeau qui le précède. Un soir avec son beau-frère, ils verront une dame blanche avec un cierge à la main dans le fameux champ du Bocenno. Une autre fois, c’est une pluie d’étoiles qui tombe dans le champ. Tous ces événements se déroulent paisiblement, lentement. Nicolazic qui s’interroge sur leur signification ne change rien à sa vie, si ce n’est qu’il prie encore plus.

Le 25 juillet 1624, veille de la sainte Anne, la dame apparaît à nouveau le soir. Elle prononce à Nicolazic des paroles pour le rassurer et le conduit jusqu’à chez lui, un flambeau à la main. Cependant, l’homme ne peut rester avec les siens. S’interrogeant sur ces événements, il s’en va prier dans sa grange. C’est alors qu’il entend sur le chemin « le bruit d’une grande multitude en marche ». Mais il n’y a personne ! Puis dans la clarté, la dame mystérieuse apparaît de nouveau et lui parle : « Yvon Nicolazic, ne craignez pas. Je suis Anne, Mère de Marie. Dites à votre recteur que dans la pièce de terre appelée le Bocenno, il y a eu autrefois, même avant qu’il n’y eut aucun village, une chapelle dédiée en mon nom. C’était la première de tout le pays. Il y a 924 ans et 6 mois qu’elle est ruinée. Je désire qu’elle soit rebâtie au plus tôt et que vous en preniez soin parce que Dieu veut que j’y sois honorée. »

Longue est la liste des rois, reines, princes, princesses et dignitaires de l’Église qui sont venus honorer la Vierge de Boulogne-sur-Mer. Elle contient les noms des comtes de Flandres, d’Artois, de Saint-Pol, du Ponthieu ; des ducs de Bourgogne, notamment Philippe le Bon ; Bertrand du Guesclin, connétable de France (1364) ; des rois d’Angleterre : Henri III et Henri VIII ; et des rois de France bien sûr : Philippe Auguste, Philippe le Bel, Jean le Bon, François Ier, puis Charles VII (1422) et sainte Jeanne d’Arc (1429), puis Charles VIII (1495), Louis XII (1512), Henri III (1578), Louis XIII (1640), Louis XIV, donateur d’un jubé (élément élevé à l’entrée du chœur d’une église) en 1666 (1702), la reine de France, Marie Leszczynska épouse de Louis XV (1735), etc.

Yvon Nicolazic, disent les historiens, s’endormit tranquille. Il allait pourtant falloir encore un an avant que puisse être dite la première messe de sainte Anne au Bocenno, car le recteur le réprimanda d’abord sévèrement. Mais cet homme très pieux et admiré par tous est soutenu par les autres habitants du village, et notamment par sa femme, Guillemette Le Roux, jeune femme dévote et dévouée avec qui il est marié depuis plusieurs années sans pouvoir avoir d’enfants. Le Père Capucin d’Auray, le Père Modeste, et deux chrétiens laïcs, M.M. de Kermedio et de Kerloguen l’encouragent aussi. Ce dernier, propriétaire foncier du champ du Bocenno, promet de le donner pour la chapelle et lui conseille de se faire appuyer par les témoins des faits merveilleux.

Dans la nuit du 7 au 8 mars 1625 sainte Anne apparaît une nouvelle fois et recommande également à Yvon de prendre ses voisins avec lui : « Menez-les avec vous au lieu où ce flambeau vous conduira, vous trouverez l’image (la statue) qui vous mettra à couvert du monde, lequel connaîtra enfin la vérité de ce que je vous ai promis. » Peu après, les paysans déterrent au pied du flambeau une vieille statue de bois rongée, avec des traces de blanc et d’azur. Dès lors, les choses s’accélèrent : trois jours plus tard, les pèlerins commencent à arriver en foule pour prier sainte Anne devant la statue. C’était en réalité la réalisation de cette prophétie à Nicolazic de la « multitude en marche », multitude qui ne s’est pas arrêtée jusqu’à nos jours.

Après une enquête rapide mais très intense durant laquelle il entend Nicolazic et d’autres témoins, l’évêque de Vannes, Monseigneur Sébastien de Rosmadec, reconnaît l’authenticité des apparitions et autorise la célébration de la première messe le 26 juillet 1625. Dès juin 1625, la guérison d’un enfant muet est alléguée. Et entre 1625 et 1684, 1277 miracles sont officiellement authentifiés. Sur les 577 guérisons enregistrées entre 1634 et 1646, 54 concernent des paralytiques, 24 des aveugles.

Comme demandé par sainte Anne, la chapelle est bien construite par Nicolazic, avec l’appui des Pères Carmes, appelés par l’évêque. Mais elle est saccagée pendant la Révolution et démolie ensuite pour permettre la construction de la basilique actuelle, à la fin du XIXe siècle (entre 1866 et 1872), car il était indispensable de construire un édifice tel que celui-ci afin d’accueillir des pèlerins de plus en plus nombreux.

Depuis le XVIIe siècle, ce sont des millions de pèlerins qui sont venus sur ce lieu prier, supplier et remercier la Mère de la Vierge Marie, aïeule de Jésus Christ. Parmi ceux-ci, la plupart sont anonymes, humbles paysans de ce pays d’Auray, marins, ou pèlerins venant de plus loin à mesure que se développent les moyens de communication. Mais il y a aussi quelques grands de ce monde : empereurs, reines, présidents, nonces apostoliques et cardinaux.

L’un d’entre eux marque particulièrement ce lieu : le pape Jean-Paul II, qui actualise le message donné par sainte Anne, il y a presque quatre siècles. Le 20 septembre 1996, il rassemble 150 000 personnes pour la première visite d’un Pape en Bretagne, et rappelle dans son homélie : « Vivez l’espérance, mettez votre confiance en ce Dieu qui a fait alliance avec les hommes dans la personne de son fils Jésus ! Une représentation de sainte Anne nous la montre faisant lire la Bible à sa fille Marie. C’est une invitation à accueillir la parole de Dieu, à s’en imprégner pour en témoigner dans les réalités humaines. (...) »

Ces paroles du Pape Jean-Paul II ne sont pas sans évoquer l’histoire personnelle d’Yvon et de Guillemette qui, très attristés de ne pouvoir être parents après plus de dix ans de mariage, verront largement leur vie changer après les apparitions. Ils donneront naissance à quatre enfants entre 1628 et 1640, dont l’aîné, Sylvestre, sera ordonné prêtre. Malheureusement, il mourra jeune, à 31 ans et sera enterré dans l’église de Pluneret. À travers l’histoire de cette famille du XVIIe siècle est ancrée une tradition aujourd’hui encore très fidèle : se rendre au sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray pour obtenir la même grâce que ce couple, celle d’être parents.

Nicolazic verra sainte Anne une troisième et dernière fois, le 13 mai 1645, sur son lit de mort. Son procès de béatification est actuellement en cours.

Le pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray n’est pas en soi un pèlerinage « marial », car c’est bien sainte Anne qui est apparue et non pas sa fille, la bienheureuse Mère de Dieu. Cet évènement fait ainsi de ce sanctuaire un endroit particulier, car il est le seul lieu au monde où saint Anne soit apparue.

Aujourd’hui, le sanctuaire est le cœur spirituel du diocèse et de la Bretagne. Entre 600 000 et 800 000 pèlerins et visiteurs viennent sur ces lieux chaque année, ce qui en fait le sanctuaire le plus important de l’Ouest de la France. À elle seule, la fête de sainte Anne les 25 et 26 Juillet rassemble environ 30 000 personnes lors de diverses célébrations ; et le Pardon qui s’y déroule chaque année est le plus important de Bretagne.

Père André Guillevic,
Recteur du sanctuaire de Sainte-Anne d’Auray

Retrouvez sur le site de Notre Histoire avec Marie des compléments sur l’histoire du pèlerinage de Sainte-Anne d’Auray et les propositions de méditation, de formation, d’engagement et de prière qui lui sont liées.

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