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Avec Marie sur les chemins de saint Jacques de Compostelle

Pendant 3 ans, le projet Notre Histoire avec Marie va remercier la Vierge Marie, patronne principale de France, de toutes les grâces déversées sur ce pays qui lui est solennellement consacré depuis le vœu de Louis XIII en 1638.

Chaque semaine, l’association Marie de Nazareth publie le court récit d’une des grandes pages de l’histoire chrétienne de la France, en l’accompagnant de quelques propositions de méditation, de formation, d’engagement et de prière.

Le Rouge & Le Noir se joint pleinement à cette initiative dont il est partenaire.

Des récits de miracles rapportent que Marie a été associée à la prédication de Jacques en Espagne. C’est donc avec elle que nous vous invitons à découvrir saint Jacques et Compostelle, à la suite de Jean-Paul II, pèlerin en 1982. Cette date marque d’ailleurs une rupture entre le pèlerinage historique qui s’est éteint progressivement à partir du XIXe siècle et le pèlerinage contemporain, devenu Itinéraire culturel européen.

Qui était saint Jacques ? Jacques et Jean, fils de Zébédée, furent des disciples étroitement associés à la mission de Jésus. Sur la croix, Il confia sa mère à Jean. Ainsi, la grande majorité des calvaires représentent Marie et Jean au pied de la croix. Mais au retable d’une chapelle du XIVe siècle, dédiée à saint Jacques (au Bru, commune de Charmensac, Cantal), c’est lui qui est au pied de la croix, avec Anne, la mère de Marie. Prédicateur fougueux et intrépide, Jacques fut le premier apôtre martyr. Sa décapitation sur l’ordre d’Hérode à Jérusalem, en l’an 44, est attestée par les Actes des apôtres (Actes XII, 2). Voilà l’histoire. Au-delà, nous entrons dans le merveilleux des légendes dans lesquelles la Vierge est plusieurs fois présente. Il reste deux écrits attribués à « Jacques », une Épître et un Évangile apocryphe. Mais quel Jacques en est l’auteur ? Sans doute ni l’Épître ni surtout l’Évangile ne sont l’œuvre du Majeur. Mais l’une et l’autre lui furent attribués lorsque son culte s’est développé. Sa statue au portail de l’abbatiale de Saint-Gilles du Gard confirme qu’au Moyen Âge, l’apôtre Jacques le Majeur était considéré comme auteur de l’Épître dont il montre une citation gravée sur le livre qu’il tient et qui est poursuivie sur son auréole : « Tout don excellent et tout cadeau parfait vient d’en haut, du Père des lumières » (Jc 1, 16-17).

La légende de saint Jacques. Après l’Ascension, les apôtres se partagèrent le monde à évangéliser. Selon des écrits des premiers siècles, Jacques prêcha dans les « contrées occidentales ». Le nom de Paul est cité aussi. Lequel évangélisa les communautés juives installées en Espagne ? L’histoire n’est pas si muette que cela et l’Espagne a choisi Jacques comme patron, le reconnaissant comme évangélisateur. En 711, les Sarrasins, musulmans, envahissent l’Espagne. Seuls les Asturies et la Galice, deux petits royaumes au Nord-Ouest, leur échappent. Sur eux, repose la défense de la foi chrétienne. Pour faire face à l’envahisseur, il faut aux chrétiens un saint patron propre à les galvaniser. À la fin du VIIIe siècle, le moine Beatus du monastère de Liebiana se souvient de l’apôtre Jacques, celui que Jésus avait surnommé « Boanerguès, fils du tonnerre », à cause de son tempérament combatif. Il propose de le choisir pour patron. Mais, pour asseoir la crédibilité du saint patron, il doit reposer dans la terre qu’il protège. Au IXe siècle (en 813, retient une légende en lien avec Charlemagne, transmise par la Chronique du Pseudo-Turpin), un tombeau est miraculeusement retrouvé en Galice : la Concordia de Antealtares publiée en 1077 explique que c’est l’ermite Pelayo (Pélage) qui aurait reçu la révélation de l’endroit, indiqué par une lumière extraordinaire. L’évêque Théodomir d’Iria Flavia reconnaît qu’il s’agit bien de celui de saint Jacques, entouré de deux compagnons. Le tombeau ayant été découvert, il fallut ensuite expliquer comment saint Jacques, décapité à Jérusalem, avait été enterré à cet endroit. On trouve cette explication au XIIe siècle dans le Codex calixtinus (manuscrit conservé à Compostelle) : le corps de saint Jacques serait arrivé miraculeusement par la mer. La légende de saint Jacques, qui figure aussi dans d’autres documents, est ainsi née entre le XIe et le XIIe siècle. Comme le dit Bernard Gicquel (dans sa traduction contemporaine du Codex calixtinus, parue en 2003) : « Ce n’est pas le tombeau galicien qui a fait de saint Jacques le patron de l’Espagne, mais sa désignation comme tel qui a incité à y rechercher sa sépulture. »

Saint Jacques et Marie en Espagne. Les Évangiles canoniques sont muets sur les relations entre Jacques et Marie. Mais Jacques est le frère de Jean, et la tradition rapporte qu’il avait une grande dévotion et un profond respect pour la Vierge qui lui portait une attention particulière. De nombreuses représentations iconographiques montrent Jacques associé à la Vierge. En Espagne, des révélations faites à Marie d’Agreda, religieuse espagnole du XVIIe siècle relatent deux interventions de la Vierge pour soutenir l’apôtre dans sa mission.

  • La première fois à Grenade, où les païens attaquèrent saint Jacques dès son arrivée. Ils le firent passer pour un vagabond, un menteur, un magicien. Douze disciples prêchaient eux aussi. Ils en firent mourir un qui s’opposait à eux avec un très grand zèle. Mais l’apôtre et ses disciples continuèrent leur prédication. Les païens les prirent tous, les enchaînèrent et les menèrent hors de la ville. Tandis qu’on se préparait à les égorger, l’apôtre demandait le secours de Jésus et de sa Mère. Jésus ordonna à mille anges d’aider sa mère à assister l’apôtre. Ils la portèrent aussitôt en Espagne, là où ils se trouvaient enchaînés. Leurs ennemis avaient déjà le coutelas à la main. Voyant la Vierge, l’apôtre se prosterna du mieux qu’il put avec ses liens. Elle lui dit : « Jacques, mon fils, serviteur fidèle, courage ! Levez-vous, et soyez libre. » Ses chaînes et celles de ses disciples se brisèrent aussitôt. Les païens tombèrent par terre, où ils restèrent pendant quelques heures sans aucun signe de vie.
  • Saragosse, où est vénérée la Vierge du pilier, garde le souvenir de la seconde visite. L’apôtre Jacques était avec ses disciples, au bord de l’Ebre. Il priait un peu à l’écart. Une procession d’anges fut entendue de loin. Tous furent transportés d’admiration. Les anges portaient une petite colonne de marbre et une statue de la Vierge. Marie dit alors à Jacques : « Jacques, soyez béni, et rempli de joie. » Tous les anges répondirent : « Ainsi soit-il. » Elle ajouta : « Mon fils Jacques, Dieu a choisi ce lieu pour y construire un sanctuaire qui me sera consacré. Je promets de grandes faveurs et ma protection à tous ceux qui viendront ici louer Dieu et prier avec foi et dévotion. En garantie de cette promesse, ma statue sera placée sur cette colonne et elle y demeurera avec la foi jusqu’à la fin du monde. Vous commencerez cette construction au plus tôt et quand vous aurez fini, vous partirez pour Jérusalem, où mon Fils veut que vous lui offriez le sacrifice de votre vie là même où il a donné la sienne. » Saint Jacques se prosterna. Les anges célébrèrent avec lui ce premier sanctuaire construit sous le vocable de la Vierge, devenu la basilique de Notre-Dame du pilier à Saragosse, lieu de nombreux miracles, dont celui dit « de la Calanda », qui vit un homme récupérer miraculeusement sa jambe amputée.
  • À Muxia, en Galice, sur la côte de la Mort, l’église Notre-Dame de la Barque, sanctuaire très cher aux Galiciens, domine des rochers aux formes curieuses. Ils seraient les restes du bateau de la Vierge lorsqu’elle vint y rencontrer l’apôtre.

Saint Jacques et Marie en France. En France, il n’existe pas de sanctuaire aussi légendaire, mais de nombreuses représentations associent saint Jacques et la Vierge. Signalons par exemple la mise au tombeau de la crypte de la cathédrale de Bourges ou la descente de Croix du retable de Nouans-les-Fontaines dans l’Indre, où l’on voit saint Jacques appuyé sur son bourdon.
De nombreux chemins allant à Compostelle traversaient la France au Moyen Âge, passant fréquemment par divers sanctuaires locaux. Au XXe siècle, on a voulu remettre à l’honneur certains de ces chemins, notamment pour des raisons touristiques et patrimoniales. On distingue ainsi quatre grands chemins de Compostelle en France :

  • la Via Podiensis, partant du Puy-en-Velay (Haute-Loire), reliée au culte de la Vierge noire du Puy, et passant par l’église abbatiale Sainte-Foy de Conques (Aveyron). Voie la plus fréquentée, elle correspond au chemin de randonnée GR 65.
  • la Via Turonensis, partant de Tours (Indre-et-Loire), en relation avec le culte de saint Martin, et passant par Bordeaux (Gironde). C’est le chemin le plus occidental.
  • la Via Lemovicensis, partant de l’abbaye de Vézelay (Yonne), reliée au culte de Marie Madeleine, et passant par Limoges (Haute-Vienne). Elle forme une diagonale du centre vers le sud-ouest de la France.
  • la Via Tolosana, partant d’Arles (Bouches-du-Rhône) et passant par la basilique Saint-Sernin de Toulouse (Haute-Garonne). C’est la voie la plus méridionale.
    Ces voies se rejoignent à Roncevaux (pour les trois premières) ou dans le nord de l’Espagne et se poursuivent par le Camino francés (« chemin des Francs »), dit aussi Ruta interior (« route intérieure », par opposition au chemin qui suit la côte atlantique), chemin espagnol le plus fréquenté. Il n’est cependant pas interdit de suivre d’autres routes, en particulier pour faire étape dans des lieux spirituels qui ne figurent pas sur les chemins officiels.

Compostelle renaît au XIXe, en même temps que les pèlerinages à la Vierge. Les apparitions de la Vierge au XIXe siècle et les nouveaux pèlerinages mariaux ont créé un climat favorable aux pèlerinages dont a bénéficié Compostelle. En 1884, le pape Léon XIII reconnaît les reliques de l’apôtre « dans les jours où l’Église est particulièrement tourmentée par des tempêtes violentes, alors que les chrétiens ont besoin d’un excitant plus puissant pour pratiquer la vertu ». En 1936, Franco rétablit le patronage de saint Jacques supprimé par la République. La dévotion à saint Jacques a repris avec intensité en Espagne. Après la Seconde Guerre mondiale, Compostelle est apparue comme un phare pour les pays européens déchirés et a pris une dimension politique nouvelle. Un siècle après Léon XIII, Jean-Paul II, lui-même pèlerin, a donné un nouveau départ à ce pèlerinage. Aujourd’hui, les chemins de Compostelle en France, devenus instruments de promotion touristique, sont inscrits au Patrimoine mondial. Mais s’agissant de pèlerinage, le vrai bien commun de l’humanité n’est ni dans les monuments ni dans les chemins, mais dans la démarche pèlerine.

Pour terminer ce texte, j’exprime donc un double vœu : que le pèlerinage, en tant que tradition commune à toutes les religions et toutes les cultures soit inscrit sur la liste du Patrimoine mondial comme un bien immatériel de l’humanité et que chaque personne sur terre puisse librement se rendre vers le lieu sacré de son choix où qu’il se trouve.

Denise Péricard-Méa, Docteur en histoire, auteur de « Compostelle et cultes de saint Jacques au Moyen Âge »

Retrouvez sur le site de Notre Histoire avec Marie des compléments sur l’histoire de Saint Jacques et la route de Compostelle ainsi que les propositions de méditation, de formation, d’engagement et de prière qui lui sont liées.

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